DU CONGRES DE PRAGUE A CELUI DE MOSCOU
de Prague. II est mort depuis longtemps. Od peut done rappeler son nom sans le compromettre. II ^tait alors &g^ de quatorze ans. II s'appelait Charles- ^douard Kober. Le billet ^tait ainsi congu :
« Moi, Charles-Edouard Kober, je jure devant Dieu tout-puissant vengeance 6ternelle k Tempereur. Je jure que dans tous ies dangers je soutiendrai mes allies Charles et Alfred. Quand roecasion se pr^sentera de tuer Tempereur, je jure de le luer. Je jure de ne trahir personne. »
On d^couvrit le jeune conspirateur avec ses deux complices, Tun Polonais, Tautre Hongrois, dans un pensionnat de la capitale et un proces de haute trahison fut instruit et jug^ devant la cour de Vienne.
Le jeune Kober avait r6dig6 la formule du ser* ment.
n Tavait donn^e k ses deux camarades en Ies priant de la traduire dans leur langue respective et ce n'6tait pas un simple jeu, comime essaya de le d^montrer dans une brillante plaidoirie le c616bre avocat Miihlfeld. Tons Ies acles, tons Ies ^rits du jeune Kober t^moignaient d'une haine profonde pour Fempereur et le regime autrichien.
A cette question : Quels ^taient Ies motifs de votre haine pour Tempereur? le jeune accus6 r^pondait : L'oppression de la nationality slave. {Die [Inter driickung des Slawentums), II avait quatorze ans, rs.ge auquel la loi autrichienne, moins bien inspir^e quQ la n6tre, declare Tadolescent capable d'appr6cier toute la portt^e de ses actes. II
2*10 IM PINSFLAVTSHB
fttt coadamnii k cinq aiui de prison dure. On eat le bon sena de le graeier pias tard.
Get eDfant ayait proelaon^ la v^rit^. L'oppression^ rexploitatioH de ia natioiialit^ slave, telle dtait, telle est encore la devise des Habsbourg, particu- H^rement de celui qui^ pour le malhenr des Slaves et ^ la honte de rhuraaDii^, a r^gn^ plus de mixaDte aos sur rAutriehe-Hoogrie.
GHAPITRE XV
LE CONGR^S D£ MOSCOU (1867)
La Soci^t^ des Sciences naturelles de Moscou invito les Slaves a son Gongr^s. — Palacky et Rieger a Paris ; lis D^gocient avec les Polonais. — Le banquet de Moscou. — Discours de Pogodine et de Rieger. — Pamphlet de Kiaczko. — Strossmayer et Palacky. — Le Gongrfes arch^ologique de Kiev.
La r^uoiOQ slave de Moscoq durant I'^t^ de Tann^e 1867 ne fut pas nn congr^s proprement dit, comme avait 6i^ celle de Prague en 1848, mais une reunion amicale, sans caract^re officiel, od des Slaves de divers pays se rassembl^rent pour ^changer leurs id^es sur les probl^mes communs 4 la race tout enti^re.
La Soci6t6 des Sciences Naturelles de Moscou avait organist dans cette ville une exposition anthropologique et up congr^s ethnographique. Elle eat rid^e d'inviter k cette reunion scientifique les repr^sentants des diverses nations slaves : Pologne, Bobftme, Serbie, Mont^n^gro, Bulgarie et aussi les Slaves non 6mancip^s de Tempire ottoman.
Bien entendu le gouvernement russe n'intervenait pas offieiellement, mais il avait donn6 toutes Itt autorisationa et tout^ le; factlit^s n^cessaires.
et notamment, comme les Slaves en g^D^ral n'^taient pas riches, il avail accord^ aux invites la circulation gratuile sur les chemins de fer de Tempire.
Tousles pays slaves — sauf la Pologne qui avail ses raisons de s'abstenir — accepterent Tinvitation. Les d^l6gu^s les plus nombreux 6taient ceux des pays tch^ques ; k leur t^te 6taient les deux chefs de la nation, Thistorien Palacky etson g^ndre Ladislas Rieger qui en ^tait le veritable chef politique, Tarchiviste poete Erben que nous avons d^j^ rencontr6 au congr^s de Prague, Jules Gr^gr, publiciste dislingu^, propri^taire de La Gazette natio^ nale, des ^rudits, des d6put6s des journalistes, un peintre c616bre. Manes, m^me un repr6sentant de la noblesse, le comte Villani, un survivant de 1848.
