‹ Le pangermanisme, ses plans d'expansion allemande dans le mondeChapitre 33 sur 41 · LA POLITIQUE DE BULOW · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE DE BULOW

Il avait reçu du baron Marschall von Bieberstcin, ambassadeur allemand à Conslantinople, cet avis :

« Si nous livrons le Maroc en dépit de Damas et de Tanger, nous perdons du coup notre position en Turquie, et avec elle les avantages et les perspectives d'avenir, que nous nous sommes acquis péniblement par de longues années de labeur » (i).

Biilow découvre, entre 1904 et 1905, que l'aecord franco-anglais de 1904, qu'il avait trouvé inofîensif, quand on le lui avait fait connaître, allait à l'encontre de la conférence de Madrid de 1880, et c'est pourquoi Biilow prétend imposer une consultation de toute l'Europe, à Algésiras. L'Europe eut l'impression violente que rien de ce qui touchait au Maroc ne pouvait se négocier sans l'approbation de l'Allemagne. Les accords de 1909 furent semés d'articles savamment ambigus et gros de litiges futurs.

Sur ces entrefaites, la question d'Orient, la vraie question, avait reparu en 1908, quand Aerenthal mobilisa contre la Serbie et envoya 30000 fusils aux Albanais. Et, bien que l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine fût, en tout, contraire au pacte signé par l'Europe entière à Berlin en 1878, Biilow, qui avait fait de la conférence d'Algésiras une question de paix ou de guerre, refusa toute conférence. Il fallut la modération de la Triple-Entente, la sagesse avant tout de M. Fallières, consulté le premier, pour éviter une conflagration européenne. Par un étrange renversement des rôles, c'est au plastronnant chancelier de Biilow, déjà tout inféodé à la brutale politique magyare d'Aerenthal (2), que Guillaume II, en le congédiant, décerna le titre de « prince de la paix ».

11 y eut trois ans d'accalmie. Les grandes idées du règne cependant cheminaient silencieusement. En 1910, le Kronprinz fit son voyage autour du monde. Il séjourna aux Indes. Y était-il allé sans arrière-pensée? L'armée anglaise l'accueillit galamment, par des fêtes et des chasses. On lui mon-

(1) BiJLOW, Poliliquc allemande, p. 105.

(2) V. VAppeniice.

Ira les secrels militaires les plus graves, les défenses du col de Khaïber :

€ A-t-il été agréable aux Anglais, a écrit depuis un spécialiste dos choses de l'Inde, Hermann von Staden, que le futur Empereur allemand connût de visu cette position, la plus importante de toutes? C'est une autre question. Mais aurait-on pu lui interdire la visite de Khaïber ?

e Pourtant ce qui doit être encore plus vexant pour les Anglais, c'est l'eflet que produit cette visite au col de Khaïber sur les Indiens. A quoi songe le futur Empereur allemand? Pourquoi se fait-il montrer la porte d'invasion sur l'Inde, que d'habitude on cache si soigneusement à des yeux européens? Voilà ce que l'Inde entière se demande. Et la réponse que l'on chuchote de Kashmir au cap Comorin, ne peut faire de doute pour personne de ceux qui connaissent la pensée et les silencieuses espérances des Indiens, de tous les Indiens, des Indous autant que des Mahométans » (1).

Personne en Allemagne n'est choqué à l'idée de penser que le Kronprinz a accepté l'hospitalité chevaleresque des officiers anglais, ses camarades, tout en nourrissant des intentions secrètes d'espionnage et des velléités d'encourager, par une manifestation, les sourdes espérances de la révolte indigène.

Quand il revint, toute la moisson des conflits qu'on avait semée avec soin au Maroc commençait à lever. Le sultan, assiégé dans Fez par les rebelles, appelait au secours. La diplomatie allemande contesta longtemps qu'il eût appelé qui que ce fût. Elle contestait surtout qu'il eût le droit d'appeler les Français, ses prolecteurs d'après le traité môme qui [torlait la signature de l'Allemagne. Le hasard voulut que tous les Européens ne fussent pas encore massacrés à Fez, quand le gouvernement de M. Monis ordonna au général Moinier d'entrer dans la capitale. Ils ne le furent qu'après. L'Alhwnngne n'en estima pas moins que, par l'entrée de ses troupes à Fez, la France outrepassait ses droits de police. Mais le 2*2 mai 1911, la Konservative Korreupondenz, le journal personnel de M. do Biilow, inséra un article écrit par un

(1) IlEnnANN VON iSTAUKN. Der dculiche Krotiprini in Indien {SiiddtulicHe htonatihefle. avril 1011),

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