‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 61 sur 139 · L'Etat expansionniste moderne · texte numérisé non relu

L'Etat expansionniste moderne

La politique mondiale.

Tout ceci (I ) peut passer tout au moins pour un début plein de promesses. Et de Fcnsemble se dégage, l>ien que fragmentaire, une même image : l'image d'un Etat et dune société nationale qui ne sont plus limités au sol qui les a jadis exclusivement portc's et les porte encore principalemenl aujourd'hui; l'image diin État et d'une nation (|iii aspirent à se ré[>andre sur toute la terre.

Mais une pareille aspiration, si elle ilevenait une habitude durable, ne sigiiifierait-elle pas le bouleversement ladical de toute la vie politique traditionnelle? Et ne s'accompagnerait-elhî pas, à la longue, de profondes modifications de l'état j>oliliqMe et social?

Dès les alentours de l'année 1900, la doctrine politique allcmandt^ distinguait pour l'État modern( , outre son territoire patrimonial : 1» des colonies, provinces d'outremer complètement soumises à la souveraineté de la culture nationale; '2'' des protectorats, territoires d'outre-mer sur l'organisation politique desquels la métropoh' exerce une domination, comme i)ar exemple les Etats vassaux (le la Hollande aux Indes Néerlandaises; ']" enfin des sphères d'injhience, constituées d'accord avec les autres puissances, et grâce auxquelles certains territoires sont réservés et destinés à devenir plus tard colonies ou protectorats, sans que l'acquisition en soit immédiate. Mais a-t-on épuisé ainsi la midtiplicité des moyens d'action que l'État moderne peut mettre en <ipuvre hors de ses frontières ?

(I L'activité de la Société (lustave-Adolphc et d'autres analogues, de la Ligue pangcruiaiiistc; le développement du réseau télégraphique allemand.

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KARL LAMPHEC.HT

Suffi t-il (l'acquérir, sous l'une des formes régulières que nous venons de citer, des territoires de peuplement pour l'émigration allemande, des teiritoires d'où nous puissions retirer des denrées coloniales et les matières premières nécessaires à notre industrie; des territoires, enfin, qui i)uissent servir de débouchés à notre exportation? Nous ne satisferions ainsi qu'aux fins les plus simples et les plus anciennes, dans des formes élémentaires et périmées. Il reste les exigences relativ(\s aux dépôts de charbon et aux bases navales, sentinelles économiques et militaires dressées aux points stratégiques importants du trafic mondial; il reste la coordination organique et forte du germanisme à l'étranger, grâce à lecoh», l'église, la cliambre i\c commerce, la conférence scolaire, le synode, les congrès scientifiques; il reste le contrôle i)oliti([ueà exercer sur des États exoticpies autonomes, la fécondati<m due aux capitaux allemands, grâce à la construction de chemins de fer allemands et autres placements nationaux, et, par suite, l'établissement d'un contrôle eUectif sur l'administration et la vie économique de ces pays; il reste enfin tout c(^ que les Néerlandais appellent d'un mot admirable Gezag, c'est-à-dire toutes les relations et les territoires sur lesquels on a quelque chose à dire (sageti) : pays qu'on infiuence grâce à des moyens de communication réguliers, lignes de navigation ou télégraphes, grâce à des avantages commerciaux donnés en récompense de certains services, grâce à des emprunts consentis, etc.

C'est dans tous ces domaines que l'État moderne se doit d'être fort; tous font partie de sa puissanc<\ Et c'est pour eux tous qu'il doit combattre. « Avant que nous allions à Kiaou-Tchéou, racontait Siemens, directeur de la Deutsche Bank, dans l'été de i()oo au Reichstag, il s'est livré en Chine une lutte fort intéressante autour de celte (jucstion : Qui est ce qui doit dcmner aux Chinois l'argent dont ils

paieront l'indemnité de guerre au Japon; les Russes et les Français ont triomphe'. Nous ne sommes arrivés que plus tard, avec les Anglais, et nous avons ultérieurement pris à notre compte les autres emprunts. »

Mais qu'on n'aille pas croire que le dévelopiiement d'une telle situation soit quelque chose d'absolument neuf. Partout où l'industrie et le commerce se sont développés d'une façon anormalement précoce dans le sens de la libre entrei^rise, dans les républiques commerçantes de la Renaissance, petites, si on les compare aux Etats, modernes, ce phénomène s'est déjà vu. « A Constantinople, les marchands vénitiens s'étaient créé une organisation autonome qui n'avait rien à voir avec l'administration imi^ériale byzantine. Des juges vénitiens réglaient les rapports légaux entre leurs compatriotes et les fabricants grecs, ils se portaient caution que les premiers satisferaient à leurs engagemwits, agissant en cela non comme organes d'une autorité byzantine, mais comme représentants d'une puissance amie, désireux de favoriser les bons rapports entre les deux Ettits (i). » Les colonies d'exploitation des Vénitiens et leurs colonies de débouchés, par exemple dans les régions du Pont, les l)oints d'appui stratégiques de leur floUe dans les régions menacées de la Méditerranée orientale, leurs colonies de citoyens, par exemple en Épire et en Dalmatie, leurs zones de puissance et leurs sphères d'inlluence un pea partout, sont des faits connus.