La Slovaquie envoyait notamment le docleur Mudron, un de ses principaux chefs poUtiques, la Groatie, le D"' Gaj rap6tre de Tillyrisme, les Serbes de Hongrie, le publiciste Polit Desantchitch, la Serbie, le D^ lanko Schafarik, bibliothecaire de Belgrade, neveu de Tillustre slaviste tch^que, historien et philologue, Milan Militchevitch dont la vie tout entiere a ete consacr^e a des Iravaux excellents sur I'histoire et Tethnographie de sa nation, Vladan Georgevitch homme de lettres et homme d'Etat ; deux d61^gu6s de la Bukovine repr^sentaient la nation ruth^ne, autrement dit la Petile- Russie.
Rieger et Palacky, qui faisaient partie de la deputation tch^que, n'avaient pas suivi le inline itin6raireque leurscompatriotes. lis ^talent d'abord
all^a ^ Paris pour visiter I'Exposition universelle, pour s'entretenir avec leurs amis de France et aussi avec ies chefs de Temigration polonaise. On ^tait presque au lendemain de Tinturrection de 1862-63, insurrection organis6e k Paris par T^migration dontles chefs 6tai6nt alors le vieux g^n^ral Andr6 Zamojski et le prince Ladislas Gzartoryski, propri6laire du fameux h6tel Lambert. Les Polonais de Galicie n'avaient pas suivi les Slaves de la Cis- et de la Transleithanie ^ dans leur campagne contre r^tablissement du dualisme. lis avaient gard^ une attitude isol^e et particulariste. Les deux d^legu^s de la nation tch^que furent regus courtoisement k rh6tel Zan^ojski et a rh6tel Lambert; mais les conversktions n'aboutirent pas et ils partirentpour la Russie.Toutefois Riegeravait promis d'intervenir, aulant que les circonstances le permettraient, comme m^diateur entre les deux nations et de chercher un modus vivendi honorable pour les deux parties.
Ils rejoignirent k Vilna la caravane qui ^tait entree dans le royaume de Pologne par Graniga, sur la fronti^re de Galicie. En agissantainsi ils avaient 6vit^ un Episode assez p6nible.
A Trzebinie — la premiere station de Tempire russe, k Gzenstochowa, le grand sanctuaire catholique polonais, a Varsovie dans la capitale du royaume de Pologne, les invites slaves 6taient chez les Polonais et c'^taient uniquement des fonction-
1. Je rappelle que ces deux mots d^signent les pays en de^ et au delk de la Leitha, qui s^pare la Hongrie des aatres pays de Sa Majesty.
214 L8 FABTSLAVISIIS
naifes et des offieiers rushes qfui leur faisaient les bonneurs.
Les Polonais, peuple soumts, ^talent absents d« c6r6«osie8 oCi lears Taingneitrs' jouaient le v(9tt de maitres de maison et cekte eirconstanca n'^ak pas sans Jeter quelqueg^ne dansles 6panchenie»t9« Ainsi a Trzebinie un orateur russe s'avisa de porter un toast k TUniversit^ tch^que de Prague et panit (i^sagr^ablement surpris qaand on lui apprit qiM eette university n'existait pas encore.
Les h6tes ne I'eussent pas ^t^ moins si la conversation avait port^ sur T University polonaise de Yarsovie, compl^t^ment nissrfii^e depuis plusieurs ann^es. Depuis les Tcb^ques ont ^t^ gratifi^ d'nne University qui a rendu de grands services, mais dont les professeurs, n6cessairement fonctioiinaires autrichiens, ont du parfois oublier qo'ils ^taient les repr^sentants intellectuels d'une nation Halite slave.
A Vilna, Rieger dut prendre la parole : « Nans aommes ici pour la premiere fois, dit-it^ sur un sol slave oii le Slave est maitre cbez lui. Noua esp^rons tons qu'un meilleur avenir se prepare pour les autres Slaves et qu'ils seront aussi les naitres chez eux. »
Ce toast n'^tait pas tr^s heureux. II 6tait dans one ▼ille nagu^re presque enti^rement polonaise, mmfi^e en apparence, mais cyt les Polonais n'^tftient eertainement pas les maitres cbez enx. Rieger anrait mieux fait de garder le silence et de r^server son premier toast pour Pskov od reellement les Slavea, e'est-^-dire les Russes, ^taient les maitres eli«
LE CONG^^ m iMOSCOU EN 1867 215.
