‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 75 sur 139 · Caractère de la Monarchie prussienne · texte numérisé non relu

Caractère de la Monarchie prussienne

Un lien très fort unit l'art à la politique : c'est l'élément personnel. Une armée de même qu'un vaisseau, et un ministère, de même qu'une œuvre d'art, ne peuvent être dirigés que par un seul homme. L'élément ai-tistique dans le caractère du général comme de l'homme d'État, qui sont tous deux étroitement unis dans la personne du « roi », repose précisément sur cette union. Leurs œuvres à tous deux sont personnelles. La vocation monarchique du peuple allemand est déjà imprimée dans le mot Volkjolk. Ce mot signifie à l'origine, « suite, escorte » ; or, pour qu'il y ait une suite, il faut nécessairement un chef. Dans la partie la ]>lus conservatrice de l'Allemagne, en Basse-Allemagne, ce sens originel s'est encore conservé en partie. Grabbe, insx^iré par ses propres souvenirs de Westphalie, met ces paroles dans la bouche de sa Thusnelda, appelant ses domestiques : « A table, les peuples ! » Fûrst iprince) signifie littéra-

JULIUS LANGBEHN

lement le premier, et le premier dans les rangs des combattants. C'est pourquoi l'on a pu dire très justement que les officiers prussiens sont les camarades du roi. Le roi héréditaire est un homme vivant et non pas un numéro i>ossédant une valeur plus ou moins grande, comme le président élu d'une république. Et lorsque ce roi appartient en outre à une grande race de monarques, il peut se glorifier à bon droit, non seulement d'avoir par sa naissance l'air d'être quelque chose de plus que les autres hommes, mais d'être elïeetivement plus qu'eux. Car, d'après des lois purement biologiques, les forces (les ancêtres s'additionnent et forment un total dans leurs descendants, aussi longtemps que des faiblesses individuelles ou la dégénérescence ne se fout pas sentir. Et si enfin l'on considère Dieu comme le principe qui gouverne le monde et qui, i)ar suite, est cause de toute force et de toute accumulation de forces en un seul être, on admettra que le roi soit roi « par hi grâce de Dieu ». « La grande force vient de Dieu, la moindre force vient du diable », disait Hebbel. C'est pourquoi un vrai roi, de même qu'un vrai homme, est toujours ce qu'il est par la grâce de Dieu. Et il l'est d'autant plus que lui et sa race ont accompli un plus grand nombre d'actions mémorables, d'autant [)lus qu'il est davantage lui-même un souverain, au vrai sens du mot. Et plus le peuple est royal, plus le roi peut y être populaire. Le Bas- Allemand, en particulier, tout paysan qu'il est, a dans toute sa personne quelque chose

de royal...

Le vrai paysan est dans sa ferme comme un roi. Et le vrai roi doit vivre à sa cour comme un paysan, c'est-àdire comme un aristocrate de naissance, comme le premier entre beaucoup, comme le souverain patriarcal, qui règne sans contrôle sur les siens. Ces deux types d'hommes sont inséparables; chacun d'eux a sa cour. Celle de l'un est immobile et occupe une certaine étendue

JULIUS LANGBEHN

de terre, celle de l'autre est mobile, elle est formée par des hommes. Toutes deux représentent un centre, avec un cercle qui l'entoure.

Ibid., p. 125.

Page 1