‹ Le panslavisme et l'intérêt françaisChapitre 40 sur 67 · LE CONGRES SLAVE DE PRAGUE, EN · texte numérisé non relu

LE CONGRES SLAVE DE PRAGUE, EN

trayail n'a fait autant d'impression sur toutes les couches de la soci6t6 que la carte des peuples slayes de Schafarik. Tout le monde s'6merveille et ne peut asse^ s'^merreilier de la grandeur de la race slave. Gette carte fera chez nous plus de patriotes que n'a pu en faire toute notre litt^rature. Graces soient rendues k Schafarik, pour ce magique present. »

Get Episode m'en rappelle un plus recent qui s'estpass^ non pas la-bas chez les Groates, mais chez les Ath^niens de Paris. En 1869, le c^lfebre homme d'Etat tch^ue Rieger vint k Paris, pour t4cher d'attirer sur ses compatriotes Tattention de nos politiciens et de nos publicistes. J'ai racont^ ailleurs {La Renaissance Tcheque, p. 168 et suiyantes), comment il r^ussit k obtenir une audience de Napoleon III. II en obtint une aussi d*un des maltres de la presse, Adolphe Gu6roult, directeur de UOpinion Nationale. \\ lui exposa sommairement I'ethnographie de TAutriche et finit par lui mettre sous les yeux la carte ethnographique polychrome de TAllemand Kiepert. Gu6roult la contempla avec stupefaction et laissa ^chapper cet aveu : « Ma foi, je n'avais pas la moindreid^e de ga ! » G'^tait au lendemain de Sadowa, k la veille des 6v6nements de 1870. Gombien de Frangais n'avaient pas la moindre id^e de ga ! Et tout r^cemment encore, k propos des 6v6nements de la p^ninsule balkanique, je sais tel diplomate « qui n'avait pas la moindre id^e de ga ».

Stanko Yraz 6tait un des champions les plus ^nergiques de rillyrisme, autrement dit du Sla-

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visme eontre les pr^tenlions des Magyars. « Noni TfTons ici dand une latte perp^tuelle de o^tre iraiioDalit^ eontre )a magjaromanie, 6criTait-il i UQ amiy le 28 d^cembre 1842... Les Magyars d^ploient toute leur ^nergie pour 6touffer dans s% fleur noire littdrature, bien qu'ils pr^tendent n'en pas vonloir k la litt^rature. G'est pour cela qne noire censure est si ri^oureuse, car elle est sons les coups de celle de Pesth. »

Stanko Yraz eut certainement jou6 un grand r61e dans r^Tolution litt^raire et politique de sa nation si sa Tie avait ^i6 moins br^re. II mourut k Vkgt de quarante et un ans.

A c6t6 deson nom, j'en rencontre dansle grotipe jougo-slare deux autres qui m^ritent d'etre relev^s ici. Le premier, est celui du baron Kusljan qui, lui aussi, eut une Tie assez courte. II 6tait ii4 en 1817. II mourut en 1867. II aTait ^16 un des agents les plus actifs du mouToment iliyrien, it aTait contribu^ a T^lection du ban Jellacich, leredoutaMe ennemi des Magyars; il eut Tbonneur d'une pol6mique avec le grand Magyar Deak. Tour k tour aTOcat et notaire, c'^tait aTant tout un juriste.

L'autre nom est celui de Popovitch Daniciteh. Celui qui dcTait Fillustrer ^tait alors kg^ de 23 ans {1825-1882). II s'appelait primilivement Poporitch et prit le nom Mtt^raire de Daniciteh en souTenir d'une amie, Daniga, fille de Karadjttch, qui lui aTait ^t^ enlev^e par une mort pr^matur6e. II deTait s'illustrer par de beaux traTaux philologiques. II fut tour a tour secretaire de TAcad^mie d'Agram, professeur k rUniTergit^ de Belgrade. Nul n'a pfaw

Parmi le groupe tchfeque ou mieux tch6co-slovaque, dontnous avons d^ja signal^ les principaux membres, il nous faut encore relever les noms de Vacslav Nebesky (1818-1882), po6te, litterateur, historien, que j'ai connu il y a bientdt un demisi^cle conservateur du Mus^e national et r6daeteur en chef de la Revue qu'il publie; Miloslav Hurban (1817-1888), 6\h\e de Ludvit Stur, pasteur de TEglise r^form^e slovaque et, comme ses coreligionnaires Palacky, Slur, Schafarik, patriote tr^s ardent. II fut un des organisateurs de Tinsurrection slovaque. Ecrivant tour a tour en tchfeque et en slovaque, il fut un rude polemiste et eulThonneur d'etre deiix fois emprisonnepar les tribunaux hongrois. A c6t6 de lui, ligiire son compatriote Hodza (1831-1878). Hodza etait, lui aussi, un pasteur protestant. Kollar exerga sur lui unci influence considerable ; po^te et polemiste religieux, il prit, lui aussi, part a Tinsurrection slovaque ; vers la fin de sa vie, il fut Tobjet de persecutions qui Toblig^rent a quitter sa patrie pour se retirer h Tiesin (Teschen), en Sil^sie, ou il mourut. Notons encore parmi les Tch^ques, deux avocats qui, depuis, ont jou6 un r6le politique: Frangois Brauner, et Joseph Fricz et parmi les repr^sentants de Taristocratie, le comte Jean Harrach.

Je ne veux pas prolonger outre mesure cette enumeration. Elle suffit a d^montrer que le Congr^s de Prague fut en somme la reunion d'une elite intellectuelle. Si les conclusions politiques auxquelles il devait necessairement aboutir avaient ete realisees, il y afirait, dans TEurope actuelle,

LE CONGRfes SLAVE DE PRAGUE EN 1848 201

tin peu plus de justice et, consequence bien lointaine — mais absolue — on n'aurait pas vu ^clater Ja guerre actuelle, qui n'est que la revanche et le ch&timent des iniquites commises envers les Slaves et de rindiff^rence avec laquelle les nations occidentales les ont laiss6 commettre.

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