‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 84 sur 139 · La culture allemande · texte numérisé non relu

La culture allemande

Seule une culture allemande a le droit de régner en Allemagne. Pour la trouver, il faut interroger l'histoire et le caractère populaire. Tout ce qui est d'état n'est que forme, même dans l'Allemagne actuelle, il est temps de couler un esj^rit dans cette forme. Le degré d'humanité auquel les Allemands d'aujourd'hui doivent prétendre, et qu'il leur faut atteindre, est intermédiaire entre l'unitc politique globale et extérieure qu'ils possèdent, et la liberté spirituelle individuelle et intérieure qui leur fait encore défaut. C'est la foi libératrice et rédemptrice en une humanité vraie qui fera enfin s'épanouir notre vi( nationale. Mais au substantif homme il faut ajouter l'ad jectif allemand. L'Allemand véritable possède toutes les qualités de l'homme véritable. Mais la réciproque n'est

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pas vraie. C'est justement en cela que consiste la supériorité de cet esprit « allemand » qu'on a voulu élaborer au cours de notre xix'^ siècle, sur cet esi^rit « humain », qui a été le rêve du siècle jn^écédent. Le secret j^our y parvenir, c'est de se tenir fortement à sa personnalité, sans se laisser subjuguer par elle. Peut-être les Allemands réussiront-ils enfin à retrouver le chemin de la vérité. Il leu'* suffit pour cela de réfléchir sur eux-mêmes. « J'ap- ])elle Allemand celui qui a l'air fort, bien élevé et distingué », a dit Rahel. Les dieux et les mortels, les i)oètes et les prophètes, les hommes et les femmes disent à l'Alk'mand : Sois Allemand. De nos jours, les Allemands, l)ris comme peuple, sont forts, mais ils ne sont qu'en partie bien élevés, et encore moins distingués. Car leur culture n'est pas authentique et ce qui n'est pas authenti'jue nest jamais distingué. Celui gui donne le trésor inappréciable de sa personnalité pour le clinquant d'une Causse culture n'est pas plus avisé que le nègre qui vend son pays et sa liberté pour une bouteille de rhum falsifié et quelques grains de verroterie...

Dans la vie, la théorie ne signifie rien, c'est le cas particulier qui est tout. De même, le fait d'être un homme ne signifie rien, lorsqu'on n'est pas en même temps et en particulier un Allemand. . .

La culture allemande doit être claire comme du cristal «l éclatante comme les couleurs les plus vives. Elle doit ressembler au meilleur vin du Rhin; comme il est le ^ang du pays, elle doit être le sang du peuple. Que ' liaque Allemand ait un caractère personnel, artiste, philosophe, syntliétique, religieux, libre. Tel qu'il est aujour- «riiui, c'est sur lui que doit se fonder la politique artis- 'icjue de l'Allemagne. Cette politique doit le travailler pour faire de lui ce qu'il doit être. En cela consiste l'édu- ' ation du ])eui)le.

Ibid. ]). 9(j2.

JULIUS LANGliEIIN

m. La croix et lépée

L'édifice allemand le plus original et le plus important après la cathédrale de Cologne, édifice qui est dans l'art profane ce que celui-ci est dans l'art religieux, c'est le château de Marienbourg près de Dantzig. Ce château, d'une architecture si caractéristique, est le berceau de l'Etat prussien. Son style glorifie avec une intention marquée l'union de la croix et de l'épée et, par conséquent, il glorifie sous cet emblème l'union de l'art et de la guerre, du cliristianisme et du germanisme. La loi chrétienne de la grande majorité des Allemands est un fait, la situation géographique de T Allemagne qui impose à ce pays une politique de main armée en est un autre. Le christianisme et le militarisme sont, jusqu'à nouvel ordre, imiK)ssibles à séparer du germanisme. Depuis la vieille épopée allemande, le lleliand, où le Christ est représenté comme un duc militaire, jusqu'à la moderne Armée du Salut qui unit avec moins de goiit la religiosité et le militarisme, l'art et la guerre ont toujours été étroitement alliés sur le territoire bas-allemand. L'alliance revêt une forme tantôt aristocratique, tantôt démocrati([ue, mais toujours allemande. En elTet, la loyauté allemande et la sincérité chrétienne se rencontrent à michemin, et la charité chrétienne sied bien à la fidélité allemande. Mais le précepte chrétien : Renonce à toimême, devra dans bien des cas faire place au précepte jdus large des Allemands : Affirme toi toi-même. Cai*, semblable en cela à l'impératif catégorique de Kant, le précei)te chrétien n'est que la condition et non le but de toute morale. Le germanisme devra se laisser inllucncei* par le christianisme. Celui-ci, à son tour, devra subir l'influence du germanisme. L'essence même du christia-

nisme, c'est l'esprit d'humanité; l'essence du germanisme c'est l'esprit guerrier : la croix et l'épée se complètent l'une l'autre. L'esprit d'humanité i'eiit le plus grand bien, l'esprit guerrier le réalise, quand il est au service du premier. L'esprit d'humanité ne peut arriver à ses fins ([ue lorsqu'on le défend par les armes; mais jiar contre, la guerre n'est justifiable que lorsqu'elle est faite humainement...

La bravoure est le premier devoir du guerrier ; la sincérité est le j)i'6mier devoir de l'artiste. Réunies, elles constituent les devoirs suxirêmes de l'homme, et avant tout de l'Allemand, parce qu'elles répondent à sa nature la plus profonde. Les Allemands sont loyaux, les Allemands sont braves. Lacroix et l'épée symbolisent toute la morale active et passive, virile et féminine. Puisse dès lors cette double influence, après avoir exercé une action décisive sur le germe initial, exercer encore la même sur la floraison suprême de l'Etat allemand-prussien. Alors, comme au xvi® et au xviii® siècles, l'Allemagne sera riche en esprits créateurs de grand style. Alors elle reconquerra en partie l'amour que lui refusent maintenant h*s peuples étrangers, qu'ils soient ou non de race germanique. Il est tout naturel qu'un i>ays hérissé d'armes et (l'usines qui toutes sont, en somme, dirigées contre ses voisins, n'éveille chez eux que des sentiments hostiles. Mais la véritable sui)ériorité intellectuelle et morale réconcilie les adversaires. Ce qu'un peuple acquiert l)ar cette supériorité est un gain pour tous les hommes, et tous les autres peuples en retirent avantage.

Ihid., p. 3i3.

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Friedrich LANGE

FRIEDRICH LANGE a^i

peuple de maîtres, aura aussi le Vonmertsârang-, c'est-à-dire l'élan belliqueux par lequel un tel peuple prend toujours l'oCfensive qui imposera sa volonté à des adversaires de race, de talent et de courage inférieurs. A ce compte, le militarisme prussien doit passer pour l'épanouissement le plus direct et le plus haut où aient pu aboutir la culture et les qualités sociales du peuple allemand. Il n'y a pas d'opinion plus commune en Allemagne.

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