‹ Le panslavisme et l'intérêt françaisChapitre 53 sur 67 · La Save, le Danube et le Balkan, p. 117. (Paris, Plon · texte numérisé non relu

La Save, le Danube et le Balkan, p. 117. (Paris, Plon

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Serbie et le Mont6n^gro. C'est ainsi que Ton r^pond aux voeux des populations.

Pour consoler les Serbes de la perte de ces deux provinces, la politique viennoises*in)aginad*orienter leurs ambitions d'un autre c6t6. Divide ut imperes. Diviser les Slaves balkaniques, les jeter les uns contre les autres pour les dominer tour a tour, ce programme 6tait d'autant plus facile a r^aliser qu'il devait s'appliquer a des hommes inexp^riment^s, dont quelques-uns d'ailleurs strangers aux lois les plus ^l^mentaires de la probity politique. Tel 6tait parexemple le roi de Serbie, Milan.

Pour semer la zizanie entre les deux nations serbe et bulgare, on imagine de deriver les ambitions serbes sur la Mac^doine, pays alors assez mal connu, que les Bulgares consid^raient comme peupl6 par des cong^n^res et par consequent destine h leur revenir quelque jour (voir plus haut, p. 12). Quand la Bulgarie, pour r^parer les sottises du trait6 de Berlin, s'annexa la Roum61ie Orientale, le roi Milan, excit6, on devine par qui, sous pr^texte de d6fendre T^quilibre des Etats balkaniques, mobilisa son arm^e et marcha sur Sofia. 11 fut honteusement d^fait et, sans I'intervention offiicielle de TAutriche, forc6e de se d6masquer, 11 aurait 6t6 pourchassd par le prince bulgare, Alexandre de Battenberg, jusque sous les murs de Belgrade. La paix fut conclue k Bucarest (3 mars 1885), sous les auspices de TAutriche, sans que la Bulgarie indignement attaqude, exploit^e dans les plus legitimes de ses revendications nationales, ait obtenu Tombre d'une reparation, pas m6me

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un centime d'indemait^. D^sormais des germ^ de discorde 6taient sem^s entre deux nations faites pour s'entendre et pour barrer, d*un commun accord, le chemin de Salomique a rambitioii austro-allemande.

Gependant des relations plus cordiales finirenl par s'^tablir eotre les deux pays, suriout apr^s Tabdication du roi Milan, Tun des plus ignobies personnages dont Thistoire ait a enregistrer le nom. L*int6r6t commun devait rapprocher Les deux nations ; elles devaient tenter de completer leur domaine national, sans empi^ter mutuellement sur leurs territoires. On salt comment un traits d'alliance fut conclu avec la Serbie, le Mont6gro, la Buigarie, la Gr^ce ; comment la puissance turque parut s'^crouler devant la victoire des Serbes k Koumanovo (23-24 octobre 1912), etdes Bulgares a Loule-Bourgas (29 octobre, 2 novembre). On put croire qu'en Europe, un nouvel Etat allait apparaitre, un Etat fed^ratif des nations balkaniques qui r^glerait d^sormais la destiii6e de la p6ninsule. Mais I'Autriche veillait. EUe emp^cfaa les Montenegrins de s'^tablir sur les bords de TAdriatique oil ils avail conquis Scutari, les Serbes de se maintenir k Durazzo ; elle sema la discorde

entre les Bulgares et les Serbes

Censure

. . . et, pour le plus ^nd profit de Vienne et de Berlin, jetalesunscontre les autresles allies d'hier. On sait dans quelles circonstances la Ronmanie crut devoir intervenir, les armes a la main pour d^pouiller la Buigarie, et lui imposer ui^ second

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traits de Bmearest. J'ai sur tous ces. ^ytgnemenlf; deff opinions tr^ nettes. Je les ai^ autant que la chose ^tait possible, exprim6^s dans une brochure r^cente et je demande la permission d'y renrayer le lecteur^. Je me permettrai simplement de faire obserrerqae la connaissanee famili^re des choses serbes et bulgares m'autorisait k avoir nne opinion un peu diff^rente de celles qui ontcours aujourd'hai sur le conilit lamentable des deux nations slaves.

Les ^y^nements actuels sont la consequence directe et fatale de Toccupation de la Bosnie et de THerz^govine parrAutriche-Hongrie, autrement dh par TAllemagne. Ces ^v^nements sont trop presents k Tesprit du lecteur pour que je croie utile d'insister.

Ce qu'ii n'est pas inutile de rappeler, ou plut6t d'apprendre aux lecteurs, ce sont les proc^d^s employes par rAutriche-Hongrie pour abuser TEurope sur cette prise de possession qui n*etait en r^alite qu^une annexion, une annexion d'autant plus abominable qu*elle etait faite avec Tapprobation des nations soi-disant civilis^es.

