‹ Le pangermanisme, ses plans d'expansion allemande dans le mondeChapitre 32 sur 41 · PROJETS SUR TRIESTE ET SUR LE MAROC · texte numérisé non relu

PROJETS SUR TRIESTE ET SUR LE MAROC

Il dit, en inaugurant le nouveau palais de la Chambre des Seigneurs, le 16 janvier 4904 :

€ Que le roi soit à la tête de la Prusse; la Prusse à la lêle de l'Allemagne; rAUernagne à la tête de l'univers » (1).

Cette Weltpolitik, commencée en Palestine en 1898, se continua, en 1899, par des entretiens avec la France sur le Maroc. Fréquemment l'empereur parla à l'ambassadeur de France, M. de Noailles, d'intérêts communs franco-allemands dans l'Afrique du Nord. La diplomatie française demanda avec courtoisie à Berlin une estimation des intérêts allemands. Berlin tergiversa longtemps. Brusquement, en 1902, Ernsl Hasse, président de la Ligiœ pangermaniste, porta la question à la tribune du Beichstag et demanda le protectorat allemand sur la côte atlantique du Maroc. En môme temps, la diplomatie allemande nous faisait des ouvertures plus discrètes qui louciiaient h la Méditerranée. 11 faut laisser la parole au publiciste qui semble avoir recueilli la pensée de M. de Noailles en personne :

« On clioi-chail cvidenimcnt à lier la question marocaine aux événements hypothétiques qui doivent, selon les désirs des pangermanistes, agiter l'Autriche à la mort de François-Jo-^eph ; et l'on semblait nous insinuer ceci : « Si vous êtes raisonnables, si vous consentez à admettre la prédominance allemande à Trieste, nous autres Allemands n'insisterions pas dans nos revendications sur le Maroc. » Mais le quai d'Orsay ne se laissa pas prendie à ces présents d'Artaxerxès. 11 répondit que ces événements étaient trop lointains, tandis que la situation actuelle du Maroc demandait une imminente solution. Et, prenant au mot les prétentions de la diplomatie berlinoise, l'ambassadeur de France indiqua officieusement qu'au cas où un changement s'opérerait dans le statu quo marocain, la France ne ferait, pour sa part, aucune opposition à l'octroi d'un porta l'Allemagne sur la côte atlantique. » (2).

Qu'on veuille bien peser tous les termes de cette réponse française si modérée. La France accordait déjà le principe

(t) BuLOW, Reden, t. II, p. 34.

(2) CoDiment se fera le partage du Maroc. (Le Coirespondant, 25 déc 1903, p. 1096).

d'une compensation à l'Allemagne, pour le cas où elle s'agrandirait au Maroc. Tout ce que le prince de Biilow a dit, depuis, à la tribune ou dans son livre récent, sur des velléités françaises qui se seraient flattées de mettre l'Allemagne devant un fait accompli au Maroc, est sûrement d'imagination pure (1). Pourtant, c'est d'alors que datent les querelles retentissantes et réitérées.

Ces visées parurent à M. Delcassé « prévoir l'avenir de trop loin ». Comment, en 1902, prédire ce qui adviendra de l'Autriche-Hongrie à la mort de l'empereur François-Joseph, puisque l'empereur n'est pas mourant? Comment accorder l'appui moral de la France à des acquisitions allemandes sur l'Adriatique, sans que l'Autriche-Hongrie et l'Italie aient été consultées? M. Delcispc laissa tomber prudemment la conversation. Il tint au courant M. de Radolin de ses conventions avec TAnglelerre et avec l'Espagne sur le Maroc; le i 2 et le 44 avril 1904, M. de Biilow déclara au Reichstag qu'il connaissait ces accords et qu'il n'en prenait pas ombrage. C'étaient les intérêts de l'Allemagne dans la Médilerranée orientale qui pour lui étaient essentiels. Tout à coup, il se rendit compte que la France résisterait à des plans allemands sur Trieste. Par surcroît, entre 1904 et 1905, M. Constans négociait à Constantinople pour obtenir que toutes les fournitures militaires turques ne fussent pas confiées aux seuls Allemands quand c'était la France qui avait souscrit l'emprunt ottoman.

Cette intrusion française dans la Méditerranée orientale, que l'Allemagne considère comme sa chasse réservée, M, do BqIow est résolu à l'évincer une fois pour toutes. Il crée alors de toutes pièces la question marocaine. En fin de compte, il provoque le débarquement de Guillaume II à Tanger, le 31 nuirs 190.'), et inspire le discours qui promet au hullan du Maroc son indépendance. C'est une impérieuse sommation à la France d'avoir à céder du terrain.

(1) DOlow. Politique allemande, p. 101, 105.

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