‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 62 sur 139 · Les Etats mondiaux · texte numérisé non relu

Les Etats mondiaux

Quels sont les États qui comptent dans la politique mondiale contemporaine? On peut songer à la Russie, à l'Empire allemand, à l' Autriche-Hongrie, à l'Italie, àla

KAUL LAMPIIECIIT

lai

France et à l'Angleterre, en Euroi)e ; aux États-Unis, en Vmérique; au Japon, en Asie. Ce sont là de grands Etats, qui relèvent plus ou moins, en totalité ou eu partie, de l'esprit de libre entreprise, les États auxquels la suppression des distances, grâce aux moyens de communication modernes, assure, en quelque sorte, l'ubiquité des sujets qui leur appartiennent; les Etats qui, de ce fait, se trouvent, en principe, représentés partout par des ressortissants; les États qui sont, par là même, en relations constantes les uns avec les autres et qui, par suite, règlent leurs aflaires extérieures d'après les principes de la ''politique mondiale. Mais ces États ont-ils tous également évolué dans le sens de cette forme politique, la plus moderne de toutes? En aucune façon.

Lamprecht exécute ici en queUiues lignes : le Japon, dont l'organisation économique en^bryonuaire gcne la puissanc-e dcxpansicm ; la Russie, encore trop exclusivement agricole, et d'ailleurs tributaire des capitaux étrangers ; 1 Autriche- Hongrie, dont l'industrie est à ses débuts et qui comprend la ifon-rie, pavs agricole et arriéré, analogue a a Russie ntaliJ^pHvie de colonies, jusqu'à lexpédition de Tnpohtaine, et réduite à ses inlérèts péninsulaires ; enlm, la brance.

Il est vrai que la politique étrangère française, depuis 18:0, s'est adcmnée surtout, réserve faite des criailleries revanchardes, à l'expansion coloniale ; nous examinerons plus à fond les ellorts extraordinaires et les résultats brillants, si on les mesure au kilomètiv carré, de la politique française dans ci^ domaine. Mais les résultats économiques — et par suite sociaux et politiques - ont-ils été tels qu'on puisse parler de la France comme d'un État expansionniste bien développé? Lors de la prise du Tonkin, en i885, on s'enthousiasma pour la Nouvelle-France et Ton compta voir s'élever rapidement le commerce français avec la Chine du Sud à 3oo millions de francs; à la fin du siècle, on atteignait à peine 4 mil-

LE TANGEItMAXISME PHILOSOPHIQUE

lious. Sans doute, l'opinion courante, on Allemagne, que le Français est incapaJ)le de cultiver et de coloniser est fausse : voici loni,n<'nips que la France a prouvé le contraire en Algrérie, puis en Tunisie. Mais, malgré tout, le domaine colonial immense delà France est pour Tinstanl, comme celui de la Russie, cai>ital moit pour une bonne part; le courage, la force d'expansion manquent pour le mettre en valeur. £t c'est un phénomène grave, qui est loin d'être isolé dans la vie économique de la France. Un fait Lien caractéristique, comme symptôme de l'état économique de la France, c'est que l'excédent de l'importation sur- l'exportation a considéi-ablement baisse vers

D'après la Zeitschrlft fur Sozialmssenschaft, 1^00 il. XI, p. 8-J2), l'excédent de l'importation comportait, en milliards de marks :

AiiiH'e.

Kraiict'

Aiigletfiiv. Empire allenisiiid.

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Or, il est bien connu que généralement « rexcédenl de l'imporlation indique la mesure des créances qu'une nation peut faire valoir sur les pays étrangers ». Ces tréances semblent donc avoir suivi en France une marche régressive. . Il semble que la France, là aussi, se replie sur elle-même et échange ses valeurs étrangères pour des valeurs nationales; il semble que l'Angleterre, comme iruit des capitaux qu'elle a déjà amassés, accroisse tous les jours ses créances sur l'étranger et sur ses colonies, t^t que le capitalisme allemand lui-même se mêle àl plus en plus à celui des autres pays. » En d'autres termes : même dans les chillres difticilement contrôlables

KARL LAMPRECIIT

(le son bilan de payement, la France montre une force d'expansion décroissante. Et la réalité de ce i)hcnoniène de régression dans sa force d'expansion coloniale est démontrée avec une indéniable évidence par ses trois orands échecs vis-à-vis de l'Angleterre : au Siani, au Niger et sur le Haut-Nil (Fachoda).

Dirons-nous donc qu'il ne reste, parmi les puissances qui comptent eu politique mondiale, et qui s'efforcent de régler de concert cette politique, que trois Etats tout à fait modernes, trois États qui aient atteint la cime de la plus récente évolution : l'Angleterre, les États-Unis et l'Empire d'Allemagne? Certainement; c'est même l'un des faits fondanumtaux de l'histoire contem]K)raine. Que, dans un lointain avenir, la terre doive être slave ou mongole, c'est possible ; mais aux Cermains appartiennent, de même que le passé immédiat, le»présent el tout l'avenir prévisible. C'est seulement à la lumière de cette vérité que les événements de i8(UJ ei de 1870, et l'essor des Alh'mands dans l'Empire et autour de l'Empire depuis 1870, preiment leur pleine signification.

