MENACES DU JOURNAL DE BULOW
de ses proches amis, et qui indique bien de quelle sorte ont p!i être alors les conseils que MM. de Kiderlen-Waechter et de n<'lhmann-Hollweg allaient recueillir chez l'ancien chauce-
lici' :
t Le sphinx allemand se lait toujours, et le secrétaire d'État (les Affaires Étrangères reste avec ostentation en vacances.... Le sphinx cligne dos yeux; mais cela ne nous oblige pas à penser qu'il dort. La question marocaine est ouverte et exige une solution. Elle l'aura. Ce jour-là, selon que les Français tiendront telle ou telle conduite, il passera dans le monde ou bien une grande terreur, qui finira par un grand cliquetis d'armes, ou bien un grand soulagement. Mais même dans ce dernier cas, ce ne sera pas un soulagement causé par une reculade de l'Allemagne. Dans vingtquatre heures, les Français seront devant Fez. On les y laissera souffler quelque temps. Après quoi, on entendra le son tranquille, clair et ferme du coup de cloche de Berlin : la douzième heure. Dans cette douzième heure, la question marocaine pourra être résolue pacifiquement, de façon que l'Allemagne reçoive sa part pleine et entière de gestion dans l'Afrique du Nord ; sinon, « Mars sera le maître de l'heure » (l).
Ce ne fut pas encore, en 19H, l'heure de Mars. La France céda une partie du Gon^o. Sa sagesse même, dans la modération, fut peut-être considérée comme une faiblesse. Le ministre allemand des colonies, von Lindequist, démissionna avec éclat, parce qu'il ne jugeait pas suffisantes les concessions françaises. Le kronprinz, en plein Reichstag, protesta par une algarade bruyante contre la faiblesse d'une diplomatie allemande qui se laissait duper. 1915 fut l'année des formidablesarmements. Le programme de surenchère militaire, proposé par le généâ'al pangennaniste von Bernhardi (2), fut adopté à la lettre. Un miiliaixl et demi d'impôts de guerre furent volés par le Reichstag à la presque unanimité, et les socialistes eux-mêmes, par une des pires aberrations dont un grand parti historique se soit jamais rendu coupable, ont volé ces impôts. L'atraosphèi'e allemande se saturait d'une tension
(1) CiLc par Albrecut Wirth. Tiirk^i, Oesterreich, DeutschlancL 191'2 (i) Dans Deutachland utidder nùchsle Kriey, 1912.