‹ Le pansement antiseptique, expose specialement d'apres la methode de ListerChapitre 13 sur 24 · EXEMPLE XIV · texte numérisé non relu

EXEMPLE XIV

Suppuration septique. Essai de la rendre aseptique.

Réussite.

Le 24 mai 1876, on amena à l’hôpital l’étudiant Adolphe Hitzer en assez piteux état. Huit jours auparavant, il avait reçu dans un duel au sabre une profonde plaie à la tête; cette plaie, horizontale, et de 8 centimètres de longueur, se trouvait sur la bosse frontale gauche. Plusieurs esquilles osseuses adhéraient faiblement au périoste. Le blessé avait été traité par un de ses camarades correctement, d’après les anciennes règles de l’art; malgré cela, la suppuration s’étendait, et la plaie était au plus haut degré septique. Superficiellement les bords étaient réunis, mais la plus légère pression amenait du sang de la profondeur, et évacuait d’un clapier un pus verdâtre, fétide. C’était là sans doute la "cause d’un érysipèle étendu sur toute la face, et d’une fièvre intense. La température était en effet de 39.8, le pouls 1 25.

Le patient se sentait très mal ; il avait des moments de délire. Dans notre hôpital, un cas de ce genre aurait été

autrefois sûrement voué à la mort. Je ne me rappelle pas un cas de guérison d’un malade ayant présenté des symptômes de cette gravité, depuis les 18 années que je suis à la tête de la Clinique. Ces malades mouraient parfois d’épuisement après une suppuration étendue, propagée dans la profondeur, et après plusieurs érysipèles successifs. Ou bien des frissons survenaient, et le malade mourait de pyémie en quelques jours. L’autopsie constatait une pleurésie purulente métastatique, des infarctus pyémiques aux poumons, au foie, aux reins, etc. Ce dernier genre de mort était de beaucoup le plus fréquent.

Mais vu l’état favorable de notre Clinique, nous n’avions pas perdu tout espoir. Je fis donc tous mes efforts pour rendre la plaie aseptique. Le malade une fois chloroformé, on rasa les environs de la plaie et on les lava à fond avec le savon, l’éther sulfurique et l’eau phéniquée à 5 °/„- J’incisai alors les cavités pleines de pus jusqu’à leurs derniers angles, et arrêtai rhémorrhagie par 3 ligatures d’artères au catgut. Je fis une contre-ponction dans une poche particulièrement profonde. Vint alors la désinfection de la plaie: pour cela, un tampon de coton-charpie fut trempé à plusieurs reprises dans la solution de chlorure de zinc à 8 %, et je le promenai sur toute la surface purulente. La même solution fut injectée dans tous les angles de la plaie. Enfin les esquilles mobiles furent aussi désinfectées soigneusement avec cette solution. Des drains vinrent se placer dans les endroits déclives, la plaie fut suturée avec du crin de cheval, et après avoir encore poussé une injection d’eau phéniquée à 5 °/0 à travers les drains, j’appliquai exactementun grand pansement de Lister. Revenu à lui, le malade

sc plaignit , il est vrai, cl une sensation intense de biuluie. Mais il n’y eut rien de plus grave. Le lendemain matin, la température tomba à 37.7 , le pouls à 90 ; il n y avait plus trace de délire.

L’érysipèle avait disparu, les bords de la plaie pâlissaient. Les drains laissaient écouler un pus peu épais, mais plus du tout fétide. On put raccourcir les drains au second pansement, et les enlever au troisième. Ce dernier pansement fut fait au huitième jour; j’enlevai les sutures et couvris simplement la plaie avec du protective et du lint borique humide. Le malade sortit complètement guéri le dixième jour.

Nous avons donc réussi dans ce cas par une désinfection énergique et par le drainage, à détruire la septicité d’une plaie infecte, et à faire par là disparaître le danger menaçant déjà l'existence du malade.

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