‹ Le pangermanisme, ses plans d'expansion allemande dans le mondeChapitre 37 sur 41 · LE PANGERMANISME AUTRICHIEN · texte numérisé non relu

LE PANGERMANISME AUTRICHIEN

les Allemands d'Autriche eux-mêmes comme leurs vassaux futurs. On a toujours remarqué l'étrange réponse que fit à M. Dobernig le comte Tisza fils, le 19 décembre 1912, dans un discours prononcé au banquet des Délégations hongroises à Buda-Pest. Naïvement, Dobernig avait proposé l'union des Magyars et de l'Autriche contre les Slaves. Le comte Tisza répondit qu'il souhaitait aussi l'union de la » nation magyare », considérée comme le noyau de l'Empire, et des « peuples de l'Autriche », considérés comme ses satellites. C'est cette politique magyare qui, depuis l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine, en 1908, multiplie ses coups de boutoir brutaux et a déterminé ces mobilisations successives, qui ont mis en question depuis 1912 le repos de l'Europe.

IL — Le pangermanisme autrichien.

A ce panmagyarisme s'oppose un pangermanisme autrichien. Il s'était manifesté en Autriche, dès 1878, un courant teutomane, provoqué par les idées du Kulturkampf bismarckien. Ce fut d'abord un mouvement libéral, bientôt un mouvement antisémite; mais il fut pangermaniste toujours. Provisoirement, sans doute, ces Allemands d'Autriche n'avaient pas de visées sur l'Orient. Oublieux des défaites de 1866, éblouis de l'éclat militaire du nouvel Empire allemand, ils comptaient assurer à l'Autriche sa part de la gloire, de la puissance et de la prospérité allemandes, par un rattachement des provinces allemandes d'Autriche à l'Empire allemand. Les plus modérés du parti ne réclamaient pas la déchéance de la dynastie autrichienne. Le fameux « programme de Linz », que signèrent, en 1882, le grand propriétaire foncier, chevalier Georg von Schœnerer, l'historien Friedjung et Victor Adler, devenu depuis le chef du socialisme autrichien, réclamait seulement l'alliance austro-allemande comme une institution permanente et inscrite dans les Constitutions mêmes des deux Empires. On eût réduit le Compromis austro-hongrois à l'union personnelle, et laissé une autonomie^large à la Galicie,

à la Bukovine, à la Dalmalie. La prédominance allemande sur les Slaves d'Autriche était par là assurée. Mais les outranciei's, dontfut Schœnerer lui-même, commencèrentbientôt une propagande follement bismarckienne, antidynastique, anticatholique et antisémitique à la fois. Quand Lueger trouva le moyen d'adopter son programme sans combattre la dynastie, l'enthousiasme déborda à Vienne, qui élut trois fois bourgmestre le fougueux pangermaniste.

Une nouvelle vague furieuse déferla entre 1898 et 1908. Schœnerer put dire au Reichsrat, le 8 novembre 1898, qu'il € rêvait de voir le jour où une armée allemande entrerait en Autriche, pour donner le coup de grâce à celle-ci. » Le député Rudolf Berger, dans un discours à la Ligue pangermaniste^ le 20 juin 1905, disait :

t Le programme pangermaniste demande que tous les territoires qui ont autrefois fait partie de la Confédération germanique, soient rattachés à l'Empire allemand comme États confédérés.... Le flot slave se briserait, impuissant, contre le peuple allemand uni dans toute l'étendue de l'Europe centrale.... Nous ne nous laisserons pas effrayer même par l'inimitié de la Cour.... Le passage de l'ancien et misérable particularisme allemand d'autrefois à l'Empire allemand d'aujourd'hui a été intiniment plus difficile que ne le sera le passage du régime actuel à l'Allemagne pangermaniste que nous voulons établir. »

En plein Reichsrat encore, le député Franko Slein put dire, le 15 mai 1906 :

€ La dynastie et l'État autrichiens nous sont complètement indifférents. Au contraire, nous n'avons qu'un espoir et qu'un vœu : c'est que nous soyons enfin délivrés de cet Etat; c'est que ne produise enfin ce qui fatahmiont doit se produire, la désagrégation de cet État, afin cpic le peuple allemand d'Autriche puisse, en dehors de cet État, mener une existence glorieuse sous la protection des Ilohenzollorn. >

Le socialiste Daszinski, pour soutenir la ménui politique, avait déclaré avec élégance, le 25 septeml)re 1907) .- c Quand celte vieille Autriche crèveroit, nous ne verserions pas une larme sur le cadavre du monstre. >

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