‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 42 sur 139 · GOERRES · texte numérisé non relu

GOERRES

ti. Importance de VEinplre germanique et de sa décadence.

Après avoir soumis rcaiiliciiiitt' laliiie, les Germains assureront pour un tcm|>s léquilibn' cMU-opécn. Le ilémembrcmrnt de l'empire de Charlemajfue léhianlera à jamais.

Telle est l'idée qui inspire les pages suivantes.

Le jrlaive romain, élarjçissant de plus en plus le cerele de son tournoiement autour du Gapitole, avait asservi les peuples primitivement libres de Tantiquitt', et cet empire immense, g^randi jMr la conquête, Rome l'avait protéj-^é d'une ceinture de fossés et de remparts, de lleuves et de forteresses, quand le désert et la mer ne le bornaient point. Kt comme autrefois en Asie, entre l'Iran et le Turan, ainsi s'était allumée entre ri:mj)ire romain et les peuples germains une g-uerre éternelle et irréccmciliable. Depuis l'invasion des Teutons, les peuples du Nord s'étaient pendant des siècles, sans relâche, rués à l'assaut de la citadelle romaine, et leur ((mstance devait enfin les amener à en franchir les murailles. A la mousson, qui pendant toute une période de l'histoire avait soufflé du sud au nord, en succéda une autre, qui souilla du septentrion au midi.

L'Europe entière fut le butin de la victoire; les provinces romaines d'iùirope devinrent j,nninaniques, même une partie de celles «rAfrique durent subir le joug de l'Empire du Nord.

Cet Empire, à l'origine grande républi(iue européenne comme l'avait été l'ancienne Germanie, s'éleva au rang de mcmarchie franque sous Charlemague, monarchie (pii s'étendait entre l'Èbre, l'Eidt^r, le Uaab et l'Exarchat et qui comprenait, sauf l'Angleterre isolée par sa situation insulaire et la Scandinavie Adèle à une autre foi, tous les

peuples germaniques, qu'ils eussent ou non émigré. Elle était gouvernée par une épée à double tranchant : le pouvoir laïque que l'empereur s'était réservé, et le pouvoir spirituel qu'il avait confié au pape. Elle se brisa au cours des siècles, et ses morceaux lurent reforgés en deux armes distinctes.

Tout d'abord ce fut la parole de Mahomet qui détacha de la foi commune les provinces en dehors de l'Europe; puis l'Église grecque se sépara de l'Église romaine ; bientôt la Réforme désunit le Nord et le Sud ; enfin, les Églises nationales s'efforcèrent de faire reconnaître leur indépendance. '

De même rEsi)agne et la France se détachèrent d(^ l'Empire au traité de Verdun ; puis les Habsbourg renoncèrent à l'ftalie; ce fut ensuite le tour de la Suisse, de la Bourgogne, de la Hollande, de la Lorraine, et tandis que l'intérieur se désagrégeait ainsi, des AUemagnes russe, suédoise, danoise, hollandaise, anglaise, française, suisse et enfin prussienne et autrichienne grandissaient, comme autant de plantes parasites, aux dépens de l'Allemagne allemande qui déclinait sans cesse; quand le vieux tronc fut tout à tait épuisé, il s'afiaissa, et les lianes devinrent des arbres indépendants.

Aussi pouvons-nous résumer toutes les transformations des cinq derniers siècles en une courte formule • lente dissolution du grand empire germanique européen nccompagnée dhine réorganisation parallèlement pro^ gressive de toutes les relations sociales sur une base différente de V ancienne.

Europa und die Révolution (U Europe et la Réçolution), dans PoliVmche Schriften

t. IV, p. 4^5-426.

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3. Opposition entre le caractère allemand et le caractère français.

Nous avons vu tlans les pauses précédentes Gorres s'efforcer de déiuontier tiue l'antiquité romaine avait été régénérée par le sang germain. Nous avons vu aussi qne, d'après lui, les Ktals existant actuellement ne sont (pie des débris du grand Empire germanique: dfins les pages (pii vont suivre, c'est l'antagonisme des races allemande et française que Gorres s'efforce de faire ressortir.