II s^agissait d'organiser cette conqu^te, d'en faire une province autrichienne et d'abuser TEurope par un ensemble de r^formes, de nature k frapper les yeux inexp^rimentes. L'homme auquel fuieonfiee oette t^che etait un Magyar pur sang, M.Benjamin Kallay de Nagy-Kallo (1839-1903).

n s'etait de bonne heure appliqu^ a T^tude da

1. La Lutte seculaire des Germains et des Slaves. (Paris, MaisonneuTe, 1916.)

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probl&me oriental et de ses ^l^ments slaves ; il avait Toyag6 en Russie^ en Roumanie, dans la p^ninsule balkanique. A T&ge de trente ans, il fut nomm^ consul gdn^ral d'Autrichue-Hongrie k Belgrade. C6lait un poste d'observation de premier ordre et un admirable centre d^espionnage. Sa merveilleuse connaissance de la langue serbe, sa courtoisie luiassuraient Facets de tons les milieux. II occupait ses loisirs k ^crire une histoire de la Serbie qui fut publico en langue magyare, en 1877, et fut non seulement tra^duite en allemand, mais m^me en langue serbe. 11 quitta la Serbie en 1875.

Quand TAutriche occupa la Bosnie-Herz6govine, en 1878. elle eut naturellement recours k ses lumi^res et lui confia un portefeuille. Dans cette situation, Kallay s'occupa surtout des int^r^ts de sa patrie, la Hongrie; il rattacha Budapest k TAdriatique par Saraievo, en n^gligeant les voies les plus courtes entre Vienne et la mer. II s'eflForga de se concilier particuli^rement les musulmans et ferma de fagon vigoureuse la fronti^re du c6t6 de la Serbie vers laquelle tendaient les aspirations des intellectuels et des patriotes. 11 poussa tellement loin la censure, qu'il interdit sa propre « Histoire de la Serbie » dans le pays qu'il s'agissait de d^nationaliser. La langue des deux provinces, comme je Tai expliqu6 plus haut, c'est le serbo-croate, autrement dit le serbe, pour ceux qui pratiquent la religion orthodoxe et Talphabet cyrillique, k pen pr^s identique k Talphabet russe, le croate, pour ceux qui pratiquent la religion catholique et Talphabet latin.

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Kallay essaya de substituer^ ce nom subversif le Dom de langue bosniaque ou encore tout simplemeat, langue du pays (Landssprache). Mais eir cela il n'a gu^re r^ussi qu'& se rendre ridicule.

Son r6ve 6tait de faire 16gitimer Tannexion autrichienne par ropinion de I'Europe civilis^e. II aurait m6me voulu faire de sa province un but . d'excursion pour les touristes curieux de jolis costumes et de beaux paysages, et voici ce qu'il imagina. II avail engage k son service un Suisse nomm6 M.., qui avail beaucoup voyag6 el qui ne manquail pas d'un certain bagout. II en fit son agent el le chargea d'aller en Europe, recruter des touristes naifs qui ne manqueraient pas de faire une s^rieuse reclame a I'occupalion auslro-hongroise et a son habile repr6sentant. Un joiir je vis d6barquer chez moi, le sieur... Je connaissais un de sesouvrages relatif ^ TAsie centrale. JeFinterrogeai sur ses voyages. « J*airenonc6 lout k fait k TAsie pour le moment, me ditil. Je me suis fix6 dans une region qui m'int^resse prodigieusement, c'est la Bosnie-Herz6govine. Ah ! Monsieur, quel beau pays I Si vous saviez tout ce que les Autrichiens ont fait pour sa transformalion. J'en causais Tautre jour avec M. de Kallay, qui dirige avec tanl de sagesse radminislration des nouvelles provinces. Quel malheur, me disait-il, que les Europ^ens connaissent si peu le bien que nous faisons ici. Ah 1 si un homme comme M. Louis Leger voulail nous faire Tamiti^ de venir nous visiter, comme je serais heureux de lui faire les honneurs de nos provinces, de lui

faire apiM*^cier lea progr^s que nous avoiis r^alis^s! — Monsieur, r^pondis-je, froidement, ai j'avais rintention dialler k Saraievo, comme je 8uis ali6 k Belgrade et k Agram, a Sofia, je ne suis pas sur quip, m^me avec un passepart, on me laisserait entrer. En tout cas, une fois entr6, je suis certain qu'un certain nombre d'espions seraient imm^diatement attaches a mes trousses et qu'on imaginerait toutes les roueries possibles pour me faire partir, comme ont fait nagn^re les Magyars quand j'6tais it Diakovo, chez Monseigneur Strossmayer. Si c'est une invitation que vous m^apportez de la part de M. de Kallay, veuillez Ini faire savoir que j'ai le regret de la d6cliner. »

M. M... se le tint pour dit et n'insista pas. 11 fut plus heureux aupr^s de quelques-uns de mes compatriotes dont je ne veux pas rappeler ici les noms et qui doivent bien regretter leur imprudence.' 11 trouva un complice bien innocent, je crois, dans la personne de I'excellent Louis OliTier, docteur 6s sciences, directeur d'un recueii fort estim^, La Revue generale des sciences pures et appliquees.

