DU CONGR^S DE PRAGUE A CELUI DE MOSCOU
On eut ea effet, en 1861, une Constitution.
Elle cr^ait deux Ghambres, Tune dite des Seigneurs, dont.les membres repr6sentaient certaines categories sociales, princes, grands propri^taires, pr6Iats, quelques hommes plus ou moins ^minents nomm^s par le souverain ; on pouvait 6tre siir d'avauceque les Slaves n'y seraient point en majority; Tautre Chambre^ celledes d^put^s, comprenait 343 membres nomm^s par les Di^tes provinciales, 85 pour la Hongrie, 20 pour la Transylvanie, 9 pour la Groatie-SIavonie, 6 pour la Dalmatie, 54 pour la Boh6me, 22 pour la Moravie, 6 pour la Sil^sie, 28 pour la Haute et Basse-Autriche, 3 pour Salzbourg, 13 pour la Styrie, 5 pour la Carinthie, 6 pour la Carniole, 6 pour I'lstrie et Trieste, 38 pour la Galicie, 5 pour la Bukovine, 12 pour le Tyrol et le Vorarblerg. Bien entendu, il ne s'agissait pasde faire nommer ces Di^tes par le suffrage universel, qui eut peut-6tre refl6t6 la proportion desnationalit^s. ,
Le nouveau regime substituait a la representation des masses celle des int^r^ts. II r^partissait les 61ecteurs en Irois curies :
1° La grande propriet6 qui appartenait a des families g^n^ralement inf^od^es a la dynastie ;
2" Les villes, ou, m6me en pays slaves, il y avait <Je Dombreuses colonies germaniques ou jud6ogermaniques et dont un certain nombre ^taient I'objet de scandaleux passe-droits.
3* Les paysaas des campagnes.
Les circonscripi'ions ^lectorales ^taient reparties <^e la faQon la plus arbitraire : en Boh^me, par
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exemple, les yilles slaves aTaient a& d^pai§ pour 12.020 ^lecteurs, tandis que les villes aUemaDdea en avaient un pour 10.315. Dans les circonscriplions ruraleS) les Slares avaient un depute pour 53.206 61eeteurs, tandis qde les circonseriptions allemandes en avaient un pour 40.800 electeurs. La ville aliemande de Reichenberg, avec 19,000 habitants, avait trois deputes, tandis que la ville teh^que de Prague, avec 150.000 habitants, n'en avait quedix,alors qu'elleaurait du en avoir plus de vingt.
Certains villages allemands eonstituaient , ee qu'on appelle dans la vie politique anglaise, de. v^ritables bourgs pourris. Par exemple, le village ailemand de Parchen, avec 500 habitants, avait an d^put^-; la ville tch^quede Kladno, avec 8.000 haU-' tants, n'en avait pasun seul. Les conditions etaieot les m^mes dans les pays slaves.
Les Tch^ques ne consentirent k envoyer de deputes a Vienne qu'en r^servant tons les droits du royaume. Les Hongrois se refus^rent compl6t6ment a se faire repr6senter a Vienne. Le minist^re avait proclam^ la liberty de la presse, mais pa^ pour les Slaves. Dans Tespace de trois ans, en B6h^me et en Mora vie, quatorze journaux eurenti se partager soixante et un mois de prison simple ou dure (avec jeune et fers) et 21.500 floriM d'amende.
En 1865, Tempereur dutcoogedier son premier minis tre Schmerling et n^gocier avec les Hongrois. En 1866, survint la guerre d^sastreuse avec la Prusse. Le roi de Prus^ avait occupy Prague et,
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€DmiBe il avail rintention d'exploiter TAutriche, -apr^s ravoir assujettie, il ne s'^tait livr^ a aucun des exc^s qui d6shonorent anjourd'hui les armies de son snccesseur. II avail adress^ au glorietMC ro^aume de Bohime une prociamalion qu'ii serait int^ressant de reprodoire. Je n'en ai malheureu- «ement plus le lexle inl^gral sous les yeux. Je ne relrouve dans mes notes que ee fragment : « Si notre cause juste ^tait victoriieuse, Toccasion pouFrail pent 6tre se presenter pour les Boh^miens el les Moraves (autrement dit les Tch^ues), de r6aliser leurs vcbux, ainsi que ies Hongrois. Puisse alors une heureuse etoile assurer leur bonheur k Jamais ! » On sait aujourd'hui ce que veulent dire ces vcBux peu d^sint^ress^s.
Au courant du mois d'aotit suivaitt, un d6put^, k la seconde Chambre de Pnisse, Lubienski^ s'avisa d'6voqufer ces paroles pour r^clamer en faveur de la nationality polonaise. II fut durement rabrou^ par Bismarck qui lui r^pliqua qu'un document militaire, public en pays ennemi, ne pouvait pas toe invoqu6 dans les affaires int^rieures du royaume.
Le roi de Prusse, en 1868, reconnaissait solennellement les droits du royaume de Bohime. Son soecesseur n'en ferail pas autant aujourd'hui.
R^duit k renoncer a Th^gdmonie de TAllemagne, Francois-Joseph ^tait oblig6 d'entrer en arrangement avec ses peoples. 11 imagina qu'aucun de ses sujets n'^tait capable de r^aliser cette t4che diffi- •cile, et il fit venir de Dresde M. de Beust, le malheureux adrersaifre de Bismarck. On sait quelle
fut la solution adoptee par cet stranger : le partage de TEmpire entre les Allemands et les Magyars. On lui attribue un mot qui, vrai ou fauz^ peint admirablement sa politique : « Gardez vos hordes, aurait-il dit k un homme d'Etat hongrois, nous garderons les n6tres ». Ges hordes, c'^taient en Hongrie, les Cfoates, les Serbes, les Roumains, les Slovaques, les Petits-R«sses; en dehors de la Hongrie; les Tch^ques^ les Slovenes, les Dalmates (autrement dit Serbo-Croates) , les Polonais, les Petits-Russes. Ainsi fut ^tabli,sans que les « hordes » slaves eussent ^t6 consult^es, le regime appeI4 dualisme, qui dure encore aujourd'hui.
Les habitants des pays strangers a la Hongrie, autrement dit d'apr^s la denomination officielle « des autres pays de Sa Majesty » ou de la Cisleithanie, furent, purement et simplement, invites k envoyer des deputes au Reichsrat qui devait se r^unir a Vienne.
Les Tch^ques et les Moraves s'y refus^rent; les Galiciens y consentirent. et celte circonstanee amena entre les deux nations, si unies nagu^re, lors du Gongr^s de Prague, un refroidissement qui d6cida beaucoup de Tch6ques a se rendre a Moscou, comme nous Texpliquerons tout a Theure.
On pent juger de T^tat des esprits durant cette pdriode par un proems qui fut jug6 a Vienne au cours de Tann^e 1864. Dans un faubourg de la eapitale on avait trouv6 un portefeuille renfermant un certain nombre de bulletins au crayon, Merits en langue tch^que. L'un de ces billets ^tait sign^. Le signataire ^tait le fils d'un ^diteur bien connu