‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 89 sur 139 · Définition de la Culture · texte numérisé non relu

Définition de la Culture

Comme il est facile de le voir d'après le développement qui précède, ce que j'entends par « culture », ce n'est pas une sorte de magasin des institutions politiques, sociales, voire morales, un assortiment des produits techniques, artistiques ou scientifiques, qu'un peuple civilisé quelconque a réussi à créer et qu'il est prêt à échanger volontiers avec les autres peuples sur le marché mondial.

C'est dans ce sens qu'on prend ordinairement le mot, lorsqu'on dit, par exemple, que nous autres, Allemands, nous sommes d'une culture bien inférieure à celle des

Américains en ce qui concerne le confort des wagons de chemins de fer; dans ce sens les grandes villes sont incontestablement les « centres de la culture » ; dans ce sens le « Gigerl » de la Friedrichstrasse, qui fait de la nuit le jour, et ne s'étonne plus de rien parce que de tout il peut dire « connu », ce petit crevé est le produit suprême de la culture. Combien d'autres conclusions niaises pourrait-on tirer ainsi! Qu'on donne à cette plate supériorité le nom de civilisation; je ne verrai rien à y objecter, car la chose est à la hauteur du mot; mais alors qu'on réintègre le mot de « culture » dans sa pleine dignité, afin que les plus sérieux et les plus nobles de tous les hommes ne trouvent pas au-dessous de leur valeur de consacrer à ce but le meilleur de leurs forces. Or il n'y a aucune définition de la culture qui puisse nous satisfaire, nous autres, Allemands, si ce n'est la suivante : dans la culture, au sens respectable du mot, l'élément créateur, c'est l'homme, et ce quelle crée, c'est encore et essentiellement l'homme ; cène sont pas seulement des institutions et des crîuvres (qu'il s'agisse des assurances pour la vieillesse et contre les accidents du travail, du « Faust », de la IX« Symphonie, du ballon dirigeable ou d'une cravate « dernier chic »). Kduquer les individus et les peuples, de manière à les élever des formes les plus basses de l'instinct de conservation à la conscience de leurs devoirs et de l'intérêt collectif : telle a été au début la tache difficile de la culture ; compléter l'éducation des individus et des peuples et en faire, suivant leur caractère inné, des personnalités harmonieuses qu'elle remettra à la divinité : voilà le but qui lui reste assigné. Toutes les soi-disant <c conquêtes » de la culture n'ont pas de valeur en elles-mêmes ; elles n'ont qu'une valeur d'emprunt; ce ne sont que les étapes, d'après lesquelles les individus et les peuples mesurent le chemin accompli par leur œuvre de culture ; ce ne sont que les agrès qui

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leur servent à montrer leur force : mais le produit spécifique et, en tout cas, le plus noble de tout travail de culture sera toujours l'achèvement le plus parfait pos sible de la personnalité, — aussi bien celle des individus que celle des peuples et de Thumanité tout entière. Et c'est précisément le mieux doué qui, mené par la culture, s'élèvera à la personnalité la plus capable et la plus haute. Nous devons nous accommoder de l'inégalité des individus, des races et des peuples; l'auteur du monde les a ainsi créés, c'est donc qu'ils conviennent à sa divinité et à l'ordre du monde qu'il a établi.

Si l'on considère les choses de ce point de vue, la volonté de décider d'un conflit par la guerre est bien loin, par son essence et par son intention, d'être une simple sauvegarde des autres conquêtes de la culture : elle est à vrai dire l'un des éléments les plus indispensables de ces personnalités cultivées, que sont i30ur nous tjus les i^euples vraiment civilisés. D'autre ])art, il va sans dire que nous n'allons pas reconnaître dans toute manifestation de l'esprit guerrier, telle que l'ivresse sanguinaire des hordes de nègres ou la cruelle guerre d'embuscade des Indiens, une preuve péremptoire de la mission civilisatrice d'un peuple. Bien au contraire : là où l'amour inné de la guerre n'est i)as maîtrisé par la conscience profonde des droits de Vennemi; là où l'esprit guerrier sert à des fins autres que la volonté de défendre au risque de sa vie l'inviolabilité de la nation et de ses membres, la guerre peut bien permettre à ceux qui y prennent part de faire preuve de courage, mais elle les flétrit des stigmates de la barbarie, au lieu de leur conférer les lettres de noblesse de la culture. Il s'agit donc de faire ici une distinction, qui demande de la finesse d'esprit; or, les esprits grossiers sont incapables de faire cette distinction délicate : dès qu'ils voient le sang ou simplemeni; lorsqu'ils y pensent, ils cessent déjuger sai-

