PROJETS SUR LES ÉTATS-UNIS ET SUR L'OCÉANIE
îl y a bien eu, clans le passé, une faiblesse du caractère allemand : la population allemande se laissait aisément assimiler de langue et de mœurs, par l'ambiance anglo-saxonne. C'est ce que remarque avec tristesse le publiciste autrichien Emil Jung (1). Ce fut ainsi surtout quand les Allemands émigrants étaient ces pauvres démocrates de la période de 1818 à 1864, exilés volontaires d'une patrie qui avait trompé toutes les promesses de 1815. Ceux-là furent nombreux en Australie et dans les îles de l'Océanie. Quand vint Bismarck, ils firent comme beaucoup de démocrates restés en Allemagne, ils « jetèrent leur bonnet phrygien en loques ». Il suffit, maintenant que l'orgueil allemand est éveillé chez ces Allemands d'outre-Océan, de le rafraîchir par un afflux constant d'éraigrants nouveaux.
€ L'humanité n'a pas encore (ini sa vie. L'entrée dans le siècle nouveau pose à chaque peuple de nouveaux problèmes. Le cinquième conlinenl aussi apportera des problèmes. Puisse le peuple allemand tout entier alors être sur place! Dieu le veuille ! » (2).
Le cinquième continent, c'est l'Australie; il n'est pas sûr que l'Angleterre y soit toujours maîtresse. Des Velléités d'indépendance peuvent se produire dans plus d'une de ses colonies. La puissance anglaise peut être tenue en échec, dans le Pacifique, par d'autres puissances. Si le Commonwealth d'Australie et ses dépendances venaient à se désagréger, il faudrait que le peuple allemand « tout entier », c'est-à dire avec les forces de l'Empire toutes prêtes, fût sur place.
IL — Projets de dépècement.
Ces rêves australiens sont lointains ; il y a des Empires plus menacés de décomposition que l'Empire anglais : la Turquie d'abord. Aussi les Allemands la protègent. Mauvais signe pour un pays que d'être protégé par l'Allemagne. Cela
(i) Emil Jung. Dos Deutschtum in Australien und Oseanien, 191'f. (i) Ibid., p. 85.
annonce que le partage est proche. Quand l'Empereur allemand promit l'indépendance au Sultan du Maroc, on pouvait être sûr qu'il revendiquerait des ports marocains et une part de côte marocaine. Pour l'Empire Ottoman, la Ligue pan germaniste, très turcophile, ne fait pas mystère de ses appétits :
« Dès que les événements amèneront la dissolution de la Turquie, aucune puissance ne fera de sérieuses objections à ce que l'Empire allemand en réclame sa part. C'est son droit de puissance mondiale; et elle a un besoin infiniment plus grand d'une telle part que les autres grandes puissances, à cause des centaines de milliers de ses sujets qui émigrent et auxquels il lui faut conserver leur nationalité et leur subsistance économique » (i).
L'Allemagne n'a plus guère d'émigrants aujourd'hui, mais elle n'a pas ba'issé ses prétentions.
Quelques Allemands réclament la Crète et l'Arménie.
— La Crète, depuis un siècle, était à l'état de révolte tous les vingt ans. Elle le fut une fois de plus aux approches de 1900; et l'Arménie de même. Aussitôt, quelques Allemands déclarèrent que la possession de l'Arménie et de la Crète était « une question vitale pour l'Allemagne ». Ils affinnaicMit qu'un « égoïsme sain » {ein gesunder nationaler Egoisntus) ne pouvait réclamer moins (2). Pour rien au monde un Allemand ne voudrait être malsain, comme un Latin décadent. Or, ce qui est c sainement » égoïste c'est de fonder une « Nouvelle Allemagne ».
< 11 faut que se renouvelle le spectacle qui s'est déroulé il y a 800 ans au delà de l'Elbe. Le paysan allemand avec sa lourde charrue, avec son labeur solide, avec sa crninto (hr lUcu, cl sa sobriété a refoulé le Slave; ou, plus cxnclonicnt. il l'a soumis, absorbé, l'a fondu avec lui. Serions-nous incapables au xix* et au XX* siècle, quand rAlIcmogno est doveiiuo la première puis-
(I) MnnifrHlfl étiilorini nnonyme de VAlldeuticher Verband: DeuUchlanii» Annprttch an da» lurkiichc b'rhe, 181MI, p. (J.
(*i) Amicui Patriak. Arminien und Kreta. Eine Lebenifrage fur Deuttchtandt 1890.