‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 82 sur 139 · La domination universelle de V Allemagne · texte numérisé non relu

La domination universelle de V Allemagne

Un peuple qui se concentre sur lui-même acquiert ainsi sans le vouloir une grande puissance sur les autres. La Grèce l'a prouvé ; espérons que l'Allemagne le i)rouvera à son tour. Déjà sa situation seule la prédestine, dans la vie politique de l'Europe, ou à dominer ou à être dominée. Il n'y a pas jDour elle d'autre alternati ve ; et tant qu'elle sera unie, elle dominera. Et c'est aussi l)ourquoi elle prendra la première place dans la vie intellectuelle de l'Europe, — si elle retrouve le courage nécessaire pour acquérir une culture spéciale et qui soit

bien à elle. Concentration signifie attraction. Lorsque la souveraineté d un peuple sur un autre se fonde sur la supériorité intrinsèque du premier, elle est parfaitement justifiée et ne peut qu'être utile au second. De même qu'au sein de chaque peuple pris à part, il faut aussi au sein de l'humanité une hiérarchie de toutes les parties. L'art d'instituer et d'entretenir cette hiérarchie loyalement et intelligemment pourrait être appelée politique humaine, ou, en tant qu'elle embrasse tous les habitants de notre planète, politique planétaire. La politique de sincérité et de vérité inaugurée par Bismarck, cette politique de génie a été une bonne préparation. Savoir manier cette politique et s'en servir plus en grand que jusqu'à présent si possible, est une tâche réservée à l'avenir. L'époque de politique intercontinentale où nous venons d'entrer nous y mène tout doucement. Ce que le kaiser est parmi les princes allemands, le chef héréditaire, l'Allemagne devrait l'être parmi les autres peuples. Elle lest déjà en partie. Les princes allemands sont, en tant que princes, le bien le plus précieux de la nation allemande; qu'ils ne le soient pas toujours en tant qu'hommes ne prouve absolument rien. Tous les monarques de l'Europe sont, à de très rares exceptions près, directement ou indirectement d'origine allemande. La haute noblesse de l'Europe est également en majeure partie d'origine germanique. Toute cette aristocratie a des intérêts politiques et intellectuels communs. Ces intérêts se fomlent en dernier lieu sur la continuité du sang et devraient de nouveau s'y rattacher. De même que le vrai Allemand est toujours et partout un aristocrate de naissance, de même le vrai aristocrate est toujours et partout d'origine allemande. Des railleries éphémères dirigées contre leur noblesse ne peuvent pas plus détruire cette qualité chez les Allemands qu'un séjour séculaire dans d'autres pays ne peut ell'acer le caractère

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allemand dans l'aristocratie étrangère. On garde toujours quelque chose de la vraie force du peuple germanique, qu'elle soit intellectuelle, morale ou physique. Chez les vieux Germains, il y avait des combattants qui, d'un coup d'épée, savaient couper les sourcils de leur ennemi. L'adresse des modernes chasseurs de l'Amérique "du Nord n'est pas moindre. Des mains aussi sûres sauraient bien porter le sceptre du monde.

Ainsi l'Allemand, aristocrate, gouverne déjà l'Europe; démocrate, il gouverne déjà l'Amérique. Et i>eut-ètre ne s'écoulera-t-il pas un temps bien long avant que, en vertu de sa supériorité comme homme, il gouverne le monde. Puisse-t-il se montrer digne d'un tel rôle. Il ne pourra le justifier et le remplir que sïl garde précieusement, dans toutes les circonstances et toutes les situations, le principe allemand de l'individualisme.

La domination mondiale de l'Allemagne repose sur le respect des droits étrangers et en particulier des droits intellectuels étrangers; la domination mondiale de Rome reposait sur des principes tout à fait opposés; c'est pourquoi la domination allemande vaut mieux que l'autre. Les Allemands sont destinés à représenter la noblesse du monde. La domination universelle de l'Allemagne ne peut être qu'intérieure, de même que son aristocratisme. Néanmoins tous deux seront amenés forcément à agir et à s'affirmer à l'extérieur. La parole qui proclame la vérité allemande doit proclamer en même temps la puissance allemande. Alors l'impartialité allemande pourra de nouveau faire ses preuves, mais sans faiblesse allemande. Alors seulement l Allemagne aura mérité d'occuper la place de juge au tribunal des nations.