Sans doute, la question se pose aussitôt de savoir ([uel rapport existe entre ces trois cousins : l'Allemand, l'Anglo-Saxon et l'Américain anglo-teuton. Pour l'Allemand en particulier, ce problème angoissant surgit : est-il destiné à être un jour plus ou moins englouti politiquement, comme principe inférieur et féminin en quelque sorte, dans l'anglo-saxonîsme universel, de même ([ue les Germano-Américains, dans l'élaboration de la race germano-américaine nouvelle, sont menacés d'être engloutis, comme un principe secondaire, dans un anglosaxonisme modifié? Ou lui sera-t-il permis de prendre part, comme représentant d'une race [juissante et autonome, à la domination de l'univers?

Ibid, p. 5x7-522.

LE PAXr.ERMAXISME PIIILOSOIMIIQI E

T). LAllenia<>'ne et les ihats-l^nis.

Ilseinlile 2)resque que les- Anorhùs de sens rassis se résignent à laméricanisation de leurs ])a\ s et se consolent i»ar l'espérance d'une civilisation anglo-saxonne nouvelle et supérieure qui naîtra au delà de l'Océan.

L'Empire allemand, de son côté, n'a pas été épargné par le mouvement d'expansion des capitaux américains ; qu'on se rappelle les ellorts du trust du tabac pour s'implanter chez nous, puis les tentatives opiniâtres des. Américains pour s'immiscer dans l'industrie allemande «le la potasse, enfin l'émission de 80 millions d'emprunt de l'Empire à 4 0/0 à New- York ; qu'on se souvienne que «lès 1900 il se trouvait environ 200 millions de marks d'eirets allemands dans les mains américaines. L'Empire a-t-il jus(|u'ici riposté par <les mesures délensives quelconque contre les dangers de cette invasion? La ]M)litique douanière de l'Emigré contie les tentatives envahis.santes de l'Union, et tels points (essentiels de sa politique étrangère vis-à-vis des Etats-L'nis, ne peuvent être qualifiés que d'inconséquence et de faihlesse.

Mais ce n'est pas chez ntms que rEnïi)ire a surtout à craindre les périls de l'exjiansion américaine, et ceux, notamment de l'invasion des capitaux américains; c'est au dehors, dans les territoires soumis à notre inlluence, principalement dans l'Amérique du Sud. L'Union v entretient des entreprises comme les chemins de fer de Panama, les lignes des Andes et la puissante voie ferrée du Transcontinental New-York-Bucnos-Aires. Les Yankees envahissent spécialement les régions allemandes *lu Brésil, où ils se présentent d'abord en philanthropes, en fondateurs d'églises et d'écoles, afin d'absorber finalement le germanisme de ces territoires; et nos compa-

KAUL LAl^IlMŒCnr

triotes d'outrc-mer oublient trop souvtMil l'avertissement <le cette vieille parole : Tlmeo Danaos et dona j éventes. Les États-Unis apparaissent donc en lout lieu comme \c i)lus agressif, le plus jeune, vraiscmblal)lementlc plus riche d'avenir des trois États mondiaux gcrmaniciues (i). Eaut-il que ceci nous décourag(% et que nous en venions au renoncement mélancolique de tant d'Anglais? Sommesnous vraiment, entre des États mondiaux plus grands (pic nous, dans la situation de Venise, jadis, entre Byzance et l'Empire d'Occident? ou pareils à la Flandre entre l'Angleterre, la France et le vieil Empire romain de nation germanique? Non : cette heure n'est pas venue encore. Si nous ne sommes pas de lout point égaux à l'Angleterre; si l'idée d'une alliance avec les Etats-Unis, cpii liante certains cerveaux, est une chimère certaine, puisque les États Unis ne (Huicluent autant dire jamais d'alliances, nous sommes assez Ibrts, nous avons assez davaiitagcs propres pour nous fier à nous seuls. Nous ne sommes pas seuls à nous croire nécessaires à l'univers et à l'humanité ; il y a des raisons abondantes, décisives ,.our tous, dès qu'on y réfiéchit, (pii rendent indispensable le maintien de notre existence nationale. De plus, n'avons-nous i^as jusqu'ici subi, à notre honneur, les épreuves récentes que nous a imposées l'ère nouvelle de la politique mondiale? Un prochain volume donnera à cette question une réponse, sinon absolument nette, du moins tort éloignée d'être décourageante a priori.

Mais quoi que doive apportci" l'avenir, l'Allemand <l'aujourd'hui peut se dire une chose : c'est ciue la gloire de son passé pâlira, son rôle historique sera en péril, du jour où il renoncerait à se fixer, d'accord avec tout son peuple, les fins les plus hautes qui soient ; du jour où il

(I) Ces Étals sont, d'après l'aultMir : rAllcmaKiHN rAiii^leleiTO, les États Unis.

IÎ>0 LE PANGEUMANISMi: PIIILOSOPHIQrE

réinsérait de lira ver, avec une énergie ilairain, les circonstances adverses, sous une direction sùvv, exempte de grossières erreurs.

Ihid.. 1». 538-:)4().

;. Le germanisme en Alsace-Lorraine, en Suifisc. en Hollande et en Belgique.

Dans les pages qui précèdent, p. 382-402, rautiur a successivement examiné les chances d'expansion sur lesaucllcs peut compter le germanisme à l'Est et au Nord, c est-à-di,c en Autriclie et dans les provinces baltijjues.

