‹ Le pansement antiseptique, expose specialement d'apres la methode de ListerChapitre 9 sur 24 · EXEMPLE VII · texte numérisé non relu

EXEMPLE VII

Opération avec le spray salicylique. Pansement à la ouate salicylique. Liipôme. Guérison.

M. le professeur de Thiersch a recommandé l’acide salicylique au lieu d’acide phénique, et a publié les excellents résultats qu’ils a obtenus de son emploi. Il n’a pas été poussé par le désir de faire du nouveau, ou par jalousie à l’égard du professeur Lister. Il rend tout honneur à ce dernier et défend tous ses préceptes. Mais M. de Thiersch a voulu faire disparaître la complication et le prix élevé du pansement de Lister, qui s’opposent à son emploi général, et cela en satisfaisant d’une manière plus simple aux demandes de Lister. Il a réussi en partie, je crois. L’acide salicylique n’est pas volatil comme l’acide phénique. Son action dure plus longtemps, il irrite moins la plaie; aussi M. de Thiersch se sert-il de solution salicylique pour faire le spray, pour les éponges, les instruments et les drains. Un inconvénient, ce sont les éternuements et la toux qu’excitent la pulvérisation de l’acide salicylique. Les mains du chirurgien sont attaquées par l’acide salicylique aussi bien que par l’acide phénique.

1 Si une fracture n’est compliquée que de plaies superficielles et d’excoriations de l’épiderme , nous désinfectons soigneusement ces plaies avec l’eau phéniquée à 5 °/o, et nous les couvrons d’un morceau de protective, lavé avec la solution borique. Sur celui-ci on place un morceau trois fois plus grand de lint borique, imbibé de solution borique. Puis nous appliquons sans inquiétude sur la fracture un appareil plâtré, comme s’il n’y avait aucune excoriation.

EMPLOI IJU MATÉRIEL

Mais 1 important, c’est le peu de peine que demande ce pansement. Yroilà pourquoi je voulais vous en donner quelques exemples.

Lena Schmidt, de Pfaffenhofen, paysanne de 40 ans, avait sur l’épaule gauche un lipome gros comme le poing, lobulé, qui avait cru depuis huit ans, lentement. Elle l’avait fait traiter, sans succès, par divers caustiques, qui avaient laissé sur sa peau de vilaines cicatrices adhérentes.

Le 4 juin, j’extirpai la tumeur.

Tout était disposé comme dans l’exemple Ier, mais au lieu d'acide phénique on avait pris partout de l’acide salicylique. La peau fut lavée au savon, à l’éther sulfurique, enfin avec la solution salicylique. Pendant l'administration du chloroforme, nos mains furent lavées avec la même solution, et une fois la malade chloroformée, je fis commencer le spray, qui était fait avec la solution salicylique. Une incision en T renversé (jp) circonscrivit deux lambeaux cutanés suffisamment grands, que je détachai de la tumeur. Celle-ci se laissa facilement énucléer avec les doigts de ses nombreuses loges de tissu conjonctif. Il resta à diviser une adhérence solide avec l’omoplate. Dix ligatures d’artères furent faites au catgut, la plaie fut soigneusement nettoyée, un drain de la grandeur du doigt introduit aux deux angles les plus déclives, et on fit la suture avec la soie antiseptique. Sur la plaie, je plaçai un morceau de gaze antiseptique grand comme les deux mains, bien imbibé de la solution salicylique, afin de prévenir l’adhérence de la ouate à la plaie. Puis vint une masse, épaisse comme la main, de ouate salicylique à 1 1 %? s’étendant de tous côtés bien au delà de la plaie. Ensuite, une deuxième couche de ouate

saKcylique à 4 %. On fit cesser le spray, et le tout fut fixé par une bande de gaze antiseptique de cinq mètres de long. Cet appareil fut un peu serré, dans l’espoir d’amener une réunion immédiate des lambeaux cutanés.