.nement; il n'est donc pas étonnant que les idées sVmbrouillent dans leur esprit et que toutes leurs réflexions aboutissent à cette conclusion hâtive : « Toute guerre est œuvre de violence et de meurtre, donc toute guerre est une barbarie et est exactement le contraire de la culture. »

La vérité peut se résumer en un mot : ce qui distingue la culture de la barbarie, le bien du mal, le sublime de Tabject dans l'esprit guerrier des individus et des peuples, c'est uniquement l'idée de l'honneur. L'honneur est l'épine dorsale de la dignité humaine : c'est lui qui donne à l'homme de cœur son allure décidée; il est le témoignage intime de sa conscience, qui l'assure qu'il n'a rien à se reprocher devant lui ni devant ses semblables. Conserver son honneur intact, c'est opposer victorieusement sa personnalité à toute l'iniquité du monde ; le perdre est un malheur pire que la mort. C'est pourquoi on ne saurait s'assurer trop chèrement contre cette perte, au prix même de sa vie. « La nation qui ne sacrifie pas tout à son lionneur, dit-on, perd sa dignité. » — Oui, mais ce n'est là que la moitié de la vérité. L'autre moitié, la voici : c Perd également sa dignité, la nation qui, sans raison valable, porte atteinte à l'honneur d'une autre nation et la provoque à la guerre. » C'est donc le sentiment de l'honneur, nerf de la personnalité morale, qui distingue la culture de la barbarie : si donc, depuis les temps les plus reculés, les peuples ariens se sont montrés sans cesse les porte-flambeau de toute culture durable, il faut considérer ce fait qu'ils s'appelèrent eux-mêmes les Ariens, c'est-à-dire les hommes d'honneur, non pas comme une circonstance secondaire, mais comme la clef même du mystère de leur supériorité remarquable sur les autres peuples; ils reconnaissaient en eflet le sentiment de l'honneur comme leur caractère distinctif, en

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comx^araison des autres peu^des qui n'avaient pas l'hon-

neur enraciné en eux.

Ibid.^ p. 217-219.

6. Elévation morale du senliment de Ihonneur chez le peuple allemand.

On ne saurait méconnaître qu'il y a une dilïérence considérable, au point de vue de lu perfection morale, entre le sentiment de l'honneur des Romains, qui se dressait contre tous les peuples non encore soumis, celui des Français, lorsque sous les Napoléons ils voulaient sacrifier le monde entier à leur passion insatiable de la gloire, ou enfin celui des Anglais, quand ils considèrent tout obstacle opposé à leurs convoitises comme une provocation et une occasion d'affirmer leur prépondérance. Il y a notamment un abîme profond entre toute cette avidité et la hauteur morale, jusque-là non atteinte, à laquelle le sentiment de l'honneur s'est élevé chez le peuple allemand. Tous ceux qui nous connaissent vraiment sont obligés de le reconnaître : notre ardeur guerrière est aujourd hui encore aussi vive qu'elle l'a jamais été chez nos ancêtres; notre préparation militaire nous permet de ne craindre aucun adversaire; enfin, comme le montre notre histoire contemporaine, nous sommes prêts à tout sacrifier pour défendre notre honneur; et cei)endant, malgré tout cela, l'idée d'une guerre d'agression, causée par une surexcitation du sentiment de l'honneur ou à plus forte raison entreprise dans un dessein de conquête, fait éprouver à notre peuple une sainte horreur dans le plus profond de son àme : l'honneur de notre nation est inaliénable sans doute; mais, c'est précisément pour cela que nous respectons l'honneur des

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autres dans notre conscience, et que nous veillons à sa sauvegarde.

Ibid., p. 220.

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