C'est à Venise aussi que nous voyons nettement pour la première fois la réaction d'une organisation d'ensemble si singulière sur le novau dont elle est issue, sur l'Etat métropolitain. La ville-mère s'en trouva enrichie au [»lus haut point, enrichie de gains économiques, non seulement de ceux t[ui résultaient directement de l'ex-

(i) Yo\ Z\vii:i>iNEc.K SiiDKXiiousT, Vcnedîg, p. lO.

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ploitation de ses domaines exotiques, mais aussi dos gains résultant de la position centrale de la métropole. Venise fut comme une irraiid<» ville entourée de sa banlieue: elle en tira comme la jouissance d'une rente foncière qui augmenterait rapidement, et l'on voit d'ici les conséquences économiques d'une telle situation. Fin politique, elle eut pour effet de fortifier de façon in(mïe le Gouvernement métix)politain, sous la forme d'un patriciat corporatif, dont l'esprit pénétra de plus en plus ses fonctions et ses organes essentiels. On en vint presque à considérer l'Etat comme une entreprise économique commune des cercles dirigeants. Hien de plus caractéristique à cet égard que de voir comment Catherine Gornaro, simple fille de noble vénitien, lorsqu'elle épousa le roi de Chypre et ouvrit ainsi la perspective de l'annexion de cette île à Venise, reçut de la République, et non de ses parents, son trousseau nuptial; et plus tard, quand l'événement désiré se fut produit, [)eut-ètre contre scm gré. ((ue de louanges lui décerna la République qui voyait en elle « sa /> lîlle !

Pour rKmpire alh*mand, les débuts d'une évolution semblable, bien qu'infniiment plus im[)ortante et pai' son étendue et par les fins qu'elle vise, ont déjà eu des résultats analogues : l'unité allemande s'en est trouvée fortifiée et la vie politique intérieure de TKmpire s'est orientée dans le sens aristocratique. Le territoire de l'Empire devenant une mère-patrie, métropole en quelque sorte d'un domaine extérieur qui va grandissant et centre des relations (pii unissent le pays à ses colonies, il fallait que sa cohésion intérieure fut forgée à nouveau, il fallait qu'il iHîstàt souverain. C'est alors (pi'on supprima toutes les exceptions qui subsistaient au régime douanier (Hambourg et Brème durent en passer par là, et s'en louèrent finalement, après avoir résisté) ; c'est alors qu'on unifia le plus [lossible les moyens de transport à l'intérieur,

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qu'on les développa, qu'on les mit en harmonie avec ceux de notre domaine extérieur dont ils devaient former le noyau naturel et le centre nécessaire ; c'est alors que, après avoir unifié le plus possible l'exportation, le transport des denrées nationales, on entreprit aussi de donner à la production une réglementation unifiée : les cartels et autres organisations surgirent. Bref, au même moment où l'on s'orientait vers les formes plutôt aristocratiques de l'entreprise réglementée, on travaillait à unifier aussi la vie économique de manière à permettre ainsi une action unifiée et vaste, surtout au dehors.

Cette unité n'était-elle d'ailleurs pas rendue nécessaire par l'évolution de l'État tentaculaire moderne, pour d'autres motifs encore que des motifs économiques? Une forme do vie politique qui mène, inéluctablement, de l'idéal agrarien de l'État se suffisant à lui-même à l'idéal industriel de l'État commercial tenlacuhdre, mêle la vie politique et économique de la nation, par une nécessité identique, à des milliers et des millions, ou pluté)t à toutes les affaires des autres pays. Car c'est d'eux maintenant que Ton reçoit des denrées et des matières premières de toute espèce ; c'est à eux qu'on envoie les produits d'une industrie de plus en plus spécialisée; et l'on devient ainsi dépendant de leur capacité d'achat et de leur désir d'achat, de leur désir de production et de leur capacité de production. Dépendance qui est de tous les instants! Ce système de relations mutuelles ne doit pas faillir un seul jour, si l'on veut assurer le i^rogrès, ou simplement le maintien de la vie nationale. Ainsi donc, toujours en vedette! (i) Où est le beau temps où M"^« de Staël pouvait affirmer de façon plausible: « En Allemagne, celui qui ne s'occupe pas de Vunivers n'a véritablement rien à faire! (i) » Aujourd'hui les nerfs sont tendus, jusqu'au

(i) En français dans le texte.

