‹ Le pangermanisme, ses plans d'expansion allemande dans le mondeChapitre 13 sur 41 · VIEUX COURANTS ANTI-RUSSES. M · texte numérisé non relu

VIEUX COURANTS ANTI-RUSSES. M

guerre contre la Russie. Bismarck dut les dénoncer, le 19 juin 1889, dans un article des Hamburger Nachrichten intitulé Zur Kriegstreiberei. Il en dénonça aussi la source; il désigna le grand état-major, la camarilla des militaires, qui faisait une c politique d'à côté », irresponsable, mais qui avait pour elle les journaux des hobereaux piétistes et tâchait de compromettre l'Empereur lui-même.

Guillaume II désavoua ces intrigues de l'élat-major antirusse. Pourtant, c'est dans les idées de cet état-major qu'il avait grandi. Ce n'est un mystère pour personne que le général de Waldersee était de ces conservateurs prussiens, très religieux, et qui avaient gardé quelque prédilection pour l'idée « grande-allemande ». Pour eux, l'Allemagne fondée par Bismarck, à l'exclusion de l'Autriche, était trop petite. Sans doute, il avait fallu d'abord la faire petite, pour la cristalliser solidement autour du noyau prussien. Mais il fallait que cette Allemagne prussianisée refit ensuite la soudure avec l'Autriche-Hongrie, qui serait à son tour prussifiée. Après quoi le bloc austro-allemand se mettrait en marche vers l'Est polonais et sur l'orient balkanique. Ce n'étaient pas là des idées neuves. Friedrich List, en 1841, puis, après 1870, d'éloquents et infatigables pamphlétaires, tels que Paul de Lagarde et Constantin Frantz, s'étaient employés à la même propagande. Evidemment ce c Gross- Deutschtum », n'était plus celui du Parlement de Francfort ou des Guelfes attardés qui siégeaient encore au Centre. Il n'attribuait plus à l'Autriche un rôle "dirigeant. Il la voulait vassale. Il en faisait un boulevard contre le slavisme. L'Allemagne et, dans l'Allemagne, la Prusse, était le seul € peuple de maîtres ».

c II faut créer une Europe Centrale, avait écrit Paul de Lagarde en 1881, qui garantira la paix à tout le continent à partir du moment où elle aura écarté de la mer Noire les Russes et dès lors des Slaves du Sud, et où elle aura conquis pour la colonisation allemande de larges espaces à l'est de nos propres frontières. Nous ne pouvons pas déchaîner ex abrupto

la guerre qui devra constituer cette Europe Centrale. Tout ce que nous pouvons faire est d'habituer aotre peuple à la pensée que celle guerre viendra »(1).

Constantin Frantz, à son tour, avait proposé le plan d'une grande Confédération des États de l'Europe Centrale. Un noyau central serait composé des États de l'Allemagne de rOuesl, s'arrondirait par la Prusse et par l'Autriche; et une étroite alliance offensive et défensive, militaire et sanctionnée par les Constitutions unirait ensemble ces États. Une ceinture de petits États, Hollande, Belgique, Flandre, Lorraine, Suisse, Franche-Comté, Savoie, et, à l'Est, tous les États balkaniques, et ceux qu'on découperait dans la Pologne russe compléteraient une circonvallation prodigieuse. Mais 1 fallait pour la construire refouler la Russie par delà le Prulh jusqu'au Dniestr. Il fallait une frontière russo-allemande reculée à Brest-Litowsk, à Bialystock, à Grodno. Si anli-bismarckien qu'il fût, Constantin Frantz demandait qu'on accordât à Bismarck tous les crédits militaires qu'il proposait au Reichslag.

« Une cliose est sûre... c'est que la Prusse devra, dès le début des opérations, marcher avec trois grandes armées à la fois sur Varsovie, sur Wilna et sur Riga, et qu'elle devra occuper tout le territoire jusqu'à la Diina, afin d'en pouvoir imposer la cession.... La Prusse serait perdue d'emblée, si elle voulait garder une attitude défensive.... Il lui faut pouvoir faire une guerre offensive de grand style »(2j.

Ces idées régnaient à 'Berlin vers 1888, dans les milieux très pieux et conservateurs, où l'on croyait pouvoir faire mieux et plus grand que Bismarck.

La propagande du germanisme pur (Reines Deutschtum).

— L'alliance franco-russe avait, pour un tcMups, calmé rollorvescenco belliqueuse. Guillaume II s'acquitta en conscience de ton rôlo de < prince de la paix ». Waldcrsoo s'en fut commander un corps d'armée à Kicl : honoriliquo di.sgrâce.

(1) Paui. dk Laoardb. DeuUche Srhriften, 4* «édition, iW7t, p. 83, (S) Constantin Frantz. />i« W9Upolitik, 188'M883, t. II, 00-61.

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