I. — Un auxiliaire du germanisme
Le panmagyarisme.
Les complicités hongroises mériteraient une monographie à part. On ne veut ici que les signaler à l'attention et non les décrire. Il y faudrait un spécialiste. Pourtant, il est de notoriété générale que, depuis longtemps, la politique hongroise a quitté les voies sages d'un Koloman de Tisza, qui ne voulait pas, en Autriche-Hongrie, de « nationalités privilégiées », pas même la nationalité magyare; ou d'un Franz DéaU, qui prétendait • faire aimer le magyarisme » de toutes les autres nationalités, slaves, allemandes ou roumaines sur lesquelles il règne. Le compromis austro-hongrois <lc 1807 a créé deux ■ationalités dirigeantes ; les Allemands d'Autriche et les
(1) NouB Hignulcrons en particulier les livres rrutiç.nis de I^mitrand AUBRUACU, Lu racei et Um nalioiialiliii en Autriche-Uoitgrie, 18'.)8; — de L. EitENMANN, Le compromis nu«tro-hougroi8, lfl04; et de riF.onoKs Wkil. Le pangermaniime en Autriche, lt)U4. Lcg livres aulricliions de Tiii^ODon VON SoBNOSKY, />ie t'otitik im Uahihurgerreiche, 2 vol. ll)P2-13; Hioiiahd Gharmatz. DeuticK-Oetlerreichische l'olilik, i vol. 1007; — le livre d'un Hungrois allemand proleslaUiire; HtNOAnicuH, Daa magynrischc UiKjam und der Dreihund, 1890; — les lienux livres du drinocralo HimoLF Springeii, iJer KampC der oe$ten'eicliischen Nalionen um denSlaal, 1002; Grundlagen und b'ntwickelungstiele der Oeiterreichisch-Ungaritchen Monarchie, 1000.
LE PANMAGYARISME 67
Magyars; à côté de chacune d'elles une nationalité vassale, qu'on ménageait un peu : les Tchèques en Autriche, les Polonais en Galicie; mais au-dessous de chacune d'elles, une foule de petites nationalités qu'on écrasait : les Slovènes, en Autriche ; les Ruthènes, les Slovaques, les Croates, les Serbes, les Roumains en Hongrie. Nous ne parlons que pour mémoire des Italiens, qui avaient le triste privilège d'être opprimés à la fois par l'Autriche et par la Hongrie. Parmi les voisins, il n'y eut pas de peuple qui se sentît plus directement menacé que le royaume Serbe. L'occupation de la Bosnie et de l'Herzégovine, négociée au Congrès de Berlin par le comte Jules Andrassy, en 1878, équivalait à un commencement de strangulation de la nationalité serbe.
Sans la Bosnie et l'Herzégovine, a dit le plus pacifique des ministres serbes, M. Wladan Georgevitch, ni la Serbie ni le Monténégro ne sauraient subsister » (1).
Pourtant la Serbie et le Monténégro ont essayé de subsister sans cette Bosnie et cette Herzégovine, qui sont le noyau historique proprement dit de la vieille Serbie et d'où était partie contre la Turquie la première révolte libératrice de 1876. Ce n'est pas le lieu de dire les tentatives qu'on a multipliées pour égorger la Serbie, économiquement. Wladan Georgevitch a raison de définir ainsi la politique austrohongroise :
« La mission provisoire que le germanisme a confiée à l'Autriche-Hongrie consiste en ceci : l'Autriche-Hongrie foule aux pieds et réduit en pièces les peuples qui tombent en son pouvoir, elle provoque des conflits entre ces peuples divers ou entre les membres d'un même peuple; elle alTaiblit en eux les sentiments nationaux et infiltre ces nations de colons allemands » (2).
Dans cette besogne de désorganisation qui prépare l'invasion du germanisme, les Magyars sont l'avant-garde brutale. Quand nous le disons, ce n'est pas auprès de leurs ennemis que nous nous renseignons; c'est auprès de leurs
(1) Wladan Georgewitsch, Die serbische Frage, 1907, p. 133.
(2) Ibid., p. 123.
propres chefs. Ceux-ci ont cessé de craindre le germanisme d'Autriche; et ils trouvaient avantage, depuis 1867, à se jetei dans les bras du germanisme d'Allemagne. Qu'on lise, dans le livre consacré par le comte Jules Andrassy au compromis austro-hongrois, la définition de cette politique :
« Nous n'avons plus de raison de craindre ni l'absorption sociale par le germanisme ni la germanisation par la puissance de l'État.... Aujourd'hui, les Habsbourg ne représentent plus en Europe l'idée germanique. Ce rôle, les Hohenzollern l'ont assumé....
« Mais la question des nationalités ne peut être résolue que par un règlement des rapports qui existent entre nous et nos voisins de Sud.... Bien ne pourrait rendre plus malaisée notre tâche envers les nationalités (de Hongrie) qu'une situation où nous serions tout à fait à égalité avec nos voisins du Sud, et où ils sentiraient que nous avons besoin d'eu.v; où ils auraient la possibilité et où ils croiraient avoir le devoir d'obtenir pour leurs congénères de chez nous une organisation nationale. Dans ces circonstances, nos Valaques prendraient l'habitude de diriger leurs regards au dehors, d'attendre du dehors un appui....
« La Hongrie est la gardienne naturelle du développement indépendant de ces États du Sud (la Roumanie, la Bulgarie, etc.). Elle ne les menace donc pas. Voilà ce qu'il y a de juste dans ridée de confédération.... Mais pour que cette confédération projetée puisse durer et nous soit avantageuse, il faut que noua soyons bien plus forts que nos confédérés » (1).
Qu'on lise bien ce te.xte vieux de près de vingt ans. Il veut dire que les Magyars consentent à être les amis de la Roumanie, de la Serbie, etc., pourvu qu'ils ne soient pas tenus d'accorder des droits aux Roumains et aux Serbes de Hongrie. Ils consentent encore à s'allier avec la Serbie, la Roumanie, la Bulgarie, h condition que, dans cette confédération, les Magyars soient les maîtres. « Dans toute alliance, a dit cyniquement Bismarck, il y a un chevalet un cavalier. > La Hongrie veut s'allier à toutes les puissances balkaniques ju.squ'ou Péloponnèse, pourvu (ju'elles soient toutes des montures dociles. De plus ambitieux Magyars considèrent
(1) JULIU» ANuitAii!4Y, nu, Ungarni AuHyleich mit Ôiten'eichf 1807^ p. 401. 54.