Si des frontières orientales du gennanisme nous détournons nos regards vers les Marches de l'Ouest, il nous laudra un instant j>our nous renu'ttre d un eflet de mirage histoiique, tant les conditions sont dillerentes de celles de l'Est, où l'on voit vivre des Allemands pur-sang et des cousins d Allemands hors des frontières de l'Empire. Il ne s'agit plus, à l'Ouest, d'une race conquérante établie sur des masses étrangères qui vont vers l'ailranehissement: il ne s'agit plus d'une réaction systématique des Allemands contre des dynasties ou un pouvoir c(^ntral; sur un seul point, nous trouvons la lutte engagée contre les aspirations injustifiées d'une race étrai^ere. Par contre, nous trouvons une grande plénitude de vie <lans la large atmosphère d'une civilisation originale partout la lecomlité intellectuelle, la vigueur physique, la conscience de soi, de fermes perspectives d'avenir, toutes qualités d'un germanisuie non mitigé qui s'est établi là, et qui est parvenu, jusque dans ses membres les plus humbles, à s'assimiler complètement la civilisation de rEuroj)e occidentale.

Nous savons dans quelles circonstances cette chaîne de petits Etats occidentaux a été peidue par le vieil Empire :

KARL LVMPBECIIT

la Suisse allemande, les régions llamandes de Belgique dans la mesure où elles ont été jadis allemandes, la Hollande, l'Alsace jusqu'en 1870. Les grandes puissances, les puissances centrales de rAllt«magnc moderne se sont formées dans ce qui avait été notre domaine colonial ; entre temps, les parties occidentaks de la mère patrie, rongt'cs [)ar la marée française, s'ell'ritaient et se détahaient politiciuement de rAllemagne.

Mais, parmi ces fragments, il eu est un, le ]»lus i)récieux peut-être au point de vue politique et militaire, ipii nous est revenu en même temps que se formait le nouvel Empire : c'est l'Alsace, et avec elle des fragments aussi de la Lorraine, qui a toujours été welche. Conquête (pii nous a conduits, il faut Tavouer, pour peu qu'on sonde les abîmes de l'Histoire, à une regermanisation rapitlc des couches sociah'S dirigeantes en Alsace, et à la i«('rmanisation toute nouvello-de la Lorraine, ('e dernier fait est peui-être le résultat le plus satisfaisant qu'on ail pu constiiter de la tendance modei-ne des Allemands à émigrer vers l'Ouest. H i^araît bien que Metz a du être partit^h'uient allemanil par la langue et la nationalité jusqu'au XII siècle; il est certiun que Metz et ses environs, à l'époque où ils furent réunis à l'Empire, accusaient un caractère français. Avec quelle rapidité cela s'est transformé! Non seulement la population de la ville est germanisée \^\iv une Iwmne part, mais l'aspect (extérieur du [)ays a déjà pris un cachet germanique, et dans le Xord de la province, une industrie (lorissante a amené, avec la naissance de nouvelles localités et le dévelop[>eluent des anciennes, un afllux rapide d'immigration allemande.

Dès 1900. t[uel changement remarquait en Alsace (piiconque connaissait le pays depuis une généi-ation ! Connue on voyait reparaître, sous le vernis iVaninii^ [)àlissantet eHiicé, la vieille culture alleuiandc, la culture

LE PANGEHMANISME PlIILOSOPIIIOrE

de l'époque où Goethe était étudiant à Strasbourg, cette eulture que des fractions importantes de la bourgeoisie* moyenne avaient perpétuée jusqu'en 1870, mais à demi momifiée et i>étrifiée ! Et comme on a su ranimer dans Jes coucbes inférieures ce germanisme que nous connaisstms par le RolUvagenhuchlein, de Jôrg Wickram, et par le brillant héritage de la grande époque littéraire de l'Alsace du xvr siècle : germanisme à l'humour quelque peu salé, ami des chansons, avec une fraiclieur spontanée et vigoureuse de la libre émotion.

On ne s'en est pas tenu, d'ailleurs, à faire revivre d'anciens restes ; le tronc si longtemps desséché a poussé de jeunes r<«jetons ; une littérature dialectale, un théâtre même étaient nés, alsaciens à l'usage des Alsaciens ; et déjà une jeune [>oésie haute-allemande agitait ses ailes parmi les Alsaciens mêmes. La nation pouvait bien, en vérité. su[>porter avec bonne humeur ses quelques milliers de « Fraïui lions > [Franzôslinge), vernis mince et qui va s'écaillant tous les jours, clique de ceux qui vont, au scandale du bon Alsacien moyen, manger à Paris, à la mode welclii;, la meilleure part du bien acquis en pays allemand: en vérité, ils ont leur récompense. \ oilà h)ngtemps, d'ailleurs, que tous les Français sérieux et sincères recîonnaissaient que l'Alsace entière était désormais acquise au germanisme, à l'Kmpire allemand. Un seul danger semblait à craindre : celui d'un particularisme par trop vigoureux et par troj» exclusif, né de l'excès même de certaines qualités tout allemandes.

