IV. — Une dernière chance de paix
Les formes pacifiques de l'impérialisme autrichien.
La politique magyare est une politique despotique, parce qu'elle s'inspire de la peur : elle redoute qu'une grande Serbie, une grande Roumanie, une grande Bulgarie venant à surgir dans les Balkans ne réveillent des idées d'indépendance chez les Slaves et chez les Roumains d'Autriche-Hongrie. Cette politique jugulait les Serbes, circonvenait les Rou-
(1) Albrecht Wirth. Tûrkei, Ôsterreich, Deutachland, 1912, p. 40,41.
mains, surveillait les Bulgares. Alors, parut un grand parlementaire qui retourna les termes du problème et, du coup, si on l'avait écouté, les chances de paix auraient pu être infiniment augmentées, sans qu'il en coûtât aucun sacrifice aux ambitions austro-hongroises. Aurel C. Popovici, Roumain de Bukovine, connaissait les souffrances des peuples foulés par la brutalité magyare. Dans un livre fameux, il proposa d'organiser les « États-Unis d'Autriche » (1). Livre durable entre tous ceux que fit éclore le problème de la rénovation austrohongroise. Audacieusement et généreusement, il suggère de donner une large autonomie aux quinze nationalités qui composent l'Empire austro-hongrois. Son projet avait de quoi flatter les teutomanes. Popovici proposait d'emprunter la Constitution même de l'Empire d'Allemagne : au centre, un Parlement composé d'un Reichstag et d'une Chambre des seigneurs; un pouvoir exécutif, présidé par un chancelier et dont relèveraient toutes les affaires d'Empire : affaires étrangères, guerre, marine, justice; un code douanier et pénal unique, des finances fédérales. Mais, dans chaque État confédéré, un Parlement librement élu donnerait à cet État la constitution de son choix ratifiée par l'Empire : et à côté du gouverneur impérial, un ministère siégerait, responsable devant ce Parlement.
Immense perspective que celle-là. Pour l'ouvrir, il fallait un coup d'État, mais un coup d'État libérateur. L'Empereur pouvait l'accomplir en une seule nuit. C'eût été la plus grande tentative de despotisme éclairé qu'on eût vue depuis Joseph II ; et, avec la réforme intérieure parachevée, elle rendait possible une polili<juc étrangère toute n(Mive. Si les Roumains et les Slaves du dedans étaient heureux et libres en Aulrichc-Mongrio, les Roumains et les Slaves du dehors Bcraienl forcément rPconnais.sants à l'Empire de ce bonheur et de celte liberté accordés h leurs congénères. Ce no serait plus seulement la paix précaire imposée par un grand Empire
(1) AuRF.i. Popuvici, Die Vereinigten Slaalen ôiterreichs, 1000. Le livro a été interdit en Hongrie, et l'auteur, chassé do sa propre pntrio.