Bien ([ue régénérée elle aussi i>ar le sang germain, la France sera la grande <'nnemi<' tles Allemands, comme Rome avait été celle des Ciermains.

Du jour où la politique domina la religion en Europe, la France trouva en elle une sphère d'activité et un point «l'appui et, dès lors, elle prit la place de Tltalie par rapport à l'Alleniagne.

Dès les temps les plus reculés, il y eut, il est vrai, action et réaction d'un peuple sur Tautre, et les combats les plus violents se livraient entre Gaulois et Germains, en partie sur la rive gauche du Rhin, bien des siècles avant (jue Rome n'entrât dans l'histoire. Quand la citadelle romaine cioula, il fallut qu'en Gaule aussi il y eût régénération ])ar le sang allemand. C'est pourquoi les Goths avaient établi leur empire à l'ouest de la Gaule, dans la vieille Aquitaine, les Rurgondes le leur à l'est, entre le llhin et le royaume d'Aides, tandis que les Francs s'étaient répandus au centre; lorsque tout le pouvoir appartint à ces derniers, la Gaule devint sous Charlemagne une des [u'ineipales provinces du grand Empire germanique, (^e mélange des races a l'ait naître de la vieille Gaule le peuple français actuel, dans lequel toutefois l'élément gauh)is prédomine de beaucoup. D'où, même contraste entre T Allemagne et la France qu'entre

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l'Italie et l'Allemagne, bien qu'atténué et formé d'une autre manière et d'éléments dilïerents.

a) Le caractcre français.

Nul peuple n^ se sent aussi à l'aise sur cette terre que le peuple français; on i)ourrait appeler la race française la race essentiellement terrestre, ou, tout au moins, la race européenne par excellence. Nulle autre n'a reçu en partage une telle intelligence des réalités de ce monde, qui lui permet de discerner sans peine les rapports des clioses, tie saisir l'occasion au vol et de Tadaplfer utilement aux circonstances; nulle autre n'a cette adresse pour trouver sa xoie rapidement au milieu des circonslauces les plus embrouillées, pour se plier avec souplesse à toutes les formes, à toutes les situations. Nulle autre, douée de la même persévérance dans la poursuite de lins déterminées, ne peut se vanter de» conduire avec autant d'iiabileté, pour son jn-opre avantage, le jeu des relations, des intérêts et des passions i)ersonnels sans éveiller l'attention, sans grand elfort, par le seul effet de son tact, et de transformer l'adversaire en instrument utile. Nulle autre n'est aussi habile à saisir les choses au moment propice, ([uand elles sont dans tout leur éclat; nulle ne possède à ce degré le don d'extraire de leurs profomleurs la vie et la passion, l'émotion et les sentiments, pour les étah'r en surface et les faire brilltT de tout leur éclat, comme un or martelé.

Aucun peuple ne saurait prendre la vie avec un naturel aussi léger, aussi joyeux, avec une telle grâce, ordonner les relations sociales avec une légèreté aussi aisée, et jouer si naturellement avec le sérieux de la vie, que celui-ci, bon gré mal gré, se transforme en hadinage.

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1)) Le caractère allemand.

Et c'est en regard de ces oiseaux vils et légers que nous trouvons les Allemands si lourds, si maladroits, qu ils ont Fair de marcher à quatre pattes, et qui sont en tout leur opposé, dans leurs dispositions ou dans leurs aspirations : ce qui chez les Français se manifeste le plus extérieurement est chez eux tourné tout en dedans ; ils sont repliés sur eux-mêmes dans toutes leurs actions et dans toutes leurs pensées; doués d'une ra7.son forte, et peu sagaces, d'une imagination vive, mais d'une élocution balbutiante, d'une sensibilité profonde sans aucun tact, d'une grande force de volonté sans aucune adresse pour l'utiliser; vivant dans l'avenir ou dans le passé, jamais chez eux dans le présent; s'eftbivânt en toutes choses d'atteindre au plus haut ou d'aller au i)lus profond, et par là perdant de vue ce qui est réalisable, et qui se trouve au milieu, et ne menant rien à bien; seule la quié lude absolue ou l'extrême émotion leur donne quelque adresse : inaptes aux transitions ménagées, ils laissent en règle générale par leur irrésolution échapper la bonne occasion.

