LA THEORIE DU GERMANISME PUR
On a vu dans notre Pangermanisme continental sous Guillaume If, p. 157-172, et dans notre Pangermanisme colonial, p. 58-68, cjuels sont les plans de conquête proposés par le Deutschbund, fondé en 1894 par Friedrich Lange. Nous ne pouvions alors exposer les fondements philosophiques de la doctrine. Il y en a. La médiocrité du talent philosophique ne doit pas nous induire à le négliger. Des apôtres tels que lui, qui mettent l'organisation moderne de la publicité, du droit d'association et de réunion au service d'un petit nombre d'idées, enflées par une rhétorique grandiloquente, foisonnent en Allemagne. Ils forment les cadres de tous les partis, mais en particulier des Ligues navales, coloniales et de la Ligue pangermaniste. Le Deutschhund, distancé depuis par des Ligues rivales plus puissantes, a été l'un des modèles les mieux conçus de ce genre d'organisations.
Le danger du pangermanisme de Friedrich Lange, c'est qu'il est libéral. On ne saurait assez redire que l'agitation de conquête et de guerre, depuis vingt-cinq ans en Allemagne, n'est pas l'œuvre exclusive des partis conservateurs, il est beaucoup plus grave qu'elle ait ses foyers dans la bour-^'-eoisie moyenne, qui se croit dénuée de préjugés d'Église et de servilisme politique.
Friedrich Lange a conçu une métaphysique fumeuse, analogue à celle qui a soulevé l'enthousiasme d'un grand nombre d'Allemands, depuis que Haeckel et Oswald ont rafraîchi pour elle le nom ancien de monisme. Il croit à la décrépitude du christianisme. Il invente, pour le remplacer, une religion nouvelle, un protestantisme nouveau, issu dtî l\iul de Lagarde, mais dont les croyances principales sont biologi([ues et transformistes. L'àme collective allemande, en laquelle il met sa foi, n? peut animer qu'un peuple robuste, d«^ race pure, c'està-dire très séhîclionnée, et (jui, ayaiil la conscience d'ôtre un
I. Par leur valeur guerrière les Allemands défendenl la craie noblesse de Vhumanité.
Le grand argument des modernes apôtres de la paix est que la vie même est la condition la plus essentielle de la culture. L'homme aux yeux duquel il n'y a pas de bien supérieur à la vie sera sans doute embarrassé pour le réfuter. Un vrai chrétien peut mettre en avant le cinquième commandement et refuser de porter les armes. Mais notre moralité allemande, qui bouillonne encore ardemment dans tous les cœurs non corrompus, a vite fait de juger ces billevesées. Elle dit par la bouche de Moltke : « La paix éternelle n'est pour l'humanité qu'un rêve : et ce n'est même pas un beau rêve. » Non certes, ce n'est pas un beau rêve, car une paix qui supprimerait la perspective de la guerre comme moyeu su[)rème de régler des difficultés insolubles, cette paix créerait une telle pourriture au plus profond de notre cœur qu'elle ferait naître en nous le dégoût de nous-mêmes. Commencez par instaurer la franchise dans la diplomatie; fermez à la ruse rampante sa bouche [)ersuasive; faites <[ue la vérité règne en souveraine triomphante parmi les liommes et que le mensonge y soit méprisé comme le «lernier des esclaves; récompensez la sincérité et couvrez la fausseté de honte; faites la lumière dans nos cœurs, de telle sorte que nous aspirions au vrai mérite et que nous ayons la vaine gloriole en horreur; avant tout,
FRIEDRICH LANGE
n^oubliez pas dv partager également les biens entre les hommes, ou arrachez du moins de leurs âmes les appétits et les convoitises, l'ambition et l'envie : alors vous pourrez prêcher la paix éternelle et trouver des fidèles. Mais tant que ces progrès ne sont pas réalisés, votre prédication est une folie, je dirai même qu elle est un crime; car, si les mouvements énergiques des cœurs sont parfois nefastes ils sont plus souvent des stimulants de vertus, et ils seraient, par le triomphe de la paix éternelle, asservis à jamais à la platitude générale. Un peuple parasite comme le peuple juif est porté par tous ses instincts ambitieux et cupides à travailler à la paix éternelle, car. sous un pareil régime, il ne rencontrerait plus aucun obstacle à l'œuvre de désagrégation à laquelle il se livre sur le corps vivant des nations. Mais une nation qui a ses racines dans son propre sol a le sentiment que, dans certains cas, une guerre est aussi nécessaire et même plus nécessaire que la paix à sa prospérité, de même que, dans la nature, la vie est favorisée non seulement par le soleil et les pluies légères, mais aussi par l'orage et par
la tempête.
