‹ Le pangermanisme, ses plans d'expansion allemande dans le mondeChapitre 22 sur 41 · DÉPÈCEMENT DE LA TURQUIE D'ASIE · texte numérisé non relu

DÉPÈCEMENT DE LA TURQUIE D'ASIE

sance du monde, de faire ce que nos ancêtres ont pu? II faut que l'Allemagne saisisse de sa main puissante l'Asie Mineure » (1).

La Turquie résistera peut-ÔLi'e :

t Le Turc a perdu ses droits, non seulement au point de vue moral, mais encore au point de vue strictement juridique. Il avait pris, au Congrès de Berlin, en 1878, des engagements dont il n'a pas tenu un seul. Ses titres soûl nuls aujourd'hui >.

Ce sera peut-être la conflagration européenne :

« Si la santé, si la vie de l'Allemagne exigent celte cure moitellement redoutable, eh bien donc! à la grâce de Dieu. Je n'hésite pas à en prendre sur moi refTrayante responsabilité.... Dieu n'abandonne jamais un bon Allemand » (2).

Ainsi je ne sais quelle croyance en des nécessités biologiques, dont on fait des fatalités, et une superstitieuse dévotion qui mobilise Dieu-même au service de l'Allemagne, développe, du haut en bas de l'échelle intellectuelle en'Allemagne, cet état d'esprit redoutable qui accepte et appelle une guerre européenne, comme une épreuve que le Seigneur envoie à son peuple élu, afin de le bénir.

Projets sur la Mésopotamie. — Aussi bien, les provinces turques ont beau n'être pas en révolte, elles sont tout de même promises au peuple allemand par une désignation quasi-divine. Voilà longtemps que les explorateurs allemands ne peuvent voyager en Babylonie et en Assyrie, sans songer : € Comment se fait-il que l'ancien Eden, le paradis terrestre si abandonné aujourd'hui, le vieil Irak-Arabi, ne soit pas allemand ? » Anton Sprenger, arabisant de son métier, depuis trente ans, n'a pas d'autre rêve :

€ L'Orient est le seul territoire du globe qui n'ait pas subi la main-mise d'une des nations ambitieuses du globe. Mais il est aussi le plus beau domaine de colonisation; et si l'Allemagne ne laisse pas échapper cette occasion, si elle saisit ce domaine avant que les Cosaques ne mettent la main dessus, elle aura,

(1) Ibid., p. 15, 15.

(2) Ibid., p. 15, 16.

dans le partage de la terre, conquis la meilleure part. L'Empereur allemand, dès que quelques centaines de mille de colons allemands en armes cultiveront ces plaines admirables, aura les destinées de l'Asie-Antérieure en son pouvoir ; il peut être et sera un protecteur de la paix pour l'Asie entière » (1).

Etde peur que la Babyloniene suffise pas à constituer celte part « la nieilleure dans le partage de la terre », que réclame l'Allemagne, Sprenger ne dédaignerait pas d'y ajouter la Syrie.

Karl Kacrger, voyageur et économiste, conseillait, en 1892, de joindre à celte politique de colonisation une union doua nière avec la Turquie.

€ Si l'Empire allemand, tout en conservant l'amitié de l'Autriche et de l'Italie, (jue la situation politique européenne commande en tout état de cause de sauvegaider, parvient à diriger le flot de ses émigrants sur les riches territoires de la Turquie, et à conclure avec celte dernière une étroite union douanière, tout l'avenir économique, et dès lors aussi tout l'avenir politique de l'Allemagne s'appuierait sur une base plus large et plus ferme » (2).

Le souci principal de Kaergcr était que la Russie ou l'Anglelerrc ne pussentdovancerrAllemagne. Comment les Turcs peuvent-ils se méprendre sur l'amilié soudaine des Allemands pour eux? Ce n'est pas faute de déclarations 1res nettes des pangermanisles à ce sujet. Il est vrai que cette amitié va loin ; elle va jusqu'à la complicité dans les massacres arméniens ou macédoniens. Elle compte se faire payer plus lard celte complicité sanglante.

Sérénité du parti national-social devant les niassacres de chrétiens en Arménie. — Projets sur la Méditerranée. — Kn 18<.)S, Guillaume II fil .son voyage de Palestine, camouflé en croisé. Sa croisade était toutefois d'une sorte nouvelle. Il visita le Saint-Sépulcre; mais il déclara,

(1) A. SpiiKNOF.n. Babylonien, dot reiehite Ltind in der Vorteit und dai ohtiendtte Knhniiationtfel'l fiir die Gegemvnri, 18S(5. (S; Kahl Karrokr. Klein-Aiien, ein deutêchea h'olonitationifeldy 1802.

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