‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 4 sur 139 · LE PA.NGEIIMANISME PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

LE PA.NGEIIMANISME PHILOSOPHIQUE

PREFACE

peuples français, italien, espagnol, d'aujourcriiui parient une langue morte. Pour le scandale des linguistes à la fois et des psycholo^^ues, il leur refuse tout autre don que celui d'une pensée oisive, indifférente, propre tout au plus à réfléchir sur son passé. Combiner avec agrément les ressources d'un vocabulaire immobile, ou les images d'une antiquité qu'ils ne peuvent plus revivre, et dont ils ne peuvent plus que se souvenir, ce sera la seule ressource de ces peuples : le peuple français a poussé plus loin qu'un autre cette virtuosité. Or, le moment où il a atteint à la perfection dans ce jeu d'osselets verbal, c'est celui qu'il appelle 1' * âge d'or » de sa littérature. Le siècle de Louis XIV n'a pas d'autre signilication. En philosophie, il fera de même des combinaisons de concepts inertes. Avant tout, la croyance en des choses toutes faites, en des objets achevés, en des bornes fixes, en une étendue résistante, c'est-à-dire en une matière extérieure diiférente de l'esprit, sera sa marque. Les phénomènes extérieurs lui paraîtront consister dans le simple jeu mécanique de ces objets matériels. C'est comme si de la mort on voulait faire sortir la vie. Le cartésianisme, le spinozisme, le matérialisme français du xviif siècle expriment à merveille cette pliilosophie de la mort; et la chose en soi de Kant en est le dernier vestige dans la philosophie allemande, corrompue par elle.

Or, si dans l'art et dans la philosophie des peuples latins on sent comme un cliquetis d'ossements inertes, comment leur art politique ne serait-il pas aussi un agencement tout mécanique ? Dans les États latins, ce ne sont pas les individus, par leur colla-

boralion vivante, qui créent une Ame collective : la personnalité des individus y est au contraire mar([uée de l'empreinte de la collectivité. Selon Fichte, les Latins ne peuvent donc s'élever à la pensée de la liberté. Ils ne peuvent concevoir le règne du droit. Us ignorent la valeur créatrice de la personne humaine. Poussière d'âmes, un souffle les soulève en nuages violents et les pousse dans n'importe quel sens, si on sait les fanatiser. Ils couvrent tout de cette uniformité grise. Ils exigent de tous qu'ils se fondent dans cette unité et dans cette obéissance publique. Quelle est donc la force qui peut à la fois soulever et diriger cette masse tantôt stagnante et tantôt secouée de remous? Il n'y a qu'un seul principe d'ordre à la fois et de mouvement : le génie de l'organisation matérielle. Il a surgi en France. C'est lui, c'est Bonaparte, qui a jeté le peuple français sur le continent comme une trombe. Il est l'Antéchrist, si le sens profond du christianisme est la liberté de l'esprit.

Le christianisme authentique n'a pu grandir que chez les Germains restés purs, c'est-à-dire chez ceux qui n'ont pas connu la gloire de la conquête. Fichte se les représente, ces Germains restés dans leurs forêts, comme tout pacifiques, dans le confus sentiment d'eux-mêmes que leur donne la nécessité de se défendre contre les Slaves. Il ne se doute pas, lui, Silésien de Lusaee, qu'il est lui-même un Slave. Du peuple allemand si mélangé, par ses conquêtes mêmes, il fait le peuple-souche (Urvolk), et qui parle une langue primitive (Ursprache), pure, elle aussi, (le tout alliage. Est-ce la peine de rappeler combien

celle prétention est non avenue aux yeux des linguistes ? Pas un pliiloio^ue n'oserait soutenir que, par le fait d'avoir conservé quelques désinences de plus, dans le j?rand travail d'usure qui les fait lentement tomber toutes, les langues germaniques soient assurées d'un privilège de plus grande vitalité. Le principal argument sur lequel Fichte a fondé sa revendication d'une destinée privilégiée pour les (lermains est un sophisme linguistique.

Dans ces tribus germaniques, semblables par la langue, mais non pas unifiées comme nation, descendit le christianisme. On l'avait apporté en Europe très adultéré. En Asie, il était devenu une organisation théocratique (jui exigeait l'obéissance muette et la foi aveugle. Des hommes, plus tard, dans les pays les plus rompus à la pensée grecque, en Italie notamment, examinèrent les textes primitifs. Ils ne trouvèrent rien qui justifiât cette institution hiérarchisée et ses dogmes. El de rire, en sceptiques désabusés. Mais, Ans diplomates, ils se gardèrent de toucher à Tinstitulion qui maintenait le repos social. Les Italiens de la Renaissance manquaient du sérieux qui seul aurait fait fructifier leur exégèse. Leur indifférence souriante et ces habitudes latines de raisonnement qui jouent avec les idées comme avec des osselets, laissent échapper la question du salut éternel. Un jour, la même lumière des purs textes bibliques tomba sur une àme vivante de la vie intérieure. Ame de Germanie, cela va sans dire; non pas fine, mais probe, et angoissée des choses de l'éternité. Ce fut Luther. De ce jour commença la deuxième ère de l'histoire. La Renaissance

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