Dès la lin du siècle, les choses jjrenaient au sud, dans la Suisse allemande, une tournure moins favorable. Un Suisse écrirait-il encore aujourd'hui ce que le Zurichois Orelli déclarait en 1841 : en publiant un livre, il lui semblait (i rem[)lir un devoir sacré envers sa nation, la nation allemande; car dans le domaine de l'esprit, des sciences et des arts, l'Allemagne et la Suisse allemande

KARL LAM r REÇUT

ne forment qu'un seul peuple » ? La fondation de rEmi)ire a pendant longtemps plutôt nui aux sympathies allemandes en Suisse qu'elle ne les a favorisées. On aimait tant à toiser avec mépris ces pauvres diables d'Allemands, esclaves de leurs princes. Le fait que les magnifiques seigneurs de Bàle, de Zurich, et de Berne aussi, aillaient, depuis des temps immémoriaux, chercher leurs domestiques sur la rive droite du Rhin, avait donné en quelque sorte le ton pour le jugement à porter sur les Allemands du nouvel Empire. Comment se faire d'un x^^oup à une situation toute nouvelle? Les Suisses allemands regimbèrent donc contre l'aiguillon, avec cette roide sincérité qui est une de leurs meilleures qualités, une des plus allemandes. 11 faut accorder pourtant que les <;hoses ont changé depuis, surtout aux yeux des gens graves; on ne méconnaît plus l'importance de l'Empire allemand et de ses habitants-. Et l'on suit avec une fierté silencieuse les succès du germanisme suisse dans l'Empire. Quelle propagande nationale nous ont fait dans ce sens les noms de Bcecklin, Keller, Meyer, Widmann, 7ahn, llodler ( i), pour ne citer ([ue les plus illustres! On a, dans ces mêmes cercles réfiéchis, la conviction que, ilans les orages politiques de l'avenir, la Suisse se rangera du coté des Allemands. Mais cm n'est pourtant pas arrivé à établir des relations tout à fait aisées entre Suisses et Allemands de l'Empire; maintenant encore, dans leurs querelles de famille, cliacun dresse ses prétentions contre les prétentions de l'autre; et Conrad Ferdinand Meyer pourrait aujourd'hui encore avec quelque raison faire prononcer à son llutten ces paroles : « (Quelle folie de vous harceler et de vous quereller tous

)n sait que le peintre Hodlei" s'osl «lepuis fait lionnir en a-ne pour avoir protesté eonlrc le l.oni])ar(lcuicut de la

Il O Allenu.^ catliédrale «le Reims.

LE PANGERMANISME PHILOSOPIIlOUi:

lt*s jouis, lansqueuets et Suisses! Allemands vous êtes tous, par droit de baptême. »

La conséqueme d<' ceci, c'est que le Suisse allemand, tel les héros dans la tradition de nos vieux drames, aime encore à se retirer à 1 écart pour monologuer à part lui; e'est que la langue allemande n'oflre pas au français. dans la Confé<lératioii, la résistance que nous souhaiterions. Les temps sont passés, où h's dialectes welclies Taisaient équilibre aux dialectes allemands à la frontière linguistique. Du coté welche, h' pur français entre partout en ligne ch' bataille. Or, est-ce un pur suisse-allemand qui lui fait face? Non; des formations dialectales et dialectoïdes luttent et succombent, comme elles ont déjà succombé autrefois en Alsace devant le imr français des classes cultivées. Kt il est grand temps que le suisseallemand se fournisse d'oxygène dans la pure atmosphère de lallemand classique. C'est plus important que (h* purifier laspect extérieur de certaines villes fédérales, comme Lucerne, des oripeaux carnavalesques qu<' lui font des enseignes Avelches indiscrètes, dont la présence, et le français souvent baroque, ne manquent jamais de i)roduire sur les faces allemandes un elfet hilarant.

Au reste, c'est surtout sur le terrain des intérêts maltriels que le germanisme suisse et le germanisme de l'Empire apprem Iront à se connaître plus intimement et à s'unir. Inutile d'exposer longuement de quelle importance a été pour la Suisse allemande, et surtout pour Bàle, la fondation de l'Empire et rabsorj)tion «lans ses frontières de toute la rive gauche du haut Rhin ; 1 impcjrlance du chemin de fer du Gothard saute aux yeux pareillement. Et si l'on veut constater combien les facilités de transport et l'essor économique ont déjà agi dans le sens de la fusion, il suffit de relever ce lait que, dans les villes les jdus industrielles et les plus ambitieuses de la Suisse allemand(^ à Bàle et à Saint-Gall, la population

KARL LAMPRECHT

sédentaire comprend un tiers d'Allemands de l'Empire. Ce qui commence ici dans lo silence peut un jour in*endre un dévelop])cment éclatant, selon res[)rit, sinon la battre, de ces vers prophétiques du grand poète suisse : a Patience ! le jour viendra où une tente unique ombragera tout le i>ays allemand. »

Que de ressemblances, et pourtant ([ue de dilTércnces profondes Ton l'onstate, si l'on comj>are les rapjmrts de l'Empin» avec la Suisse d'une part, avec la Basse-Franconie occidentale (*t la Frise, les Flamands et les Hollandais d'autre part! Si la langue est ici plus dilférente, les relations de commerce sont plus iiitinn^s encore. Car les pays néerlandais du sud et du nord sont les débouchés naturels de notre principale artère conimerciale, du Rhin; il ne faut donc pas s'étonner si Ton trouve en Belgique, <'t surtout en territoire llamand, abstraction laite de la région-frontière Avîflhmnede Vervicrs, environ oo.ooo Allemands domiciliés, e^; environ io.ooo en Hollande, principalem(^nt dans les grands ports comme Anvers, Rotterdam et Amsterdam.^