eux. J'aiaa a diverses r epiuses rtocpasion da visiter U Polog'Qje, mais ea iraison de eircoj&stances qm r^ndeviae, j'ai toujoure — saul en Galicie — gafd4 aata^t que .possible Vincognito,
Le 20 mai, la deputation anrivait a P^tersbourg. L^accuieil fut naturellement eathousiaste. Au soup.^ qui suivit rairiv^e les toasts les plus chaleureux f-mreatechang^s. Undil^gu^ tcb^que, le D** Brauuer, avocat k Prague, Hi ressortir le contraste absolu eatre la cbaleur avec laquelle les fr^res slaves dlaient accueillis en Eussie et la fa^on dont ils 6taient traites en Autriche,
En partageant TEtat auslro-hongrois «ntre les Allemands et les Magyars, Beust aurait prononc^, dit-on^ deux paroles inHoiment regrettables. La premiere, que j'ai d^ja rappel6e plus haut, 6tail celle-ei : « Gardez vos hordes, nous garderons les n6trea. » L'autre propos ^tait celui-ci : u OiiAQ^ aux Slaves, nous les mettrons au pied du mur. y>
« Apr^s dix slides d'elTorts- et de luttes, disait Brauner, nos ennemis, pour nous remercier d6« services rendus, nous ont declare qu'ils vouiaient nous serrer contre le mur; vous, vous nous serrez sar votre coe.ur. >»
Brauner ne pouvait pas parler autremenL 11 devait ignorer ou oublier ce qu'il avait pu constater de Graniga k Varsovie et m^ine a Yilna. En Pologae, c'^taient les Polojiais qui ^taient au pied da mur.
Rieger tint un langage moins po6tique, mais infiniment plus s6ri«ux et ses paroles pourraient servir d'^pigrapke k ce livre :
216 LE PANSLAVISMEK
« Les Slaves, disait-il, sont la nation la plus nombreuse de TEurope. Mais h61as cette nation n'est pas la premiere. Nous devons chercher la cause de cette situation dans ce fait qu'ils sont les membres 6parpill^s d'une race. Ghaque groupe a dui utter contre un ennemi special, celui-ci contre le Magyar, celui-1^ contre TAllemand, cet autre contre le Tatare. Mais quand se l^vera le soleil de la solidarity slave, quand nous aurons reconnu que nous sommes un seul peuple, quand nous aurons appris k nous soutenir mutuellement, nous serous une grande nation, une nation aussi grande dans la r6alit6 qu'elle Test par le nombre. »
A P^tersbourg, la d^l^gation qui avait pass6 la frontiere russe ^ Graniga fut rejointe par un certain nombre de cong6n6res, serbes, creates, tch^uesel mfimeparun Kachoube, le D'"C^nova* — un membre de cette nation, dernier debris des Slaves baltiques, que nous avons du plus haut adjuger k la Pologne. Ce Kachoube, ^videmment, se consid^rait comme Slave baltique etnon comme Polonais.
Le 22 mai, les Serbes de la principaut6 ^talent regus par le chancelier Gortchakov. « La nation serbe, dit le ministre, est une race forte et jeune k laquelle Tavenir reserve un grand d^veloppement. Je suis vieux et n'e verrai pas ce d6veloppement. Mais mes successeurs veilleront sur le^ destinies de la nation serbe, comme j'ai fait moi-
1. G^nova (1818-1881) 6tait un m^decin philologue qui a ecrit un certain nombre d'ouvrages en dialecte kachoube sur la langue et le folk-lore de ses compatriotes.
LE CONGRfeS DE MOSCOU EN 1867 217
m6me ». On salt que c*est pour la defense de la nation serbe que la Russie s'est lanc^e dans la guerre en 1914.
Dans un banquet offert au Club de la noblesse, on lut une pi^ce de vers du po6te Tioutchev.
Gette pi^ce qui attestait les sentiments fraternels de la Russie, se terminait par une strophe que TOn n'a pas 6s6 reproduire dans le compte rendu public a Prague. On eut risqu^ un proems de haute trahison. Cette strophe 6tait ainsi congue :
« La confiance dans la justice divine he s'^teindra point dans nos Ames, dussions-nous pr^voir des centaines de sacrifices. Un jour — s'il existe — le juge supreme rendra un arr6t certain : et ces mots, tsar lib^rateur, franchiront les frdnli^res de la Russie ».
Le tsar lib^rateur, ^'a 6t6 d'abord celui qui a d^cr^t^ I'aifranchissement des serfs ;^'a6t6 ensuite celui qui a d^livr^ la nation bulgare dont une partie a 6t^ ensuite maintenue en servage par la diplomatie europ^enne. Celui qu'annoncent les vers de Tioutchev, c'est celui qui lib^rera tout Tensemble de la race slave, y compris la Pologne — j'entends la Pologne des Polonais. U ne saurait 6tre question de leur restituer ni Kiev, ni Smolensk.