La malade, à son réveil, fut portée au lit. Une infirmière fut chargée d’ajouter de suite un morceau de ouate et une bande, si le pansement venait à être traversé par les liquides en quelque point. La première nuit ce fut nécessaire deux fois; puis tout resta sec longtemps. Le quatrième jour seulement, il fallut renouveler le pansement. Après nous être lavé les mains avec la solution salicylique , nous enlevâmes le pansement sous le spray salicylique. La plaie était fort belle, les deux lambeaux cutanés solidement adhérents de petits caillots autour des drains ; se transformaient en tissu conjonctif. J’enlevai les drains, les lavai dans la solution salicylique et les replaçai. Puis je mis sur la plaie un morceau de gaze de la grandeur de deux mains, mouillé cette fois avec l’émulsion salicylique. Je voulais en effet laisser ce pansement plus longtemps en place, et l’émulsion s’oppose à toute décomposition dans l’intérieur du pansement. Alors vint une couche épaisse de ouate salicylique à 11 % » et deux couches épaisses de ouate salicylique à 4 °/0. Le tout fut fixé par une bande de gaze de six mètres de longueur. Ce pansement resta tel quel pendant huit jours. Une seule fois il fallut mettre de la ouate par-dessus. Au troisième pansement, les drains, devenus inutiles, furent abandonnés, et pour protéger la jeune cicatrice, on se borna à la couvrir d’un morceau de coton enduit de notre pommade borique. La malade n’avait pas eu un moment de fièvre ou de souffrance, une fois

sortie du malaise dû au chloroforme. La guérison se fit extraordinairement vite.

Aujourd’hui l’on a fait beaucoup d’expériences comparatives entre le pansement phéniqué de Lister et le pansement salicylique de Thiersch ; on sait à quoi s’en tenir sur les avantages et les défauts de cette substitution. Il est hors de doute que les plaies guérissent le mieux et le plus vite sous le pansement de Lister. La gaze de Lister absorbe mieux les sécrétions de la plaie, parce qu’elle est plus poreuse que la ouate salicylique; celle-ci reste souvent sèche autour d’une flaque de pus sans l’absorber. Mais le pansement salicylique de Thiersch est quand même excellent; je pense qu’il est indispensable dans certains cas. Car l’acide salicylique n’est pas toxique, et ses préparations sont extrêmement utiles pour la pratique des enfants, ceux-ci ayant une susceptibilité intense à l’égard de l’acide phénique.

En temps de guerre aussi, ce pansement est absolument nécessaire ; en campagne on appréciera sans doute l'efficacité prolongée et la fixité de l’acide salicylique. Je reviendrai plus tard sur ce point.

Le pansement de Thiersch est certainement meilleur marché, plus vite fait, plus simple. On peut avec lui prévenir tous les malheurs de la chirurgie, toutes les complications accidentelles des plaies. Néanmoins, il faut affirmer que le pansement phéniqué de Lister donne une guérison plus rapide et plus parfaite.

On dit que dernièrement Thiersch a eu dans la clinique de Leipzig de très bon résultats en remplissant les plaies d’acide salicylique en poudre et recouvrant simple-

ment avec une compresse; il n’est pas nécessaire ainsi de changer le pansement. En tout cas, la méthode est bonne au point de vue antiseptique.

Je n’ai essayé' qu’une fois ce procédé, sur moi-même, pour une petite plaie. Je ferai une seule observation : l’acide salicylique en poudre occasionne une sensation de cuisson assez intense aux bords de la plaie, ceux-ci rougissent pendant quelques heures sur la largeur d’un centimètre. Il s’ensuit que la méthode de Lister pure et simple avec le protective délicat et inofifensif et la gaze, est certainement plus agréable au malade ; on n’observe jamais après son emploi la moindre rougeur aux lèvres de la plaie. M. de Thiersch ne recommandera sans doute cette manière d’employer l’acide salicylique, s’il continue à le faire, que sous certaines conditions.

Page 1