Mais on trouve dans notre peuple allemand une si heureuse fusion des instincts pacifiques et de la valeur guerrière que, à cet égard, aucun peuple n'atteint l'exemple du notre, et qu'aucun ne semble mieux désigne que lui pour éclairer Thumanité dans sa marche vers le vrai progrès. La justice, c'est-à-dire le respect de la propriété légitime d'autrui, est solidement implantée dans notre conscience; mais de tout temps, si loin que nous jetions notre regard dans le passé, notre peuple a mis son plaisir aussi dans toutes les qualités, physiques et morales, qui déterminent le succès dans les combats décisifs Il s'agit pour nous de persister dans cet esprit, car c'est lui surtout qui lait de nous un peuple de maîtres. C'est lui qui a fait autrefois de la Germanie la pépinière de
noblesse d'où, à l'époque des grandes invasions, sont sorties les greffes qui ont permis de rendre une aristocratie aux nations civilisées retombées dans la barbarie. Cet esprit s'est montré même à nos époques de faiblesse politique, alors que d'autres peui^les étaient obligés d'avouer, avec un respect mêlé d'ironie, que nous étions « l'engrais de civilisation » du monde. Il doit, maintenant que nous sommes redevenus forts, rester notre inconsciente vertu; il ne doit pas se laisser troubler par les scrupules d'un christianisme expirant, car c'est grâce à cette union Iiarmonieuse de l'amour de la paix et de la valeur guerrière qui nous a été transmise par hérédité, que nous défendons notre puissance et en même temps la vraie noblesse de l'humanité. Aucune des qualités de notre peuple ne nous a autant que celle-là conservé notre jeunesse, si bien qu'aujourd'hui encore, en dépit des rudes besognes de la civilisation, en dépit de l'infiuence débilitante de l'érudition et de la bureaucratie, notre idéal populaire peut s'appeler a Siegfried le héros toujours jeune », et nos écoliers courbés sur leurs livres se redressent vers ce mo(ïèle de toute la force de leur instinct.
Nous avons toujours gardé un cœur d'enfant dans nos sentiments les plus intimes; nous sommes naïfs dans nos joies et simples dans nos goûts, en dépit de toutes les dégénérescences individuelles; nous avons toujours la force procréatrice, et notre race se multiplie à tel point que depuis longtemps notre sol ne suffit plus à nourrir tous nos compatriotes. Aussi est-il plus urgent que jamais de nous exhorter à rester des guerriers : car qui sait si la migration des peuples germaniques restera un exemple isolé dans l'histoire! Les peuples qui nous entourent sont ou bien des fruits trop mûrs, qu'un orage prochain fera tomber de l'arbre, comme les Turcs, les Grecs, les Espagnols, les Portugais et une grande partie des Slaves; ou bien ils sont orgueilleux et fiers de leur race, comme les
Français, mais ils ont une culture vitûllotte, trop raffinée, et s'accroissent avec une extrême parcimonie, tout en faisant preuve d'une ambition démesurée; ou bien, se targuant, comme les Anglais et les Américains, de leur domaine inaccessible, ils oublient par trop le sentiment de la justice et font de leur égoïsme la mesure de toutes choses. Qui sait si nous autres, Allemands, nous n'avons pas pour mission de châtier et de guérir toutes ces dépravations, et si notre devoir ne sera pas de tirer de nouveau l'épée, comme nos plus lointains ancêtres, afin d'aller chercher des territoires ix)ur notre surcroît de population? Mais si même tout cela ne devient pas une nécessité, l'œuvre de régénération sociale que nous entreprenons actuellement, au nom de l'idéal moral de notre peuple, pourrait nous forcer à imposer aux autres nations le remède d'une réorganisation économique. 11 faut, pour toutes ces raisons, que le glaive flamboyant de notre esprit guerrier et de notre valeur militaire ne se rouille l)as; c'est pourquoi nous avons le devoir de fortifier sciemment en nous ce que nous avons heureusement sauvé de l'influence chrétienne, et ce vers quoi un penchant inné pousse chacun de nous : la valeur guerrière Je suis très éloigné de méconnaître la dift'érence de valeur entre les peuples germaniques, d'une part, et ceux de la famille slave ou celto-romaine, d'autre part ; je ne souhaiterais certes pas qu'à l'intérieur du peuple allemand, par exemple, on portât atteinte au respect dû au sang plus noble, car il est, à mon avis, la condition même de l'accroissement et des progrès de la valeur allemande ; il me semble que tout l'avenir dépend de la force que prendra chez nous et chez les autres peuples de race blanche la notion de la vertu décisive du sang. Mais cette notion capitale ne serait, à mon avis, pas obscurcie, elle serait, au contraire, extraordinairement fortifiée par l'expérience, si aui)aravant la race blanche dans son en-
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semble, par un contact personnel prolongé avec les races de couleur, prenait une fois une conscience bien nette de la supériorité, naturelle et historique, que la noblesse de son sang lui confère sur ces autres races.
Reines Deiitschtum (Le germanisme pur), p. 157-1G6.