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plus infime, pour conserver en l'agrandissant notre récent.' conquête, la situation du germanisme dans le monde. Xous avons avant tout besoin pour cela d'unité intérieure dans notre vie économique ; il faut i>ouvoir l'aire jouer les formes de notre vie économique pour l'action extérieure, dans la politique commerciale et douanière comme ailleurs ; il faut qu'elles fassent un ensemble prêt à frapper comme une armée. Ou, plus exactement, comme une armée et une flotte ; car flotte et armée sont en relations étroites avec l'économie nationale; ce sont d'autres formes et d'autres outils do l'expansion nationale.

Mais, tandis que règne au dedans cette situation qur nous est fatalement imposée, les conséquences psychologiques qui en résultent ont déjà atteint et atteignent cliaque jour davantage les profondeurs de la vie nationale. L'àme populaire s'est transformée, d'abord sur le terrain de l'action pratique; à coté des forces du cœur et <lc l'esprit, les én«-gies de la volonté se sont trempées, et ce n'est pas pour rien que notre siècle est, en philosophie, le siècle du volontarisme.

C'est en ce sens que le culte de la force et du succès,, symptôme à lui seul d'une ère de libre entreprise, se perpétue et s'accuse, malgré maintes tendances opposées, notamment l'aflaiblissement progressif du subjectivisme économique, grâce aux formes nouvelles d'entreprise réglementée. Mais ce culte a changé de caractère, depuis les années iHSo-iSjo qui l'ont vu naître. Il est devenu plus mercantile, en quelque sorte, plus capitaliste; il s'exprime surtout dans le calcul et l'utilisation de facteurs objectifs; il lui manque l'ancien enthousiasme, 1 ancienne force du sentiment. C'est fort compréhensible. Les principales données de son calcul sont aujourd'hui l'expansion économitjue, l'armée et la flotte. Or, l'expansion économique implique une tournure d'esprit rationa-

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liste et mercantile. Il en est de même, aujourd'hui plus que jamais, de l'armée et de la flotte... Les outils de i»"uerre eux-mêmes ont pris un caractère cai)italisle. Que s(mt nos fortifications, que sont nos canons aujourd'hui, sinon de prodigieux magasins de force technique et éeoniique accumulée? Le guerrier, le héros disparaît devant eux. Et dans la flotte, cette évolution n'est-elle pas plus sensi])le encore? Sur mer, plus encore que sur terre,, c'est chaque sou du contribuable qui combat : quelle que puisse être la valeur de l'équipage, c'est la sui)ériorité de la machine de guerre qui garantit le succès. C'est ainsi que dans le culte de la force s'est introduit un élément rationnel, un symptôme de vieillesse i>ar consé- (pient. (]e culte n'apparaît plus comme un pathos qui germe et croit au tréfonds des âmes, mais bien plutôt comme un simple phénomène secondaire de la vie publique moderne, comme ufl4» manifestation adventice de certaines tendances plus récentes.

Mais ces tendances sont nées de conditions de vie toutes nouvelles. Quelle intensification inouïe des éneri^ies productrices de la nation a résulté de ses larges connexions avec le dehors, de l'expansion mondiale elleiiième! Que de nouveaux besoins ont surgi dans les masses, besoins de consommation très simples d'abord, eu nourriture et vêtement, puis exigences nouvelles de la [jroduction, en premier lieu dans le travail industriel! Et que de cercles nouveaux, moins visibles, se sont élai'gis autour de ces premiers cercles restreints, jusqu'à ce (|ue le mouvement nouveau se soit communiqué jus- <(u'aux moindres formes de l'activité nationale! Comme on a vu grandir le besoin de loisirs studieux et d'instruction! Comme les masses mêmes ont compris que le savoir est pouvoir! Et combien la culture intellectuelle elle-même a gagné en intensité et en extension! C'est là un phénomène d'une portée tout à l'ait générale,, une

