L'Allemagne en i8ig est incapable de remplir sn
mission en Europe.
Après avoir longucnieut exposé l'état d'inlériorité pohtiqiK de 1 Allemagne en 1819 ^'t montré qu'abandonnée par lAutnche, et incomprise de la Prusse, elle n est plus qu'une 11c-
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tion diplomatique, Gôrres termine sur les [)arol('s qu'on va lire.
Ainsi le despotisme et l'anarchie se la disputeront, jus- {[u'à ce que le despotisme l'emporter par la puissance de l'épée, ou que de l'anarchie se dégage avec force un vigoureux esprit national qui, avec l'unité, assurera l'indépendance des parties.
Mais pour l'instant, elle est incapable de jouer le rôle de puissance médiatrice entre le Nord et le Sud de l'Europe auquel elle est appelée par sa situation et sa civilisation. Elle ne dispose ni de la force que donne l'unité, ni de la liberté nécessaire à son développement...
Placée entre deux systèmes européens, le système russe et le système^ franco-anglais, elle devrait les isoler et les séparer si elle était une masse unie, mais, étant donnée la facilité avec laquelle elle se désagrégerait actuellement, c'est elle qui subira les contre-coups de l'explosion.
La Russie dispose, dans des espaces inaccessibles, d'une force armée de deux millions et demi d'iiommes ; elle n'a de frontières communes avec la Turquie que sur une courte étendue, et dans ctr pays elle a de nomljreuses affinités de race et de religion avec une grande partie de la population ; la majeure partie de ses frontières touche à l'Allemagne, et là, comme une avant-garde, se trouvent d'autres ramifications de son tronc, disséminées comme des îlots dans le vieil empire ; ainsi elle s'avance sur l'Europe et, comme au Caucase, ne trouve devant elle que trente tribus désunies.
Suit un exposé de la constitution autocratique de la Russie, (jui peut disposer de sa puissance pour le bien ou le mal de l'Europe. Puis (xorres continue :
Puisqu'il faut désormais à toute guerre un prétexte idéal pour l'ennoblir, ce prétexte sera la lutte entre l'an-
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"2 LE PAXGEUMANISME PHILOSOPHIQUE
cieii et le nouvel ordre de choses ; et il suffirait que le Nord défendît l'un, pour que la France ou TAngleterrer selon la conjoncture des intérêts sur mer et sur terre, se fît le champion de l'autre, ayant tout le Sud derrière elle; les forces pliysiques se vaudront peut-être, mais la force morale l'emportera dans le Sud. L'Allemagne placée au milieu du levier, que les forces adverses cherchent à utiliser chacune de son coté, pourrait, si elle formait un tout, uni par un esprit commun fort et puissant, remplir sa mission naturelle, c'est-à-dire maintenir l'équilibre en Europe et détourner tout au moins de son territoire la lutte des puissances, si elles en viennent aux mains. Mai& en cette absence totale de tout esprit commun et de toute unité, dans ce morcellement de souverainetés indépendantes, pour lesquelles l'intérêt de leur propre conservation prime tout devoir enveis la communauté, la force intérieure de liaison a disparu ; l'équilibre de l'Europe cherche un autre i>oint d'appui sur lequel il se puisse assurer, et l'Allemagne, qui n'est plus ce centre de gravité, en vient à jouer un i-ôle tout passif, soumise à l'un ou l'autre groupement au gré des circonstances.
Cest sur son territoire que se battront les adversaires ; menacée par l'un d'une nouvelle féodalité et par l'autre de nouveaux proconsuls, elle payera les frais de la guerre et finiia par être le butin de la victoire, soit que les parties belligérantes se la partagent si la victoire reste indécise, soit qu'elle échoie tout entière au vainciueur : destinées qui, l'une après Tautre, l'ont menacée «le près il y a quelques années à peine...
Ihid. p. 440; 443; 444.
GOKIIIIES