Si nous considérons en particiilier la Hollande, la transformation qui s'est faite dans ses relations avec l'Empire central d'Allemagne", au cours de la dernière génération, ne saurait être mieux caractérisée que par le changement int<»rvenu dans son commerce d'exportation et d'importation avec l'Allemagne et l'Angleterre. En iS;."), les chilfres donnaient, en florins : pour l'Empire d'Allemagne, iGi,6 millions d'importation et ^38,7 millions d'ex]»orlation; pour l'Angleterre, •i.^^iyH millions et ïi24'> millions. Dix ans [dus tard, 'h'2,i millions et ^i'i,3 milli(ms i)our l'Empire; ^26^2,1 et 255.4 pour l'Angleterre. Et ce changement extraordinaire dans les relalions avec ll^mpire et l'Angleterre^ s'est maintenu dans l'enseuible; vers 1900, l'exportation de l'Empire vu lloUande ne montait pas à moins de 7,5 pour cent de

SOU coiiiinerce total; c'rst-à-dire qu'elle dépassait l'exijortation en France et était presnue triple de rexi)ortation en Italie; et à ee luoiuent, l'exportation hollandaise envoyait 62 p. 0/0 de sa valeiii' en Allemagne. Les relations postales donnent d<»s chiUViîs qui sont presque plus remarquables encore. Les envois postaux d'Allemagne en Hollande, vers la fin du siècle, dépassaient le total des envois d'Allemagne en Angleterre et en Russie réunis; près des deux cinquièmes des colis internationaux expédiés par la Hollande allaient en Allemagne. La correspondance d'Allemagne en Hollande s'est dévelo[)pée au point de n'être plus dépassée que par le nombre des envois d'Allemagne en France vt en Grande- Hretagne, tandis que les relations avec les États-Unis et la Russie, voire avec la Suisse et la Belgique, y demeurent sensiblement inlerieurs.

Dans ces conditions, l'idée de rattacher, d'une manière quelconque, la Hollande ii l'Empire, ne peut manquer de flotter dans l'air et de se manirester tantôt sous une l'orme, tantôt sous une autre. D'abord eu ce qui concerne les relations commerciales. Il i)ourrait s'agir, dans le cas le plus simple, d'adhérer à la grande Union ])ostale austroallemande ;clès i<)<M), ceci était du domaine des possibilités immédiates. Par surcroît, on a parlé depuis i8<)0, plus souvent qu'auparavant, d'une convention douanière. Lnfin, nombre d'événements de ces dix dernières années : la rapide confiscation dv l'ancien empire colonial espagmd au profit des Ktats-Unis, l'écrasement brutal par l'Angleterre de l'élément néerlandais dans l' Afrique du Sud, les machinations suspectes des Anglais au moment des guerres coloniales hollandaises à Atjeh, sans oublier la conclusion de l'alliance russo-japonaise, .sont de nature à conduire les Hollandais à mettre en discussion hi possibilité de se rattacher politiquement à l'Empire. Car une chose est claire : c'<'st que, dans le conflit [)rodi-

KARL LAMPREGHT

i^ieux des États exx^ansionnistes modernes, une vieille puissance coloniale comme la Hollande, dont la grandeur historique est immense, mais la souveraineté présente i-estreinte, est en mauvaise posture tant qu'elle reste isolée. Mais s'il faut que l'aide vienne du dehors, si l'on recherche quelque communauté d'intérêts qui soit une protection, où vaut- il mieux s'adresser? On a le choix entre l'Angleterre, la France et l'P^mpiie allemand, et l'autonomie des pays néerlandais, de ceux du sud comme (le ceux du nord, est due depuis des siècles à cette liberté de choisir entre les grandes puissances. Les Hollandais, bien entendu, sont maîtres de ce choix et des destinées de leur pays; et du point de vue allemand, on ue peut que souhaiter, par principe et dans l'intérêt de leur pays, qu'ils en viennent à une- décision avant de courir le danger de perdre leur caractère, et qu'ils fassent un choix digne de 1^ noblesse de leur origine et de la grandeur de leur passé (i).

Les véritables Allemands sont toujours restés plus éloignés, au moins politiquement, des Néerlandais du sud; en fait de territoires un peu étendus, seuls le Brabant et une partie des Flandres ont appartenu au vieil i:mpire. E^t i30urtant le peuple flanuind est un élément si important de la population de l'Europe occidentale! Plus de la moitié des six millions d'habitants de la Belgique s'y rattachent; les provinces de Flandre occidentale et orientale, d'Anvers et de Limbourg sont à peu près purement llamandcs; en Brabant, et malgré tous les eflbrts faits pour franciser Bruxelles, on trouve encore soixante-dix Flamands contre trente Wallons ; et seules les quatre provinces méridionales de Namur, du llainaut, de Liège et du Luxembourg, et cette der-

r) Le texte a été laissé dans sa première teneur qui est de

uy»].

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LE PANGERMANISME PlIILOSOPHIOUE

nière en [wirtie seulement, ont un caractère nettement wallon.