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vt-ritable régénération des énergies nationales. Et notre expansion ne promet-elle pas, d'elle-même, le rajeunissement de ces énergies? Que de familles allemandes ont dores et déjà des parents au delà des mers! Or, beaucoup de ces derniers échappent aux barrières et aux lisières de la culture supérieure de leur ^stys natal; placés dans des circonstances plus primitives, ils se refont un caractère conforme à ces conditions générab^ment plus saines. On sait que cette liberté de la vie à l'étranger a eu sur beaucoup d'Allemands Teilet enivrant d'une existence qui n'obéit qu'au capric<\ h'afrlcanite sera toujours considérée comme Tune des plus singulières maladies infantiles de l'exjiansion allemande. Mais, pour la jdupart, la \ie nouvelle signifiait et signifie encore une concentration de l'énergie dans des conditicms d'existence plus simples que celles du pays natal, c'est-à-dire un rajeunissement intime. Ce ne sont ])as les pires, parmi les émigrants et les Allemands d'outre-mer, que ceux qui ont passé par là; et s'ils rentrent au pays, eux ou leurs enfants, individualités non desséchées et pulvérisées par l'activité tourbillonnante d'une patrie devenue trop étroite, ils donnent à leur entourage cet élan que les autres, écrasés sous l'héritage «le leurs pères, ont tant besoin de recevoir d'une main à demi étrangère, pour concevoir île grands desseins et des résolutions vigoureuses.

Et les relations maritimes plus fréquentes n'agissentelles |)as dans le même sens? La pensée si souvent exprimée par les Anglais : The British empire is a gift ofsea power, nest-elle pas vraie dans ce sens également? Il semble que de nos côtes aussi scmffle une brise morale plus fraîche, qui fortifie les nerfs des hommes de l'intérieur et augmente Télasticité nationale. Ce que List déjà prophétisait se vérifie : c'est que la mer, pour nous aussi, ne doit pas être seulement la rout<^ commerciale et la

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mère nourricière de notre économie nationale, mais aussi le champ de bataille de notre concurrence avec les nations et le berceau d'une liberté nouvelle. Dès à présent, l'exi)érience est faite que l'administration bureaucratique et la tutelle administrative en usage chez nous sont impossibles outre-mer; et le passé nous enseigne aussi que les grands États absolutistes du liasse, l'Espagne et la France, n'ont pu résister sur mer à la libre Angleterre, à la libre Hollande.

La mer, qui trempe l'énergie morale, émancipe aussi le regard de l'esprit. Toutes les grandes rei^résentations spatiales du monde terrestre ont besoin de franchir les mers, de même que, si nous avons x)arfois dans notre liorizon l'illusion sublime de l'inlini, nous la devons le plus souvent à un regard jeté sur les lointains du libre océan. Et toute (espèce d'expérience plus riche des choses de l'âme, tout c(^ qui nous renseigne mieux sur ce qu'est l'homme et sur ce qu'il peut être, toute connaissance plus qu'européenne, c'est-à-dire ethnique, de la race ne peut s'acquérir qu'en franchissant les grandes eaux. Combien nécessaires nous sont ces expériences, dans la situation continentale de notn^ patrie! (^uic<mque connaît par t'xpérience les divergences apparentes et l'unité profonde lies grandes religicms humaines, pourra-t-il s'intéresser encore aux mesquines controverses eonfessionnelles de la mère patrie? Quiconque a fait le tour des formes infiniment variées de la vie politique sur la terre, et a appris à n'attacher d'importance qu'au noyau vivant de la vie publique, accordera-t-il encore une valeur quelconque aux formes extérieures de la représentation i)olitique qui absorbent si souvent chez nous tout l'intérêt du public ? Et ce même observateur, toutefois, ne saura-t-il pas donner à la forme aussi la valeur qui est véritablement la sienne? La patrie alleman.le d'aujourd'hui ne demande plus seulement des récits à ses voyageurs ; elle veut leur

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exijérience la plus intime, et déjà elle siiispipe, pour vivre, de l'esprit de ceux qui ont Ix^ucoup voyaî^'i'.