Moins entraînés par les sens, moins orageusement chargés d'électricité dans les régions moyenne et basse de l'instinct, ils ont eu de tout temps une vie plus imx^érieusement consciente; comme ils dépendent moins des impressions du dehors, une plus grande activité intérieure s'est développée en eux, activité qui agit du dedans sur l'extérieur plutôt qu'elle ne se laisse déterminer du dehors, et qui à l'intérieur même, s'exerce de haut en bas, cherchant, avec une attention lucide et réfléchie, à mettre de l'ordre dans les phénomènes de hi vie intime et dans ceux de l'univers.

Puis Gôrres démontre que, si la religion et les arts ii'oul

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pas en Allemagne la grâce que nous leur trouvons dans les pays latins, ils ont, par contre, plus de profondeur et « un caractère plus sévère, [)lus sérieux, plus moral ». A la reUgion comme aux arts, l'Allemagne seule a su donner une âme, car, seule, elle a pénétré leur essence intime, après les avoir lonjTuement étudiés.

Ibid., p. 381-382; 376-377.

4. Efforts de la France pour s'assurer Venipire du monde après le démembrement de l'Empire germanique.

Nous avons vu (juels étaient pour Gôrres les traits cUstinclils du caractère français, fait selon lui d'adresse et de légèreté, alors que la réflexion et le sérieux sont l'apanage du peuple allemand. L'Allemagne, après la chute de l'Empire de Charlemagne, perdit le pouvoir spirituel et le pouvoir tem- I)orel. L'ambition française tenta de se les assurer. D'où une lutte qui fait violemment osciller l'Europe.

De même que l'aiguille aimantée ne trouve le repos tjue pour un instant lorsqu'elle indique le nord, puis, ignorant comme toute force de la nature ce qu'elle cherche, reprend sa course errante vers l'est, n'y trouve pas satisfaction et s'écarte d'autant vers l'ouest, de même nous voyons osciller par périodes séculaires la société entre deux extrêmes. Depuis que l'ancien Empire germanique dont Charlemagne avait atteint les limites naturelles a été démembré, l'Europe cherche à retrouver son centre de gravité par des oscillations et des vacillations incessantes ; lancée sans arrêt d'un extrême à l'autre, à peine l'a-t-elle atteint qu'elle regrette le juste milieu. Mais dans son élan pour y revenir elle le dépasse sans cesse, entraînée par la force acquise.

Sortie victorieuse des longues luttes de la féodalité, délivrée des invasions anglaises, la France se donna pour but :

De refondre la triple couronne de Charlemagne et de la

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donner à ses rois. Réunir au royaume de France l'Allemagne et ritalie tant parla ruse que parla ibrce brutale, fut son idée lixe inlassablement poursuivie. D'où la lutte qui, pendant des siècles, livra les deux pays à Tiiieendie, au brigandage, au meurtre, les ébranla et les corrompit intérieurement.

L'Allemagne, toujours plus étrangère à elle-même, alors que la France réalisait son union par sa politique, lut désarmée au traité de W'estphalie, conquise par celui de Lunéville, et, après sa honteuse nié faite, annexée en tanl que province à l'Empire napoléonien.

Mais, alors que cette œuvre conduite par une main habile allait être achevée, se produisit un brusque revirement. Les Allemands, selon leur habitude, débonnaires jusqu'à la naïveté et indolents jusqu'à la bêtise, perdirent enfin toute patience, et se levant lentement de leur bien-aimée peau d'ours, détruisirent en un seul jour, dans un accès de ce furor teiitoniciis de tout temps redouté, l'ceuvre poursuivie pendant des siècles par riiabileté politique la plus avisée.

Suit alors la description de la situatiou prospère de la France, qui se termine par ces paroles :

Elle réunit ainsi en elle tous les éléments dune existence assurée, heureuse et honorée, pour peu qu'elle sache borner ses désirs et renoncer à son rêve favori : la domination universelle.

Ibid., p. jji; 384.

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