Le violon est le plus allemand des instruments de musique. Les Allemands l'ont inventé, cultivé et le jouent encore à la perfection ; ils sont appelés à être les premiers violons dans le concert politique du monde,

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primas inter pares. Le violon est un instrument de paix ; il apaise, il n'excite pas comme la trompette guerrière. De même la politique allemande, lorsqu'elle est dirigée dans ce sens, doit jouer de x^i'éférence des instruments de paix. Elle doit mettre Tharmonie dans le chœur des peuples. Siium cuique. Le violon est un instrument aristocratique, il émeut, non par des sons bruyants, mais par des tons d'une extrême douceur. Il est l'instrument des nuances les plus délicates, des plus nobles modulations du son. 11 doit être le symbole de la j)olitique intérieure et extérieure de l'empire allemand, qui doit distribuer la puissance et le droit de haut en bas par des transitions insensibles. Decrescendo.

Ihid, p. a3o.

i8. Les peuples héroïques ont des âmes d'enfants.

Les éi)oques héroïques sont celles où les peuples sont enfants. S'il vient une nouvelle époque de culture allemande qui connaisse l'héroïsme, non pas seulement par la tradition, mais par ses propres actions, alors on devra cultiver un autre trait du caractère populaire allemand qui lui est commun avec les Grecs : le vrai, le pur Allemand, plus qu'aucun autre peuple, a quelque chose d'enfantin dans son caractère. Le « Père de tout » des Germains, le c( Père des dieux et des hommes » des Grecs, le « Père qui êtes aux cieux » des chrétiens ont une origine identique. Ce n'est pas seulement au fond des forêts que ra])pel éveille un écho, mais dans l'univers entier. Les peuj)les enfants ont des dieux pères. L'âme se reflète dans les yeux, l'Ame des enfants comme celle des hommes. Un écrivain de l'antiquité a nommé les Grecs : « le peuple qui a les plus beaux yeux », et de beaux yeux bleus allemands pourraient prétendre à la même supériorité parmi

les peuples modernes. « () Grecs, vous êtes et resterez toujours des enfants ! » dit un jour un prêtre égyptien à Solon, et il ne se trompait pas. Les Grecs accomplissent tout naturellement le précepte du Christ : ce Devenez semblables à des enfants. » Dans riiomme enfant se rencontrent ainsi les deux éléments essentiels de la culture allemande jusqu'à nos jours, rhellénisme et le christianisme. Mais il s'agit, bien entendu, de l'esprit de Thellénisme et non de la lettre, qu'on enseigne malheureusement trop bien dans les gymnases allemands ; quant à l'esprit, on n'y songe guère.

Une nature qu'on peut appeler en un certain sens enfantine caractérise encore, à bien des égards, les ^éo- Grecs contemporains, et on la retrouve en bien des hommes illustres du pangermanisme : Walther von der Vo^elweide, Durer, Mozart, Burns, Shelley, Holderlin et bien d'autres encore en sont des exemples probants. i:n eux se rencontrent, à leur insu et sans qu'ils le veuillent, l'hellénisme et le christianisme. C'est ainsi qu'ils montrent la voie que la culture allemande doit suivre dans ses aspirations les plus hautes : être à la fois enfant et artiste. Raphaël nous conduit des Grecs jusqu'à eux. C'est à de tels esprits qu'appartient ce qu'il V a de meilleur dans Tavenir, — parce que c'est à eux qu'appartient ce qu'il y a de meilleur dans le passé. Hellénisme, christianisme, qualités de l'enfant et de l'homme culminent en eux, s'épanouissent en eux, portent en eux leurs fruits, et les Allemands i)euvent être liers que ces grands hommes aient eu un cai^ctère essentiellement allemand. Eux aussi suivent, quand ils leurs ressemblent, d'obscurs et profonds instincts populaires.

(>'est-ce que le mysticisme? Une àme d'enfant qui interroge l'univers, ce Novalis a l'air d'une génisse ». disait quelqu'un en parlant de lui, et il est possible que l'extérieur du Christ ait eu quelque chose d'analogue.

