L*AUTRICHE-HONGRIE ET LES SLAVES BALKANIQUES
C'est 1^ que se signa une paix d'ou d^coule en ligae droite la guerre actuelle, sans compter les deux qui Tout pr^c6d6e.
Rappelons ce que fut Toeuvre sacrilege du traits de Berlin (13 juillet 1878).
D'apres la redaction nouvelle, la Bulgarie ne touchait plus d TArchipel dont Tacc^s est indispensable a son plein ddveloppement ^conomique. La partie septentrionale comprise entre le Danube et les Balkans recevait le nom de principaut^ de Bulgarie ; vassale et tributaire de la Porte, elle devait avoir un prince chr6tien ; la partie m^ridionale, qui n'allait plus jusqu'a la mer, recevait le nom de Roum^lie orientale et devait 6tre pourvue d'un gouvernement chr6tien nomm6 par la Porte. iSvidemment ces deux parlies devaient tendre a se r^unir. et il y avait dans celte creation hybride le germe de s6rieuses complications pour I'avenir.
La Serbie ne gagnait que le titre du royaume qu'elle prit pen de temps apr^s. En revanche, le Montenegro vit ses acquisitions singulierement r^duites. II abandonnait Spizza k TAutriche. II obtenait, il est vrai, la libre navigation sur la Boiana, gardait Niksich, Podgoritza, et Antivari. Mais dans ce port il ^tail loin d'etre le maitre. L'Autriche y faisait la police sanitaire et maritime. Cap le Mont6n6gro ne devait avoir ni pavilion, ni vaisseaux de guerre; il restait compl^tement i8ol6 de la Serbie, son alli^e naturelle. La guerre avait eu pour point de depart Tinsurrection de la Bosnie et de THerz^govine. Quel ^tait alors le r^ve cles insurg^s? De se r6unir au Pi^mont sud-slave,
S86 iM PAsrsiAvisus
k la'S^rbie, «a Mont^in^igro, da m^ne qne la Toscane «l te royacme da NapliM s'dtaient nagadre r^unis au Pi^mont italien.
Ob ne teur fit pas I'honBeur de ieor <demaBder ce qu'ils voulaient Mre. On >chargea purement et aimptemenl le gendarme de la Pmsse, TAutriche- Hongrie de r^tabiir I'ordre dans les deux provinces. Elle obtint en outre, le droit d'occuper militairement le Sandjak de Noti Bazar — tout simplement t TefTet d'isoier la Serbie dn Mont^n^gro. Que rAUemagne, TAntriche, aient sign^ ce protocoie, eela ne se oompreud que trop bien^ cpie la Tnrquie et la Russie I'aient subi, ceia se eomprend encore. Mais que la France et rAngieteire aient pu le signer je n'ai jamais pu le comprendre. Toutes les mis^res de I'beure actuelle d^riTent du traits de Berlin, pire encore dans ses coas6quenoee que n'a •^t^ le traits de Francfort !
C'est par suite du traits de Berlin qae TAllemagne a mis officiellement les pieds sur ie sol de la p^ninsuie Balkanique. On pretend qu'Andraesy , en annon^ant a FranQois^oseph le resultat du traits, lui auratt dit : « Sire, je tous apporte la clef des Balkans ». Le mot resume toute niie politique. Mais si Francois-Joseph ayait re^u la clef, c'^tait pour 6tre le portier et non leTrai.proprt^taire«
A peine investi dn mandat qn'il is'^tait fait contier par le Gongr^s de Berlin, le goonrememest antrichien Be met en mesure de Tex^cuter. L'oocupation des deux prornuces ne iiit pas si aisde qu'on anrait pu I'imagiiier. II y eat devigoureusee ntei^anoes ^ main 'srmiSe. Le ^1 juiUet diSTB, Its
l'aUTRICHE-HONGRIB BT lbs slaves BALKANIQUES 287
premieres Iroupes . jLiitrkhienne» pass^reni 1a. Sav^T L'^Herz^QTine n^ Cut d^fmiti^ejaent oacai|)ee qu'^ la fin de aepiembre et la Bosnie q«'i^ la fin d'octobre. Pour en assurer la possesion il airait faUu faire marcher trois corps d'arm^ea ei d^penser 62 miUioas de ftoarins. Ce n'est paa la ce qn'on p^ii appeler uae aiiD&xion Mbrement consefitie comme le fui^ par exempLcr, celle^ de: la Savoie k la Fraace.
Quels d^Yaie&ii ^e« les r^sfultats de ce traiti6^ absolument dirig^ contre les Slaves balkaniques? EiademmeDt les int^essi^s deyaienl s'efiTorcer par teuB les moyeos possibles de se d^raber a s«s cons^ueaces. ^ai parcourn la Serbie ei la Buigarie au eours de Fannie 1882 et il ne me fut j>as difficile de comprendre les maliaises qu'^prouvaient k la fois les Secbes et les Bulgares. Ce malaisie se coEkStatait particuli^rement k B«lr grade*
J'^crivaig k mou retour : <( Le metier de^ roL a parfois de diiresr exigenees ; Fune des plus eruelles que Milan P" ait eu k aubir, c'est certainement le vasselage autrichien qui lui est impose par les circottstances. Ses conseillers I'acceptent avec une gait^ de coeur pl^is apparent^, peut-^tre, q^e r^elle. La maflfse de la nation est-elie d'acco>Fd avec son gourernement? Otti, at Ton en eroit certaines manifestations ofGeielies de I'opinioEi publique; njOBy sans doute, si Fon £ait parler k ccBor ouvert oauz. qui doivent pour des raisons politiques^ mettre une sourdine k leur pens^e. »
J'^crivais ceci dans la Nouvelle Revue, en avril 1883,
Quatre mois apr^s, les Elections pour la Skoupchtina, la chute du minist6re Pirotchanats, une insurrection grave confirmait mes pr^yislons.
Je reprends ma citation :
« Royaume ind^pendant, la Serbie est aujourd'hui dans une situation plus pr^caire que n'^tait nagu^re la principaut^ vassale, m^jne au tenips oh les forleresses ^taient occupies par les Turcs. Elle avait alors le plus pr6cieux des biens, Tesp^rance. Aujourd'hui, elle adA yrenoncer du moinsjusqu'i nouvel ordre *. »
Et du haut de quelles esp^rances Milan avait dt tomber I Au d^but de Finsurrection, le jour anniversaire de la bataille de Kosovo, le 30 juin 1876, la Bosnie insurg^e Tavait acclam^ en qualite de souverain, tandis que I'Herz^govine acclamait Nicolas de Mont^n^gro. Quel ^chec pour les ambitions des Serbes et du jeune Milan! Le titre de roi obtenu au mois de mars 1882 ne pouvait 6tre pour de si amers d^senchantements qu'une bien modeste compensation. On sait, d'autre part, a quel assujettissement economique la politique austro-hongroise r^duisait la Serbie.
D^s le d^but, les Auslro-Hongrois s'iiistallent dans les deux provinces comme en pays conquis et y 6tablissent sans difficult^ cet ordre ext^rieur, cet vie europ^enne qui succ^de tout naturellement a Tanarchie plus ou moins pittoresque de la vie orientale. Bien entendu, toutes les relations inteliectuelles ou politiques sont interdites avec la