Mais la civilisation de ce pays, par son origine et par tous les [joints culminants de son évolution, est ibncièicment flamande: abstracti<m faite de Liège, toutes les grandes villes, toutes celles (|ui <mt un ^jassé, ont un caractère néerlandais : depuis Antwerpen, que Durer apjMîLiit Antorf, <lepuis Gent et Brugge etOstende et Mecheln et Lœwen et Biiissel jusqu'à Ypern, jusqu'au petit, mais si intéressant Veui*ne, que les Allemands ailectent d'appeler Fumes, et jusqu'à ce vivant Kortiijk. qu'ils appellent Courtrai — pour ne rien dire de l'ellet que font dans les bouches allemandes les jolis noms d'Anvers, Gand. Bruges, Malines, Louvain, et surtout Bruxelles. Kt même à Lille, anciennement Rvs.sel, au sud de la irontière politique de la Belgique, <»n entend encore résonner le dialecte flamand. Car le Nord de la France, la région de ces cinq départements du Nord (ii qui ne se sont pas encore complètement plies à la norme française, abrite encore i)lusieurs centaines de mille de Flamands; et le voyageur qui se rend de Calais en Belgique par Dunkerque peut voir apparaître, aux petites stations rurales du chemin de Ter, des silhouettes qu'il n'a vues auparavant que dans la Vieille Marche de Brandebourg et dans quelques autres régions qui l'ont partie de l'ancien domaine de colonisation de l'Empire : ce sont des Flamands, des Flanmnds.

De quelle sollicitude profonde l'Allemagne centrale n'a-t-elle pas accom[>agné la vie intellectuelle de ces [)i()vinces au moyen âge, alors que leur culture était grande et originale, et qu'un poète très doué, des premières années de leur floraison, pouvait se vanter de son origine en ces flères paroles qui ornent aujourd'hui son monu-

(i) En l'raiiçai.s dans le lexk".

KARL LAMPREGHT

ment à Damme : Darom dat ic een Vlaminc ben! [Cest parce que je suis flamand!) Du xiii^ au xvi« siècle, des (ils innombrables ont tissé entre ces cotes et l'Allemagne de l'intérieur les liens de relations très intimes : c'est là, dans le paisible hôpital Saint-Jean, à Bruges, aujourd'hui encore digne écrin de ses plus belles œuvres, qu'a vécu le grand peintre Jean de Mœmlingen, au pays du Mein, taudis que les délicatesses des écoles de peintres (lamands fécondaient le goût artistique de l'Allemagne moyenne ; c'est de là que, plusieurs siècles auparavant, (les marchands flamands avaient trouvé le chemin du Danube et de rextrénu* Sud-Est allemand ; et à leur suite, peut-être, ou à la suite de tels de leurs compagnons, s étaient attachées les légendes de Siegfried et îles Burgondes, et la lointaine légemhî marine de Gudrun; à la même époque, x^eul-étre, où lleinrich von Veldeke, trouvère de la Basse-Frauconie , composait son poème de l'ÉnéiTie iEneit) à Neuenbourg-sui-lLustrut, dans le château des landgraves de Thuringe. Et ces relaticms mêmes ont-elles cessé complètement plus tard? Rubens et la (iuilde anversoise de Saint-Luc n'ont-ils pas eu pour nous, Allemands de l'intérieur, la même importance que les Hollandais de génie, Hais ou Rembrandt?

Mais la culture flamande s'est éteinte d'elle-même. La culture française, et non la meilleure, i)énétra dans le l>ays; ce ne fut qu'un badigeon vite terni: et il faut considérer comme un quasi-suicide l'acte qui sépara les Flandres des Pays-Bas du jNord, et des montagnes de l'Allemagne citérieure, lointaines sans doute, mais nourricières de fleuves civilisiiteurs et fécondants. C'est ainsi que, dès la moitié du xviiT siècle, on voit se dessécher la force vitale de cette race si douée, et elle menaçait de tarir lorsque, en iH'io, avec la nouvelle scission du Sud et du Nord, un régime purement français s installa en Belgique, sous un de ces Cobourg sans patrie.

LE PANGERMANISME l'HII.OSOPHIQl E

KARL LV^IPRECllT

. Mais merses profiindo, piilchrior evenit! C'est aloi's que les Flîimands, véritables Allemands, s'émurent; et un<' nouvelle culture germanique fl<'urit, non point égale à Fancienne, ni [mre de gallicisme, mais comportant toutefois une digne Renaissance du i)assé. Conscience et Willems fondèrenr un(* littérature néo-flamande^ qui fut à la fois une littérature patriotique ; nnt» nouvelle Cuilde tic Saint-Luc ressuscita, et une nouvelle maîtrise de l'hôpital Saint-Jean, grâce à de Wappers et de Keyzer, à Slingeneyer, Gallait, de BièlVe et Leys; Lambeaux et de A'igne, Lagae et de Vreese, van der Stapiien et Meunier travaillèn-nt dans la manièi'c luxuriante et sensuelle des anciens imagiers, en y joignant la rigueur nouvelle de la plastique moderne; quelque chose de la [>lénitude solennelle de Tancienne musique néerlandaise s'éveilla dans les créations de lienoits et de ses disciples; et sous les pas de ces chefs et maîtres, les chami)s jadis si riches de la culture» nationale reverdirent. Et de même quejadis les Flamands ne s'étaient pas contentés de rendre hommage aux Muses, mais avait'ut su combattre, soit entre eux, soit contre l'invasion de la chi'valcrie française, de même aussi l'on vit germer des idéals i>olitiques à coté des idéals d'art : on réclama d'avoir une part au gouvernement du pays. On sait cv que le flamiugantisme a déjà obtenu dans ce domaine; cependant l'égalité de droits n'est pas complète encore, tant on redoute l'égalité de valeur, pour ne ])as dire la supériorité de la culture llamande. Mais l'heure de la justice approche, et avec elle une liberté de la vision dont les Flamands ne manqueront pas de pi'oliter pour diriger leurs regards avec une intensité accrue vers le cceur du pays allemand.

