Comment ^Allemagne réalisera sa mission
Si l'Allemagne, après avoir jadis régénéré de son sang l'antiquité romaine, et avoir réalisé l'union de l'Europe dans l'Empire de Charlemagne, semble à présent avoir oublié sa mission qui est d'assurer l'équilibre en Europe, il ne faut pas cependant désespérer de l'avenir. Dès maintenant, des signes Iirécurseurs annoncent le relèvement qui résultera, ainsi que (iorres va nous le dire, de la fusion, renouvelée dans les mains du meilleur des princes allemands, des deux pouvoirs spirituel et temporel, sous la sauvegarde de la liberté garantie au peuple :
En toutes choses un extrême mène à son oiqjosé, et le même destin qui, dans le cours de son cycle éternel, secondé d'ailleurs par notre incapacité, a ramené, par les chemins décrits ci-dessus, l'Allemagne et son organisation fédérative à l'état dans lequel elle se trouvait il y a plus de quinze cents ans dans les forêts de l'antique (lermanie, len fera sortir à nouveau pour lui faire suivre sa voie avec l'égale coopération des meilleures forces du pays, en obligeant, avant toute autre chose, ses princes à prendre pour chef, d'après l'ahtique coutume, le meilleur d'entre eux, pour lui rester fidèles dans la vie et dans la mort, et à lier leur indépendance à la liberté de leurs peu[)les.
Ibid. p. 449-
FiuEDuicii SCHLEGKL (1772-1829)
Le Schlej^cl dont il est ici question n'a i)lus rien du brillanl jeune romantique, souvent décrit par Ilayni, par W'alzel, par Kicarda lluch, jiar Isaae Hou^e, et ([ui, en 1796, avait écrit un Essai sur l'idée de l'épuhlicanisme { Versuch iiber deii Bei^riff des liepiih/iha/iisiNUS). Pour ce Schle^el juvénile, « les trois tendances les plus <;^randes du tenij)s présent •> étaient le Wil/œlm Meister' de (iœlhe, la philosophie de Fichte et la Révolution française.
Le Schle^el vieillissant, dont nous invoquons ici le témoignage, est moins étudié ; mais il a été une puissance sociale plus respectée et plus redoutable, en son temps. Cet homme vaniteux, ventru et paresseux qui, en 1802, était allé à Paris pour obtenir la fondation par le Gouvernement français d'une Académie tilleinande^ sur le modèle de l'Institut de France, et dans laquelle il espérait bien occuper un des premiers sièges, était devenu, i»eu d'années après, un des principaux publicistes i\\\ nouveau catholicisme i)oliti(jue. 11 s'était converti en 1808. Ktait-il devenu moins Irivole, moins cynique, moins insolemment jouisseur? Grillparzer, qui est un poète délicat, ne le pense pas : « Ce Frietlrich Schlegel, avec son radotage et dans sa bigoterie actuelle, est resté pareil, écrit Grillparzer en 1822, à ce (ju'il était quand il écrivit son abominable Liiciiide. Je l'ai connu à fond, lors tl'un dîner que Nolte, négociant hand)Ourgeois, nous donna, il y a quatre ans, lors de mon séjour à Naples. Comme il se gorgeait de mangeaille et s'emplissait de boisson ! et, après boire, comme il passait aisément à des conversations sensuelles... Cet homme sérail capable, encore aujourd'hui, de conmiettre un adultère, la conscience tranquille, pourvu qu'il pût, ce faisant, songer syini>oli(piement à l'union du Christ et de son Eglise... (i); » et
^i) Grilm'ahzeu. Studieii ziir Deiitschen Litteratiiv. fWerke. Ed. A. Saucr, t. XVIII, .So.)
FRIEDIIICII SCIILEGEL
en 1821 : « On ne connaît jamais mieux le caractère d'un homme qu'à son chevet, en cas de maladie; ni ses pensées profondes, que dans l'ivresse. J'ai vu deux apôtres du nouveau catholicisme dans l'un et dans l'autre état, et j'ai été épouvanté de penser qu'on pût attendre de là le salut (1). » C'est cet homme, devenu secrétaire de la chancellerie impériale de Vienne, qui rédigea les proclamations autrichiennes contre Napoléon. Après la guerre, il fut conseiller autrichien de légation à la Diète de la Confédération germanique à Fi-ancfort, mais retourna à Vienne en 1818 et y demeura jusqu'à sa mort.
Des abbés candides ont traduit en français les ouvrages philosophiques du vieux marcheur, qui i'ournissait une doctrine au nouveau légitimisme. L'ensengnement de Fichte reçoit, dans ces ouvrages, une dernière déformation. Jusque dans le catholicisme, Friedrich Schlegel reste un /dilettante : et il accommode sa doctrine mystique avec l'éclectisme d'un gourmet préoccupé d'un plat délicat de son invention. Le lichtéaiiisme réactiomiaire de Schlegel s'appelle Philosophie de la ine. Il fut enseigné à Vienne, dans un cours public, en 1827 ; et il se souvient de F^iclite en ce qu'il maintient que toute philosophie <jui travaillé sur des conee[>ts intellectuels tout achevés est une philosophie de la mort. C^et enseignemenl se compléta, en 1828, par une Philosophie de l Histoire (2), qui en tire les applications pratiques. La <- philosophie de la vie « rétablit, dans la conscience, l'image du Dieu vivant. La « philosophie de l'histoire " montre comment cette restauration de l'image divine en nous se poursuit à diverses époques. Il s'agit là aussi de détruire les idées mortes et les idoles ligées.
Ce sont des erreurs de pensée qui ont amené YAuflddrung'^ la Révolution, et ce système de 1' « équilibre européen »» où la France et l'Angleterre gagnent et dont l'Allemagne souffre. Abstractions despotiques, (pie briseront la pensée et la force vivante de l'Allemagne chrétienne.
(I' CiHiLLrARZEH, Aplwrismes. [Ibid., t. XV, 167.) [2] Ou trouvera les deux cours dans le.s Samtliche Werke, iS^f», t. XII, XIII et XIV. La Philosophie de l'Histoire a été traihiite pail'ahhé Léchai, i8'i6, 2 vol ; ta Philosophie de ta vie, par l'ahlKi <iuénot, iS38, 2 vol.
LE PAXGERMANISME PHILOSOPHIQUE
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