PROJETS SUR LA HOLLANDE
de la justice; et il est injuste qu'il existe une Hollande assez résistante, silencieusement, pour détenir les bouches du Rhin. L'affaire des Hollandais est claire, si leur sournoise résistance se prolonge. On leur offre, de gré ou de force, de mettre en commun avec l'Allemagne leurs colonies, qui sont précieuses, et les colonies allemandes dont la valeur est infiniment moindre. On essaie de faire croire que ces colonies sont menacées par le Japon. Et la Hollande, effrayée de l'étreinte japonaise, se rejettera d'elle-même dans l'étreinte allemande.
On espère donc tranquilliser la Hollande, en lui offrant l'appui militaire allemand, pour un domaine où, à vrai dire, elle ne sera plus seule maîtresse. On ajoute que sa destinée ne sera pas pire que celle des autres puissances de l'Union douanière fondée dans l'Europe centrale :
€ Considérons notre histoire et l'économie mondiale contemporaine. Cette considéVatlon requiert avec urgence que l'Allemagiie, rAutriclie, lltalio, les États balkaniques, les deux pays néerlandais et lu Suisse, enfin, s'il est possible, les pays Scandinaves, se joignent, eux et leurs colonies, dans une Union douanière commune, libre-échangiste ou à protection échelonnée audedans, mais lortement protégée au dehors. Il n'y a pas d'autre moyen, en lace des territoires géants de la Russie, de l'Angleterre et des Amériques réunies, de maintenir intact leur droit à l'existence, et d'assurer le pain de leur population.
€ Avec les Néerlandais nous ne voulons de même qu'une alliance consolidée en droit public; nous ne voulons pas lormer avec eux un État unique > (1).
Les Néerlandais objecteront avec quelque justesse que les mômes pangermanisles ne demandaient pas aux Italiens et aux États balkaniques de partager avec eux leur flotte et leurs •colonies. Ils s'inquiéteront des visées exprimées dans des passages comme, ceux-ci :
« De l'Empereur aux simples ouvriers agricoles, aux simples maçons, chacun travaillera à l'édification systématique de l'État pangermaniste ; dès que nous aurons reconnu ce qui, dans
(1) Id., Die Weltstellung de» Deutschtums, p. 18; 40.
eu. ANDLEB. — II. % ^
notre lamentable passé, a été la source de toutes nos souffrances : le manque de la volonté nécessaire. Elle seule nous a manqué. Elle seule pourra nous sauver : une volonté nationale d'acier, inflexible, etd'une dureté quiignore les ménagements »(1 ).
Au nombre des erreurs allemandes, durant ce passé lamentable, il y a eu, selon Bley, la signature apposée parles États d'Allemagne aux traités de 1815, qui ont constitué une Hollande indépendante. La politique anglaise, clairvoyante de loin, a discerné le danger d'une « réunion de la Hollande à l'Allemagne ». Elle a coupé court à cette possibilité.
c Pourquoi avons-nous été assez fous pour lui donner notre consentement? » (2)
S'il suffit de reconnaître d'où viennent les maux du passé, et d'une « volonté d'acier » pour les réparer, la ligne politique de l'Allemagne est toute tracée et sûre d'aboutir. Les Hollandais sauront ce qu'on leur offre, comme leur « intérêt bien entendu ». Car c'est toujours bien entendre son inlnîrêt que de ne pas se frotter à la « volonté d'acier » de l'Allemagne.
Il ne faudrait pas croire que ces pamphlets soient des manifestations isolées. L'économiste Ernst von Halle est prescjue illustre (5). Il ne juge pas que l'existence de la Hollande soit compatible avec la sécurité de l'Empire allemand :
« L'Allemagne, de divers côtés, présente des frontières militaires et politiques, nationales et économiques qui, à la longue, gont intenables, au regard des exigences de la vie moderne des nations. Il est monstrueux, en économie et en géographie économique, que les embouchures do deux de ses plus grands fleuves, le Danube et le Hhin, et surtout ce dernier, qui est l^k plus importante artère du trafic national, et qu'iuio série des l)ort8 les plus importants pour les échanges internationaux de l'AUemagnc se trouvent entre les mains étrangères,...
(i) Ihid., p. 48.
(3). Ibid., p. 14.
(S) EiiN«T VON IIai.lr a r6unl (riinporlanlcrt /'Indes dniis les deux volumca inlilul^ii : Volki- wui SrcwirUrlutfl, in-K*, 1VH)2. On lira an I.II,
{). 1-OU, Die votk*- und êcewirtir/uifllic/wn lietiehunyen twiiclieii UeiUachand und I/alland. (l.en relaliom économii/tic» et navala entre l'Allftitayne «I la Hollande); p. 72-H3: England ait Beschiilzer UoUands. (l.'Auijlrlcir» j>rot$ctrie« de la ttoUandt.)