Notre voyage circulaire aux frontières de l'Fmpire est achevé. 11 n'a \m nous donnei* que des aperçus rapides; c'est inévitable : trop riche est la vie jaillissante du germanisme dans l'Furope centrale. Mais une im|»ression

.'est fixée vi\ nous, c'est que, malgré des points faibles dans ri:mpire et dans les pays limitrophes, malgré la malchance ici et les fautes commises ailhnirs, nous avançons, nous avançons vers les vastes espaces que ncms

pressentons.

El l'Empire nous apparaît comme le noyau et le centre de tout l'avenir, non pas comme la conclusion d'une époque, mais comme le produit des Ages et des hommes qui furent créateurs, géniteurs de pensées et pleins d'un vouloir inconscient qui, déjà, saisissait les lointains avenirs. Et combien il est allemand, cet Empin», dans ses <léfauts et ses vertus, bien qu'un dixième de sa populalion parle des langues étrangères! Comme nous devons lui congacrer m>tre vie, si nous voulons la consacrer au ^.ermanisme! Plus haut que l'Empire, pourtant, s'erige \ux concept plus sacré, la seule entité qui nous élève <»t nous fortiiie, nous donne kl consolation et l'orgueil par delà les brefs moments où naissent et passent les créations politi(iues : c'est la patrie. Et si nous nous demandons avec Ernst-Morit/ Arndt : . Quelle est la patrn> d<' r \llemand? » ne nous sera-t-il pas permis de répondre, avec Arndt encore : « Ce doit être T Allemagne intégrale ! .

Ibid, p. ^oii-ÎPJ.

H. La mission du Germanisme.

Les Germains et les Allemands n'ont-ils pas été, depuis que nous les connaissons et dès le moment où nous pouvons observer leur évolution, aussi ouverts aux éléments de culture venus du dehors que généreux et dévoues jusqu'au sacrifice complet d'eux-mêmes, quand il s'agissait de répandre les éléments de culture qui leur étaient propres? C'est dans cet esprit déjà qu'ils ont accompli toutes leurs grandes migrations, depuis celle des Cer-

LE pan(;ermanisme philosophiqlk

■na.ns ,1e lOuest, qui inlusa aux Ct- Ito-Romains le san.^ j,'e.-niamque, en passant pai' .elle des Germains de ri^sf au ,ours de laquelle les peuples méditerranéens reçureni I appoint des raees du x\ord. jusqu'aux expéditions l.resque infinies des Germains du Aord, qui visitè.^^nt et rajeunirent une infinité de peuples. Kt que de valeurs nouvelles sont n.-es de ,es croisements, sans parler même de la naissance d'individualités nationales aussi rielies .|ue e,.lles des F.-ançais, des Italiens, des Anglais et, dans "ne eertaine mesure, des espagnols! C'est eux qui ont londé le culte de la l'en.n.e et institué la chevalerie "i.d.evale, av.-c toutes ses conséquences; c'est deux que na.iuit, api-ès la j.remière période d<- la société ehcNalei-esque, la société de la IJenaissance avec ses tempéraments SI vigoureux et son pathos si caractéristique; et <• est a eux encore que les Anglais doivent cette consiance un peu rude et pleine d'humour, qui les a aidés à con- .lu.nr le monde. Et lorsque, après le.s grandes migrations des Germains, les Allemamis, plus particulièrement se sont répandus entre leurs frontières de l'est et de l'ouest et que l'ère moderne est venue, amenant un âge nouveau' de > ovages d exploration dans tout l'univers, l'émigration allemande ne sest-elle |.as mi.se aussitôt à difluser dans le monde des qualités .|ui ne devaient jamais périr et que nul peuple, cepen,lant, ne po.ssède à l'égal ,lu nôtre • la discipline innée, le gortt infatigable du travail, une ténacité da.raiu, un idéalisme qui semble déta.-hé des réalités pratniues, mais qui atteint finalement aux fins ..rat.ques les plus hautes, le sérieux .p.i va au fon.l des choses <Grii,ullic/,/,eif,, le sens de la vérité et du droit' ht de même ,,ue. pendant t^.nt de siècles, la nation s est enrichie de l'héritage du passé, de l'antiquité et de I Orient, d,; même qu'elle a accueilli tout ce qui, dans les conquêtes des nations-.s<eurs d'Europe et des autres continents, lui paraissait p.-ofitable, de même aussi eUe a

KARl. LAMPKECIIT

au cours (les siècles, tlistribué autour d'elle uue profusion (le (Ions siins exemple. Nation de poètes et de i)enseurs. «le rêveurs aussi et d'utoiùstes, elle a enlanté la liéforme et la poésie néo-classique, le criticisme kantien el les systèmes mystiques des philosophes de Videntité, sans ouJdier ce dernier produit de la spéculation allemande, le marxisme socialiste et démocratique. Et tandis que ces doctrines se propaji^eaient dans le monde, et que (lœthe prenait sa place à côté de Dante, c^omme Luther auprès de saint François, et Kant au[)rès de Descartes ou de Bacon, ce peuple, qui semblait ne connaître que l'activité abstraite, se muait en un peuple de diplomates et d'hommes d'action, voire d'impétueux vainqueurs au cours de «uerres sanglantes et de luttes économiques. Et de nouveau, les riches conquêtes de l'esprit allemand se sont répandues de ]U'oche en proche : le ]>rincii)e du sei'vice militaire obligatoire, 'c^t la stricte discipline de la [tensée scientilique moderne, et appuyée sur ces deux principes, une conception nouvelle du i)ouvoir monarchique et de la j^'otection due aux faibles.

