POLITIQUE OCCIDENTALE DE L'ALLEMAGNE
trouverait auprès de la population industrielle croissante de rAIlemagne le placement de ses récoltes en excédent. L'industrie naissante de l'Autriche s'adosserait, dit Paul Dehn, à la puissante industrie allemande. Cette union lui donnerait du courage, de la confiance en elle-même, et une direction {Muth, Selbstvertraven und Fiihrung) (1). Les industriels austro-hongrois s'empresseront-ils, autant que le croit Paul Dchn, de se confier à la c direction » de l'industrie allemande? Nous n'en sommes pas juges. D'autres pays ont peut-êlre regretté déjà la confiance qu'ils avaient mise dans cette envahissante collaboration. Ce n'est pas à nous à donner des conseils de vigilance à l'Autriche-Hongrie.
A supposer pourtant que l'Autriche se laissât gagner à ces promesses de prospérité décideraient-elles les Russes à détacher de leur organisme économique, et à laisser entrer dans l'union douanière austro-allemande la Pologne et la Lithuanie? Ou du moins les Russes accepteraient-ils celte modification sans guerre? La force de rayonnement de l'alliance militaire et économique des monarchies du centre gagnerait, c'est la ferme conviction de Dehn, jusqu'à la Roumanie et la Turquie :
€ Et même la France trouverait avantage à entrer dans cette union. Elle y pourrait nouer des amitiés utiles contre la concurrence d'Outre-Océan, dont elle n'a pas moins à souffrir que l'Allemagne et que l'Autriche-Hongrie» (2).
Politique occidentale de V Allemagne.
On peut donc affirmer que la politique et l'opinion de l'Allemagne à l'égard de la France continentale était nettement pacifique vers 1888, à la condition que la France ne trouvât rien à redire aux projets d'absorption douanière nourris par l'Allemagne à l'endroit de tous les petits États voisins, depuis la Baltique et le Rhin jusqu'à l'Hellespont. A l'égard de la.
(1) Paul Dehn, Ibid. III, 186.
(2) Ibid. III, 184.
France coloniale, doal l'Allemagne avait beaucoup admiré la rapide croissance sous la République, sa pensée, que nous retrouverons, était peut-être un peu différente. Pour l'instant, on laissait la France à l'écart. On lui faisait des avances sous forme de gerbes de fleurs, en attendant que la vie économique et le travail des publicistes l'eussent décidée à entrer dans l'union douanière austro-ilalo-allemaude, afin d'y cliercher du courage et e une direction » pour ses industries.
La préoccupation principale des Allemands, la Hollande et la Belgique. — L'agitation pangermanisle visait, dès 1897, les Pays-Bas et la Belgique. Ce fut le temps où commencèrent deux organisations, l'une modeste, savante, dirigée par des professeurs, la publication Der Kampf um dus Deulschtum; l'autre, bruyante, qui, par des meetings, des brochures et une revue à elle, fanatisait l'opinion : la Ligue pangermanisle {Alldeutscher Verband). Un publiciste bas-allemand de faible talent, mais notoire et fanatique, Fritz Bley, publiait son petit livre : Die Weltstellung des Deutschtums. (La situation de l'Allemagne dans le monde, 1897), et, dans le Kampf um das Deulschtum^ son étude : Die alldeulsche Dewegung und die Niederlande [Le inouvem£nt pangermanisle et les Pays-Bas^ 1897). Il entrait en matière sur le ton glorieux qui ne nous étonne plus :
t Nous sommes sans conteste le peuple des meilleurs guerriers du monde. Pendant deux siècles la vigueur allemande étaya l'Empire romain vermoulu. Des Allemands seuls pouvaient briser la robustesse primitive {Deutsche Uricmfl) des Allemands. En se|)l batailles de nations, dans la forôl de Teulobourg, dans les plaines calalauniques, à Tours et à Poitiers, sur le Lcchleld, près de Liegnitz, devant Vienne contre les Turcs et k Waterloo — nous avons sauvé la civilisation (Gcsilluny) de l'Europe.
« Nous sommes le peuple le plus capable dans tous les domaines du savoir et des beaux-arts. Nous sommes les meilleurs colons, les meilleurs niorins et môme les meilleurs coainiercants! et cepfiidunt nous n'arrivouH pas ù avoir notre part duiis l'Iu'irilnge du monde, parce que nous ne voulons pas apprendre & puiser