‹ Le pangermanisme, ses plans d'expansion allemande dans le mondeChapitre 20 sur 41 · INFILTRATION AU BRÉSIL ET EN ARGENTINE · texte numérisé non relu

INFILTRATION AU BRÉSIL ET EN ARGENTINE

naturalisation) demandaient à avoir des représentants « nationaux » dans nos conseils municipaux et départementaux et au Parlement. Pourtant Funke est modéré. Il ne veut pas que les Allemands « se laissent aller à des aspirations politiques qui ne sont pas de mise » (1).

D'autres sont moins discrets. Friedrich Lange, l'apôtre du lieines Deutschtwn, savait des devoirs plus étendus pour l'État allemand dans l'organisation de l'émigration.

« Une politique prévoyante peut seule, par un recours inexorable (rûcksichtslos) à toutes tes ressources de sa puissance, conclure des traités avec les États étrangers, qui ont besoin d'accueillir nos émigrants, et qui, dès lors, finiront aussi par se laisser imposer les conditions jugées nécessaires par notre gouvernement. Les Républiques argentine et brésilienne et, plus ou moins, toutes ces républiques loqueteuses de l'Amérique du Sud se laisseraient dire un mot et entendraient raison, de gré ou de force » (2).

Ce à quoi prétend l'Allemagne, quand elle apporte un projet de traité, et qu'elle l'appuie « de toutes les ressources de sa puissance », nous l'avons vu à plusieurs reprises depuis Tanger.

Un autre théoricien, d'un aplomb non moindre, Josel- Ludwig Reimer, va jusqu'à désigner l'ennemi contre lequel on promet de mobiliser la puissance de l'Empire allemand, en échange d'un bon traité d'émigration, avec concessions de territoires et avec représentation nationale accordée aux Allemands dans les pouvoirs publics des Républiques de l'Amérique latine.

€ Il ne faut pas croire qu'un tel apport de forces allemandes et d'argent allemand soit désagréable aux États de là-bas (c'est-àdire de l'Amérique du Sud). Les plus clairvoyants, non seulement accepteraient cette aide matérielle et morale, mais l'accepteraient de bon cœur. Ils y verraient un appui effîcac* contre leur ennemi naturel, tes Étals-Unis du Nord; ennemi qui les contraindra, non seulement à des concessions commerciales

(1) Ibtd., 64.

(2) Friedrich Lange. Reines Deutschtum, p. 208.

mais à des cessions de territoire, voire à l'abandon de leur nationalité, dès qu'il en aura la puissance > (1).

Reimer ne dissimule pas que cet « appui matériel et moral > contre les États-Unis pourrait être militaire. Ily a donc deux solutions, entre lesquelles le pangermanisme donne le choix aux Républiques de l'Amérique latine : i" se laisser infiltrer de population, d'industrie, de capital allemands; se laisser lentement diriger, protéger, finalement gouverner par les Allemands ; et avoir l'appui de l'Empire ; ou 2" e entendre raison de force ».

L'Allemagne pose des jalons aux États-Unis et en Océanie. — La politique d'hostilité contre les États-Unis n'est pas la seule qu'on puisse suivre. Quelquefois les pangermanistes préfèrent, provisoirement, la politique d'amitié. Il y a un ennemi plus immédiat de l'Allemagne que la grande République américaine : c'est l'Angleterre. Contre elle il faut se réserver d'abord l'alliance yankee. C'est ce que nous enseigne le Francfortois Julius Gœbel, philologue gœthien, mais pangermanisle militant, et professeur à l'Université d'Illinois :

« La crainte qui était venue à Benjamin Franklin de voir l'Amérique se germaniser n'a pas été dénuée de raison; et si la vie américaine aujourd'hui a une autre physionomie que do son temps, cela doit s'attribuer d'abord à l'influence du germanisme.

(I Ce n'est pas à l'Angleterre, mais au peuple allemand et au peuple américain, joints par les liens du sang, comme par de hautes et communes aspirations intellectuelles, que se trouve confié le progrès do la civilisation. Et les gardiens de cette amitié sacrée, ce sont les Allemands d'Amérique > (2).

Ainsi ni l'Angleterre, ni la France, ni rilalie, ni aucun peu|>le, grand ou polit, du globe, ne contribuent « nu progrèti de la civilisation ». Il y faut les Américuins seuls, mais Burtoul les Américains germanisés.

(1) J.-L. HKlMf.n. /'-'in pangcnufinitche» Deutnchiinil, p. 05. (t) JUUUS GOKUEL. Dai Ututichlum in den Verciniiiten Staaten, lOOi^ p. 17.

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