XXXVIII LE PANGERMANISME PHILOSOPHIQUE
avions-nous su laisser dorinir à Sainte-Hélène le César qui a été la plus prodi^-ieuse incarnation de l'homme providentiel? Après le naufrage du plus grand impérialisme que le inonde ait vu, nVn avonsnous pas voulu une i^ésurrection bourgeoisement caricaturale? Hegel ne serait pas le philosophe vivant et passionné qu'il a été, «'il n'avait pas élé ébloui par la grandeur de l'épopée napoléonienne. De lui date un bonapartisme allemand, bruyamment doctrinaire durant tout le xix* siècle allemand, et ([ui est entré dans les laits en 1870. On peut dire qu'il a consisté à accommoder le romantisme impérialiste français au rêve allemand du Saint-Empire, afin de faire prévoir une mission allemande de l'avenir.
Cette mission de l'Allemagne, Hegel la conçoit comme Fichte, bien qu'il motive autrement sa croyance. La besogne de l'histoire est de faire apparaître la religion chrétienne comme la raison humaine réalisée dans les faits. A cette besogne les (Germains sont prédestinés, puisque celles-là seules parmi les vérités se réalisent qui sont présentes à une pensée consciente et à une volonté résolue. Or, la pensée germaniciue seule est initiée au sens profond du christianisme, comme le vouloir germani<iue a seul la résolution grave de la mettre en pratique. La grande découverte, faite par le Christ, et que les Orientaux comme aussi les Romains et les Grecs ont ignorée, les C.ermains la savent, la propagent, la vivent. Cette découverte, c'est (pi il y a identité de nature entre l'esprit absolu et la conscience individuelle de tout homme pensant: et c'est là la liberté. Par elle, tous les hommes sont lUs de Dieu; et dès
PRÉFACE
lors il n'y a plus d'esclavage possible sur cette terre. Ni la soumission orientale au patriarche ni l'aristocratie des citoyens grecs ou romains, li])res seulement parce qu'il y avait un esclavage, ne se conçoivent, si nous sommes tous enfants de Dieu. Mais comment cette vérité découverte par une grande àme palestinienne a-t-elle pu devenir le principe par lequel le peuple germanique mérite la souveraineté de la planète?
Hegel se défend de faire de l'histoire a priori. U ne croit pas idéaliser les Germains (i). H sait (jue leur condition a été d'abord celle d'une « [)arbarie obtuse », exclusive de toute religiosité profonde et de tout sentiment du droit. Dans cette première période de leur existence, oîi ils n'ont d'autre préoccupation que de conquérir des territoires, chaque peuple germain est une bande d'hommes libres où la communauté n'est pas souveraine de l'individu. Que les exigences de la religion nazaréenne approchent ces peuples de volonté trouble et violente, ce sera une exaspération jusqu'à la fureur. De combien d'atrocités est remplie l'histoire des royautés mérovingiennes et thuringiennes! Et quelle apparence <iue ce soit là le j)euple prédestiné aux hauts faits de Dieu?
Pour Hegel, ces atrocités mêmes sont pourtant le signe de la prédestination. 11 ne s'agit pas de savoir
iij II coml.at expressément dans \ Encyclopédie, § 549, comme ne ; conjecture creuse >. 1 ulcc dun « état primitif» {Urzusland) t d un « peuple prunitir » VrVolh), d'un peuple prctrc qui cuira.t etc en possession de la vraie connaissance de Dieu et de M ^r * ^'''''"''*''- ^^'^ ^*'^^"tres termes, il comlmt le sacerdotali.,mt de (.œrres, mais aussi la théorie fichtienne du germanisme