Le 25 mai, les Slaves furent regus k Tsarskoie- Selo, par I'empereur. Ge fat Tambassadeur d'Autriche, le comte Revertera, qui pr^senta les sujets austro-hongrois.
Parmi les innombrables toasts prononc^s k P^tersbourg, je signalerai seulement celui d'un
218^ LB. FibNaLAMISMiB
afficier ruase, le g^a^sik I^amlakj : « Le maUii^iidr de notre nation^ disait-il, e'est que — ea d^pk d&. noire croissance et de notre extension — Qoua avons du,, surtcfut poor ce qui c<MH;erQe la cLvilisation et le progr^s, nous adressec i hos ennenis, les Allemands. ILs^ se aonit iaufili^s chez nous efc^ sous pr^texte d« nousb civilisber. Lis ont abomins^ blement gki^ noire langueu lis ne 90ua ont pas^ r^eUement servis ;. mais ils oat op6r^ au d6.tpiBMait de notre esprit national. Mais nous ne les. ero^04ia> plus, Uious ne croyons plus dans la science allemande. VouSy Tch^nes, vous avez des saiants- : vous etes wa. peuple ^clair4 ; venez prendre ehea nous la piaoe qu'occu patent id les AllemAads-. Vous, vous comprenez les vrais int^rets slaves »., Ges paroles 6laient parfaitement justes, et de aom^ breuses immigrations tch^ques en Rusisie, oot en partie r6alis6 les id^es du general.
Les p^lerins slaves arriv6rent le 2S n^, a bait beures du soir, a Moscou. Us furent kurtout f^t^6» dans cette capitale pat rhistorien publiciste Pogodiue. Pogodine 6tait un sincere ami des Slaves^ mais il ne voyait leur salut que dans TorUiddaxie religieuse. A ce point de vue, il 6tait I'adversaire declare des Polonais. Le premier Slave qni eufc Toccasion de lui repondre etait precis^ment us Serbe orthodoxe, Soubotitch, membre du tribunal de Zagreb (Agram), et po6te distingu^.
« Nous sommes venus, dit-il, a cette r^unioA fraternelle, et nous vous avons apport6 trois dona i le premier, c'est Vamour^ Tamour pur et saint qui anime tons les ills de la race slave. Pendani nxUff#
LE CQNGWte BE WEKSCOTJ EN 1867 219
TOyage nous avons appris St croire qrre ccWfce rcrtu de la 'parefit6 a des rafci&iBS solides d-ans la peiis^e et le coeur de la nation inisse et eette /b^-efil ?K>tr© 9eccmd prfeseot. Notre troisiifen^e, c'est '{^esp&rance. C'eeft ici, dans cette vieifte et glorietis© Mosctm, que -s'^st 6veiH6c en nous Tesp^rawcc d'mi meiliear sreirir dams un accord fraterael avec la pTiisBante Rii«si« qui mrus re^oit aujourd*hui ». I>e retour dans son pays, I'orateur dut expier ces paroles.
Les bdt^s yisit^renl naturellemeirt FExposition airthropologiqii« qui ^tait le but officiei de l€iur Idintaine ercursion. L'ofcjet de cett« excursion n'l&tait pas xm Coogr^s politique comme cehii de Prague, mais un ^cbange de Tues et d'id6es.
Parmi les discours dchang^s, je -note ceM du ly Sokolov, president de la Soci6t6 4es m^decins russes.
•« Notre Soci^t|§, di«ait-il, a rendu de grands ser- ▼fcefi, partreuli6remeiit dans l-edomaane delapburraaci«. Nagu^re, cette profession ^tait presque eetti^r^meiit aux naains des Allemands qui s'enricfciBBMent d%ne fa^on in-ome. Par exemple, ilvendaleat deux roubles telle substance que la pharmacie, fondle par notre Soci^t^, vend deux kopefcs e* pfourtawt avee b^n^ce*. »
Palaeky prit la parole pour rappeler les^preuves qwe la science slave avait «u a supporter chez les Tcfe^ues, notamment dans ia personne de Scfcafarik.
i. Le kopek est au rouble ce que le centime est au franc. Notons que rfeceifiment encore notre pharmacop6e 6tait submerg^e par ia drogue allemande.
