Le Clair obscur de la Basse- Allemagne
Le contraste qui existe entre les Bas -Allemands aristocrates et démocrates s'est vérifié non seulement dans la vie extérieure, mais encore dans la vie intime du peuple. Dans l'Amérique du Nord, où l'esprit collectif de la race bas-allemande s'exprime avec le plus de force, c'est a dark horse, c'est-à-dire un liomnie tout à fait inconnu, un simple numéro tiré de la foule qui, dans les élections présidentielles, remporte généralement la victoire. Au contraire, dans le Nord Scandinave, où les esprits aristocratiques de la race germanique, où les Hamlet et les Swedenborg sont chez eux, le cheval blanc des poèmes d'Ibsen — huide hesten — cette ai)parition solitaire, décisive pour la vie intérieure, souvent même fatale, joue dans la légende populaire un rôle considérable.
Le mouvement démocratique de l'école contemporaine a commencé au siècle dernier avec la guerre de l'Indépendance américaine, et il a ensuite fait tomber son ombre sur l'Allemagne. Qui sait si l'inverse ne se produira pas, et si un peu de la blancheur aristocratique de l'Allemagne ne tombera pas sur l'Amérique? Il y a et il y avait autrefois des politiciens expérimentés de l'autre côté de l'Océan qui tenaient cela pour i^ossible. En tout cas, il ne faut x^as que le « cheval noir », l'esprit démocratique, devienne un facteur prépondérant de la vie nationale en Allemagne. En Allemagne, dans le domaine politique comme dans le domaine intellectuel, c'est le
cheval blanc ^ la personnalité aristocratique, qui tient le haut rang. Entre les deux manières de voir, il y a plus qu'un océan.
Noir et blanc sont aussi les couleurs de l'Etat qui, le premier, a procuré à l'esprit de l'Allemagne du Nord et de la Basse- Allemagne la place qui lui revient dans le monde; cet État est la Prusse. C'est ainsi que la plus vieille tradition populaire se retrouve dans un emblème politique tout à fait moderne. La Basse- Allemagne est non seulement le lien politique, mais encore le lien spirituel entre la Prusse et l'Allemagne. Noir et blanc, clair et obscur, sont des couleurs nobles, froides et tranchantes, et, i)ar expérience, les couleurs de la Basse- Allemagne. Sa politique est claire chez Bismarck; son art est sombre chez Beethoven. Mais sa politique ellemême est sombre chez Richard III, et son art est clair dans Shakespeare. II importe beaucoup qu'un peuple ait toujours en vue la racine profonde et centrale de ses forces, le point où se rencontrent tous ses intérêts primordiaux.
La clarté est un des éléments de la politique; les ombres et les nuances sont du domaine de Fart. Que l'une ou les autres dominent dans la vie d'un individu, d'un peuple ou d'une époque, et leur œuvre sera dillérente. A cet égard, les Germains du Nord-Ouest ])araissent avoir été particulièrement bien doués. L'ethnographie la plus récente en vient de plus en plus à chercher l'origine la plus lointaine de la race arienne non plus sur les bords de rindus, mais sur ceux de la mer du Nord. Et là où se trouve le germe physique, là se trouve aussi la lloraison spirituelle de la race faite pour dominer le monde. Ces faits sont attestés aussi bien par des raisons ])réhistoriques que i)ar des raisons historiques, par le passé le plus obscur comme par le présent le plus lumineux.
La nature clair-obscur du Bas -Allemand se révèle
JULIUS LANGBEIÏN
dans ses pensées et dans ses sentiments les plus profonds, aussi bien que dans ses habitudes les plus superficielles. Il est dur et délicat; il boit stoiit and aie. Son âme se nuance, s'ombre, se tempère. Et il est le même dans ses devoirs, ses inclinations, ses actes politiques. Tantôt il contient, tantôt il pousse en avant; bref, il s'adapte. Il est élastique. Il a toujours deux fers sur le feu. Et c'est la meilleure politique, car c'est une politique rythmée.
Ihid., p. 281.