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Lorsqu'une âme profonde comme la mer a été donnée k un homme, elle le rapproche de l'animal, ou même de ].. plante. Le commencement et la lin de l'évolution humaine se fondent harmonieusement l'un dans l'autri'. Une ligne mathématique ou spirituelle est toujours déterminée par deux points. Si l'on prolonge celle qui du point homme conduit au point enfant, on atteint d'abonl le point animal, puis le point plante. On arrive alors à demander que l'homme devienne plante, que les degrés qu'il a gravis dans son évolution physique il les redes cende dans son évolution intellectuelle; et c'est seulement alors que le but de son évolution sera atteint. Schiller lui aussi a dit dans un distique que l'homme doit rede venir une plante. Et l'on peut encore approfondir cette parole. Toutes les plantes sont des êtres clairs et obscurs; une de leurs moitiés voit la lumière, l'autre jamais : leur vie ne consiste que dans l'action réciproque de ces deux moitiés. 11 en est ainsi de l'homme fait ; il ne peut jamais être assez plante. De même que chaque plante tend vers le centre de la terre, chaque esprit humain devrait tendre de même vers le centre de l'univers. Il est certain qu'un tel don ne peut être accordé qu'au petit nombre ; on devrait d'autant plus estimer ceux qui le possèdent. Ce don élève l'homme au-dessus du temjis et de l'espace, au-dessus de la logique et de la grammaire. « Avant que lut Abraham, je suis », dit le Christ qui exprime une pensée fort juste dans un style fort incorrect. Le Cœsar supra grammaticam garde sa valeur non seulement en politique, mais encore dans le domaine de l'esprit.

Cette nature d'enfant se retrouve tout particulièrement en Gœthe et en Shakespeare. Des malveillants firent à Gœthe, déjà âgé, exactement le même reproche que le prêtre égyptien fit à Solon : celui d'être toujours un enfant. Et l'on pourrait comparer la grandiose nature d'enfant du prince des poètes britanniques, dans son

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sérieux profond et sa limpidité où se reflète l'univers, au re"-ard calme et impénétrable du Sauveur enfant qui repose sur les bras de la Madone sixtine. Tous deux nous renvoient comme un sombre miroir une image de l'univers, distincte, mais aux contours adoucis. Seules, des perles noires et vivantes comme ces yeux peuvent créer ces perles noires de l'art qui s'appellent le Sermon sur la montagne, ou Hamlet, Luther, Lessing, Bismarck ont eux aussi quelque chose de cette vieille qualité allemande; et lorsque Frédéric II, entre deux batailles décisives de la guerre de Sept ans, se met à danser tout un menuet devant son lecteur de Catt, cela montre qu'au fond de son âme solitaire et fière sommeillait la même âme d'enfant. En Allemagne, tous les hommes de parole et d'action, presque sans exception, l'ont également. C'est leur parure la plus noble. Et le fait de l'avoir étouffée ou tlu moins ensevelie sous le fatras d'une culture superficielle est peut-être le plus grand crime de l'époque contemporaine. C'est ainsi qu'elle a perdu le courage d'un Siegfried. Celui qui paye son caractère viril avec ce qu'il a d'enfantin dans son âme fait une mauvaise aflaire. Celui qui ajoute l'un à l'autre en fait une bonne. Une évolution organique ne peut s'accomplir sans cette addition.

Aux veux de Dieu et aux yeux de l'enfant, l'univers est semblable. Les enfants sont profondément sérieux; ils sont, d'après Gœthe, « d'inexorables réalistes ». Mais c'est un vrai et non un faux réalisme, qui repose sur un fond d'idéal. Seules, les fibres délicates d'un cœur ayant une sensibilité d'enfant possèdent cette capacité de sentir et d'exprimer qui fait l'artiste vrai. Lorsque l'enfant frappe la chaise contre laquelle il s'est heurté, il est poète, il anime ce qui est sans âme, il est anthropomorphiste, il est créateur. L'Allemand est un enfant réfléchi et parfois batailleur, mais en même temps joueur et doux ; il ne change pas en devenant homme. Le Grec enfant

était avant tout beau, de corps et dame; il ne changeait pas en devenant jeune homme. Ces mêmes qualités s'adoucissent chez les femmes des deux peuples en des traits qui se complètent dans une certaine mesure. La grâce hellénique est sereine, avec une nuance de triomphe; la grâce allemande est humble, avec une nuance douloureuse. Là-bas une Pallas Athéné tenant en main la statue de la Victoire, ici une Mater dolorosa, ne sont que des emblèmes du caractère populaire. Les femmes et les enfants se ressemblent x^ar l'esprit.

Ibid.j p. 245.

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