Au diner offert par TUniversit^, le recteur Barchev ^appela que la politique actuelle de I'Europe 6tait la politique des nationalit^s :
« La cause de nos mis^res ant^rieures doit, disait-il, 6tre cherch^e dans la diversity du monde slave. Ges mis6res cesseront quand les Slaves seront unis, quand les droits de la nation slave seront reconnus, comme le sont ceux des nations italienne et allemande. »
Pour atteindre ce but, Rieger proposa Torganisalion de congr^s slaves ou se. r6uniraient p^riodiquement les nsturalistes, les historiens, les artistes et les 6conomistes. Je ne sache pas que cette id^e ait 6t6 d6finitivem6nt r^alis^e. II y a eu quelques timides essais — notamment celui de Kiev, dont je parlerai tout a Theure ^ mais on n'a pas abouti a une organisation definitive. ,
Le 2 juin, un banquet de cinq cents couverts 6tait offert dans le pare des Fauconniers (Sokolniki), aux quatre-vingt-deux b6tes slaves presents a Moscou.
Au centre de lu salle. entre les deux tables principales, 6lait dresse T^tendard des ap6tres slaves, des saints Gyrille et M6thode qui ont 6te nagu^re les ap6tres delaGrande-Moravie et qui symbolisent, ou plul6t qui devraient symboliser Tunit^ religieuse et morale des Slaves catholiques et orthodoxes par lesquels ils sont 6galement v^n^r^s. G'est sous cet etendard symbolique que les toasts furent prononc6s.
Apr^s les toasts officiels en rhonneurderEmpereur et de rimp^ratrice, ce fut Thistorien Pogodine qui prit la parole :
« Je souhaite, dit-il, en r6sum^, que tous les SlaveSj sans exception, a quelque Etat qu'ils appartiennent, jouissent des droits des citoyens du dixneuvi^me si6cle, que nul d'entre eux ne soil soumis k Toppression ant^rieure. Je souhaite le m6me bonheur au Tch6que et au Serbe, au Groate et au Dalmate, au Russe de Galicie et au Lusacien, au Slovaque et au Polonais. Je viens de prononcer le nom des Polonais. Mais ou sont-ils ? Je ne les Tois point dans notre reunion. lis se tiennent au loin, Toeil courrouc6, et ne prennent point part k notre oeuvre commune. Nous regrettons ce s^paratisme dans Toeuvre slave, nous pleurons sur lui... Mais nous esp^rons que le temps viendra ou les Polonais rendront justice k notre bon et noble souverain et rentreront dang le sein de la Slavie.
« Nous souhaitons que notre Gongr^s soit le commencement de relations constantes dans Tint6r^t de la science, de Tindustrie, du commerce, de la colonisation et que tous les Slaves, en vue d*un but commun, adoptent une langue commune. »
Pogodine, il faut bien le reconnaitre, avait absolument manqu^ de tact. II y a, dit le cardinal de Retz, des choses u qui ne s'entendent jamais si bien que dans le silence ». II eut beaucoup mieux fait de garder le silence sur Tabsence des Polonais.
Rieger estima que le moment ^tait venu de tenir la promesse qu*il avait faite nagu^re durant son s^jour ^ Paris, k Zamojski et a Gzartoryski. II prit en main T^tendard de Cyrille et M^thode et, apr^s quelques formules de politesse pr^liminaires, 11 continua ainsi :
222 LB PAJ9SLAVISMB
« Mob ami Pogodi&ea prononc^ une belle parole en soahaitaDt ie bonhenr et la Micit^ des Rosses et des Poionais. Moi aiissi, je constate avee tristesse que dans eette nlunion frateraelle de tons les Slaves, seuls les Polonais sent rest^s en dehors'; mais j'estime que ce proei^d^, qai Tons ^tonoe, n'esi pas tout k fait sans raisoo.
« Lors de ia derni^re gaerre — uhe goeire h^las! fratricide — Tun des Tdtres en appela 4 ropiaioa impartiale des Tch^qnes ; car k ce momeBtlatoote i 'Europe 6tait contre la Russie.
« Messieurs, mon paternei ami M. Palacky^ at moi, a r^poque od toutes les nations de TOccident se d6claraient contre les Russes et manife^taient ieurs sympathies aux insarg6s, nous avons hardiment d^lar^ que nous regardions Tattitude des Polonais comme an malheur et que nous oonsid^rions les Merits qu'ils pubiiaient contre tous comme un grand tort fait k un peuple frdre.
« En notre quality de fr^res des Polonais et des Russes nous nous somn^es tenus k r6cart et nons avons voulu porter un jogement Equitable sur les uns et les autres. Nous savions par Thisioire qite la noblesse et le gouvemement polonais ont fait grand tort au penple russe en lui enlevant 1'^^* ment petit-russe, quand lis ont us^ vis-a-vis de lai de procdd^s pen nobles, comme la prdteadue union 2. Nous avons consid^ri6 ces proc^d^s comme