i els sont les titres de gloire de l'évolution allemande. Peu importe que cette richesse soit due à une malléabilité innée, à une facilité de se transformel-, ([ui serait propre à notre peuple, ou au fait que le mélange profond et fort d'éléments celtes et germains, slaves et mongols, juifs et l'rançais, d'où est sorti, à ((uelques apports niinimes près, hî peui)h' allemand d'aujourd hui. ne serait pas encore terminé, de sorte que l'achèvement de notie individualité nationale serait encore du domaine de l'avenir. Pourquoi l'Allemand à l'étranger n aurait-il pas sa part de la diiiiision de ces conquêtes, qui sont l'orgueil de notre histoire devant Ibistoire universelle? Les temps sont passés où hi mission civilisatrice des Allemands ne les portait que vers l'est et vers le nord, \ers nos cousins Scandinaves et vers Tinextricable éche-

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IJO

LE PANGERMANISME PIIlLOSOl'llIQUi:

veau de peuples ([ui couvre la grande dépression dv l'Europe orientale. Des études historicpies auxquelles nulle autre nation n'a donné cette extension universelle, des recherches i^hilologiques qui nous ont ouvert, mieux qu'à d'autres, le sens des civilisations étrangères, nous ont rentlus capables d'exercer à l'étranger, dans le domaine de l'Ame et de l'esprit, qui prime tous les autres, une action plus intense aussi que toute autre. Et quel est, chez nous, l'homme cultivé qui ne serait pas en mesure, grâce au caractère ])hilologiquo et historique ih notre enseignement secondaire, d'exercer une action dans ce sens? (Qu'elle se répande donc à travers le monde, cette culture allemande de la guerre et de la paix, de l'état et de la société, des arts et des lettres! Et qu'elle se se développe, notamment dans cet immense nouveaumonde des Etats-Unis d'Amérique auquel nous ne prétendons pas imposer sa forme extérieure et dont nous n'assimilerons pas la race, mais (jui s'ouvred'autant plus, avec une espèce de comi»laisance joyeuse, à une conquête interne par l'esprit allemand!

Toutefois l'arme [jremière et essentielle vlans de telles luttes, c'est la langue. Les Anglais et les Erançais disposent de nombreux millions d'hommes qui pensent selon le génie de leur langue, qui s'expriment avec les sons de leur langue ; la langue allemande, qui n'est guère parlée en i:urope que par ;o millions d hommes, n'a pas le droit de se laisser distancer. (]ar rester en arrière, ce serait périr. 11 ne suffit (h)nc pas que, dans les écoles allemamles de l'étranger, le nombre des enfants de langue étrangère ait considérablement augmenté depuis i8;o. De même, c'est un fait satislaisant, mais qui ne marque qu'un pas vers un but beaucoup plus lointain, si l'allemand gagne du terrain, dans les Etats germaniques voisins de l'Empire, soit dans l'usage courant, soit à l'école; au ])oinl même qu'en Hongrie, il a lait plus que de se maintenir

KARL LAMPRECHT

en face du chauvinisme néo-magyar et judéo-magyar. Le but, c'est que l'allemand devienne une langue mondiale, au même degré au moins que l'anglais et le français; ce n est pas deux langues, c'est trois langues que devra savoir rhcanme cultivé de l'avenir, et s'il n'eu sait que deux, l'allemand devra être l'une de ces deux. Ceci n'est pas une chimère, c'est un idéal très clair et qui peut déjà se réaliser en ilillérents points du momlcv Dans les bassins du xMissouri et du Mississipi, l'allemand a partout détrôné le français dès la fin du xix' siècle, et il lui dispute le terrain avec succès, comme langue usuelle moderne, en Espagne et en Italii', en Serbie, en (Irèce et dans le Levant, au Jainm, au Chili et dans d'autres pays méridionaux de l'Amérique du Sud. Comme langue enseignée, on a proposé dès le xix' siècle de le rendre obligatoire, pour ne parh^r que de l'Amérique, dans tous les établissemeulstl'instruction de l'Union, et il a été introduit et lendu obligatoire dans les écoles supérieures du Mexique et de l'Argentine.

C'est un mouvement cpii d'abord se produit spontanément. Car, trop souvent encore on peut dire de l'esprit que « tu entends son souffie, mais tu ne sais d'où il vient ni où il va >.. Cependant on i)ourrait provoquer et surtout favoriser des phénomènes comme ceux dont nous ventms ile parler. Nombreux sont les moyens dont le germanisme peut mieux ipie d'autres disposer. Pour n'en nommer que deux, citons la librairie et les université.s. Vers i8()o, il paraissait aux ÉUits-l nis moins de 5.ooo livres par an, plus de (i.ooo en Angleterre, plus de i3.ooo en France, et dans l'Emiure (m)n inis dans le territoire total du germanisme, par conséquent) 120.000. La proportion s'est depuis déplacée^ encore» en faveur du germanisme, (^uel avantage sur nos deux plus grands concurrents, si on sait l'exploiter activement, en abaissant les prix, en faisant la vente en grand, en prenant des mesures

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