Un danger était à craindre : c'éUiit ([u'un si j)rodii»ieux revirement brisât la cohérence de hi culture nationale et fit éclater finalement la vie sociale de la nation elle-même. Car tout proî^rès intellectuel, s'il est original et doué d'initiative, se traduit par un isolement plus grand. Mais rien de semblable ne s'est produit. L'exi)ansion elle-même a apporté le remède à ce danger. L'expansion, en considérant par principe tout Allemand, où qu il gîte, comme un lils du j)euple qu'il s'agit de taire croître en valeur [lolitique et nationale, renouvelle au loml le caractère individualiste ancien de l'État-tribu «lu passé germanique: l'Ktat est présent et ccmcrétisé non seulement à l'intérieur de ses frontières polili(jues, mais partout où agissent ses i-essortissants. Mais YKtnt personnel (ii est d'essence cori)orative : C'est en tant que corporation que l'Ktat est responsalile de ses sujets à l'extérieur comme à l'intérieur des frontières; c'est en tant que corporation ([u'il règle les conditions de la vie de manière à ce quelles pi-ocurent à l'ensemble certains avantages au dehors; en ([ualité de personnalité corporative, il prend part à la lutte des nations comme un indivi<iu défini, muni de tous les moyens d'exercer une activité une et cohérente. Tel est le caractère de l'Ktat moderne, de lEmpire allemand tout particulièrement: et grâce à ce caractère, l'Empire se rend maître de toutes les tendances centrifuges qui se rattachent ou }>euvent se rattacher à l'expansionnisme. Mais, en même temps, cette tendance corporative de l'Etat moderne enferme en elle des assurances contre les empiétements d'un absolutisme exclusif; tandis que, par

^i) Lamprecht oppose VKtul personnel inodrrn»-, présciil par-^ tout dans la personne de ses sujets, à VKtal territorial ancien limité au sol national.

•ailleurs, la forte puissance des dynasties allemandes est nécessaire pour empcclier la tendance corj^orative de s'ossifier en un aristocratisme mort.

On peut discerner dans ces faits, si on les rapproche du raractèrc politique primitif de l'Empire allemand, les débuts et même par endroits les symptômes déjà très .listiiicts d'un prodigieux bouleversement. L'Empire a été londé essentiellement sur des bases agrariennes et autarchiques; depuis 1889, il- se développe dans le sens de {'(xpansion industrielle. Si la nouvelle tendance est encore loin d'avoir ellacé cv caractère primitif, elle est vile dev(Miue assez active pour déterminer le caractère de notre évolution. Et c'est ce qui hi rend historiquement (U'cisive. La transformation qui s'est accomplie ici donne un tragique intime à la vie du prince de Bismarck. Placé a la tête de la nati(m dont il est le dernier et le plus puissant hobereau, gentilhomme que son éducation seule [ji'éparait déjà à accueillir d'un co'ur et d'un esprit ouverts toute grandeur nouvelle, il a dû accepter, dans son Age avancé, de ne plus dominer complètement par fesprit ces éléments nouveaux qui surgissaient et le dépassaient avec une rapidité vertigineuse. Et c'est ainsi qu'il fut mis de côté, par un ordre impérial sans doute, mais aussi j»ar révolution elle-même, en signe de la profondeur et de l'inexorable dureté des forces qui la mènent.

Pour finir, on est en droit de se demander si l'évolution de l'État expansionniste moderne est due à des iniluences extérieures ou à des transformations internes, immanentes. La vieille théorie du milieu, que nous devons à Montesquieu et dont les historiens politiques modernes aiment encore à faire usage, scvsl prompte à tout expli- <iuer par des influences extérieures. On pourra dire que la paix armée a été, à l'origine, pour l'Europe centi-ale le résultat de la guerre franco-allemande et a agi par contagion sur h»s autres puissances. On pourra dire que la fon-

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dation (lerEm])ire allemand, produit d'une certaine politique étrangère, s'est accompagnée naturellement d'un grand essor économique. On dira encore qu'il en est fatalement résulté une concurrence active avec l'étranger, et que cette concurrence nous pousse aujourd'hui, etc. Voilà d'amples raisons de quoi contenter ceux qui n'aiment pas à se rendre un compte exact des choses. En réalité, toutes ces transformations sont le jjroduit le plus intime d'une évolution interne. Et ceux pour qui ce fait, l'un des faits fondamentaux de l'histoire i)olitique moderne, ne ressort pas avec clarlé <le ce que je viens de dire, en trouvenmt la preuve dans cette simple observation, que le iihénomène de l'expansion moderne ne s'est pas produit uniquement dans l'Empire et j^our le germanisme, mais dans tous les Etats et toutes les nations qui ont en eux des germes d'évolution économique et sociale analogues ou identiques à ceux qui déterminent l'évolution allemande; i>eu imjjorte même sous quels cieux ils vivent; il en est ainsi au Jaj)on, aux États-Unis de l'Amérique du Nord, en France et en Angleterre. Et ceci étant, si l'on admet (|ue l'évolution interne précède la transformation extérieure des Etats modernes, nous pourrons conclure à un caractère tout nouveau qui distingue la politique extérieure à notre époque de cette même politique extérieure à toutes les époques ]>récédentes, notamment de i85o à 1880. Ce qui s'est acconipli ici, c'est le jiassage à la politique mondiale moderne.

Ibid.^ p. 5o6-5i7.

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