GOERRES
levât au nom de la Force (i). » Ce fut un journaliste puissant, virulent, à qui la i)assion délirante faisait faire des trouvailles de stvle (lui étincellent dans la fumée confuse de sa déclamation. 11 écrit, connue il le dit lui-même, par « coruscations ".
il est devenu par celte violence furieuse le maître de tout le journalisme catholi(iue en Europe, depuis Louis Veuillot jusqu'à ses disciples non moins lidèles, mais moins aflinés, de la presse assompllouniste.
Les grands écrits politiques de Goerres se succèdent depuis 1807. Ce sont, cette année-là, même Wachstiirn in (1er Historié {La Croissance en histoire): — en 1810, Ueber den Fall Teutschlands iind die liedingungen seiner Wieder^-eburt (Snr la chute de l Alleinai>'ne et les conditions de sa réij^énération); — Ueher der Fall der Heliii'ion und ilire Wiederg-ehurt {Sur la chute de la relii^'ion et sa réi>'êiH'ration). — l*uis en 1819 • Teutschland und die Révolution {LWlle/na^'ne et la liévolution); — en 1S21, Eurojta und die Révolution [LEurojte et la Révolution); en 1822, Die heilig-e Allianz- und die Voelher auf dem Congresse zu Verona [La Sainte- Al lia née et les peuples au Cong-rès de Vérone).
Sa doctrine fondamentah^ fut une démocratie catholique et internationale, séculièremént organisée sous la forme du Saint- Euq)ire, spiriluellemeuL dirigée j)ar Home. Dans cette Confédération de peuples, les Allemands devaient être le peui)le d'élite. La Providence les désigne, et elle les châtie quand ils sont inlidèles. Elle les récompense dès qu'il s(^ souviennent qu'ils sont, sans exception, « une caste de brahmanes ». Cette récompense <[u'elle leurdesline sera nuitérielle. Les Germains se répandent, par prédeslination, sur les territoires voisins, gaulois, latins ou slaves, et le point d'honneur leur interdit de les restituer. Les événemenis de 181 'î constituent une de ces occasions providenlielles, olferles par faveur, et que les Allemands seraient cou|>al)les envers Dieu de refuser. « Profitons, s'écrie-t-il en 181:',, dans son Mercure, j>rolitons <"elte fois de la victoire. Noire droit, que nous devons exiger, c'est notre séciuûlé. Nous <le\<)ns reprendre aux Français le domaine de Charles le Téméraire, etc. »> Paul Desjardins, (|ui citait ce texte avant la guerre, l'aisait nMnarcjuer avec justesse : «( Même de durs conteni|)leurs du droit dénu)crati(pie, un de Maistre, un Maurras, distants de nous par leurs idées, ccmsubstantiels à nous par leur logique, leur langue, leur tact, jamais nMmagineraient les archaïsmes d'idées qu'un fougueux libéral.
fiti
i) Ci. GovAi;, r Allemagne religieuse. Le catholicisme, f^' éd. 1910, t. I, p. 344.
LE PAXGKRM.WISME PIIILOSOPIIIQIE
GOKllRES
Goerres, a émises en 1814 dans son Mercure du li/iiti. Nous aussi nous avons été vainqueurs quolquelois, jadis : jamais cette ivresse ne nous a lait proférer de telles énorniilés. Ici donc nous touchons l'étranjjrer, rinintelligiblc, l'adversaire- C'est lui (i). •)
On lira Goerres dans les Geaaminelte Seliriften^ éditées par sa nile Marie Goerres, 6 vol. i854-(k^. On y joindra trois volumes de lettres [Gesanimelte Briefe), 1858-74. Vn choix intelligent d'CKuvres et de Lettres ^Au^gesKCiehlte Werice uud lîriefe) a paru par les soins de Wilhelm Schelll)erg,i2 vol. 1912. La seule monographie existante est jusqu'ici celliî d'un professeur et d'un liomme politique bavarois, J.-N. Scpp. Goerres und seine Zettg-enossen, 2" éd. 1877. Elle a rei)aru: dans une forme abrégée; dans lîi collection des Geistes/ieide/i sous le titre de Goerres, i89(».
L Ce sont les invasions ^enuanlfjues qui ont régénéré le»
peuples de V antiquité latine.
Ai)rès avoir exposé l'état de décadence (hms lecpiel étaiC tombée l'Allemagne en i8i9,et conclu que seul le fomi même de la race « en relation intime avec le sol (jui lui tlonna naissance » restait sain et par là susceptible de renouvellement, (iôrres est amené à parler de la décadence de TLinpire romain et de la régénération de l'antiquité latine par les hordes germani<iues.
Jadis, quand les Etats étaient tombés aussi bas, la I^rovidence avait recours aux grandes invasions ; elle ouvrait les sources profondes de vie, et le Ilot des Baibares qui se répandait sur ces dégénérés rafraîchissait de fond en comble par son jeune sang cette vie languissante et faisait porter de nouveaux rameaux à la vieille souche. • •• •• •• •.. ..
Des flots toujours renouvelés de sang germanique se répandirent dans les artères du peuple italien, et i)ar
I) Paul I)ESJAHi>iN, Discours du 7 juillet i()i3. Cahiers mensuels de la Li^riie Internationale pour la Défense du Droit des neindes, octobre 1913.)
cette transfusion tout ce qui était épuisé, vieilli, corrompu, sans vie, fut balayé et remplacé par cette jeune lymphe vivifiante; ressuscité j^our des siècles, ce vieux corps décrépit se trouva ainsi régénéré et plein de vie, sans avoir perdu pour cela les traits distinctifs de son ancien caractère.
Et tandis que ce peuple se renouvelait ainsi, l'aspect du monde avait changé. Rome était dépouillée du pouvoir, les calamités de la guei're, les horreurs des invasions avaient détruit la splendeur du passé, l'antiquité avait été la i)roie du fer et du feu, et dans ce grand cimetière, au milieu des cadavres et des tombeaux, s'était dressét> la nouvelle Eglise. Et le peuple, témoin et victime de si formidables changements, ébranlé par le spectacle terrible de l'agonie d'un monde mourant d'une mort violente, effrayé par les soubresauts dans lesquels la vie déclinante s'arrachait à son ancienne envelopjK», 2^i'<>fondément saisi par le sentiment de la fragilité des choses humaines, avait cherché un refuge auprès dc^ l'autel et s'était donné tout entier au christianisme. Et c'est à i)artir de cette époque que furent fixés à jamais le caractère et les tendances de la doctrine chrétienne.
L'ancienne tradition des prêtres étrusques, dans toute la [)ro fondeur de son mystère, fut rétablie, et la domination militaire romaine , qui n'avait été qu'un éi)isode importun, sombra dans ce bouleversement des temps.
Deiitschland und die Révolution. (L Allemagne et la Révolution)^ dans Politlsciie Schrlften, t. IV, ]). i()8, 374, 375.
LK PANGEUMAMSME PHILOSOPHIQUE