Depuis quelques ann6es, M. Olivier organisait des voyages collectifs fort gout^. II louait un navire au Havre ou a Marseille et emmenait on public d'^lite dans les pays scandinaves,en Russie, en Gr^ce, dans la MMiterran^e. Des ^pdcialistes leur faisaient des conf6rences en cours de route, sur les pays visit^s. La proposition de M. M... devait d'autant plus le s^duire qu'eiie donnait Toccasion d'une jolie excursion maritime, smjr les

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cdteft deritalie, de la Dalmatie et d'un voyage inUressant dans un pays pittoresque et consid6r6 jii9qu'alors comme peu acees&ibie. Des arri^^repens6es politiques de M. de Kallay, M. Olivier, docteur bs sciences, n'avait je crois aucune id6e, et rien ne pouvait lui faire deviner qu'il s'associait k une oeuvre n^faste. II 6tait dans la situatioo morale de ces p^lerins slaves-, dont j'ai cont6 plus hantrhistoire, qui entrq)rirent en 1867 le voyage de Moscon, sans se douter des questions angoissantes que soul^verait n^cessairement le probl^me polonais, M. Olivier ^tait avant tout un entreprenemr de voyages int6ressants et instructifs. Celuiqu'on lui offrait r^unissait a coup siir, les deux qualit^s. II aceepta et r6unit autour de lui quelques intellectuels '])lus ou moins capables de comprendre Toeuvre "de M. de Kallay et de Texpliquer a nos compatriotes.

II a public les travaux que lui a inspires ce voyage dans un num6ro special de sa Revue qui porte ce titre modeste : La Revue generale des Sciences en Bosnie-Herze'govine. .Le num^ro qui porte la date du 30 mars 190O comprend une introduction generale par les directeurs; des travaux de divers savants sur la nature physique en Bosnie et en Herz^govine; Thistoire et les monuments en Bosnie- Herz^go vine ; la langue et la littArature en Bosnie-Herz^govine; une 6tude sur les races, religions, nationalit^s en Bosnie-Herz^govme; une note sur Tadministration actoelle de ces provinces, et un deuxi^me travail de M. Olivier, sur la science en Bosnie-Herz^govine. L'ensemble

de ces travaux pourrait 6tre instructif s'ils ^taieni le r6sultat d'une enqu^te vraiment s^rieuse et d^sint^ress^e. Malheureusement, au point de vue de ce qui nous occupe, les auteurs n'ont vu que ce qu'on leur a fait voir et n'ont dit que ce qu'on leur a laisse dire. Us n'ont ei€ en rapports qu'avec ie personnel officiel, gouvernemental. L*acc6s des indigenes leur a et6 rigoureusement interdit et, d'ailleurs, aucun d'entre eux n'eut 6t6 capable de tenir une conversation sans I'aide d'un interpr^te qui eut et^ n^cessairement un espion. L'ouvrage, comme le dit naivement M. Olivier, est un hommage rendu a la grandeur de Toeuvre deM.de Kallay, qui a ouvert a la Bosnie- Herz^govine le chemin de la civilisation (p, 287). Je note, a la page 290 de ce travail, un curieux aveu : « Dans les ^coles ou se presseht c6te a c6te et de jour en jour plus nombreux: Croates, Serbes et Turcs, le serbo-croate lu par tons les ^l^ves, sous ses deux formes 6crites, prend Timporlance d'un idiome national : il devient r^ellement la langue bosniaque, comme la qualifie le Gouvernement, qui s'efforce de multiplier les liens entre tons les enfants du pays en vue de faire d'eux, s*il se pent, un seul peuple, le peuple bosniaque ».

Dans cet aveu d6pouill6 d' artifice, Tinnocent docteur ^s sciences ne se doute pas qu'il dresse contre \e Gouvernement de M. de Kallay la plus formidable accusation.

Ecoutez, d'ailleurs, cet autre aveu non moins naif :

« A peine ddbarqu^s a Metkovic, nous re^iimes

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du Gouvernement le plus obligeant accu^il ; et pendant toute la dur^e de notre s^jour, TAdministration , inform^e de nos desseins, s'employa de toute manifere k faciliter nos etudes. Non seulement elle mit k notre disposition son palais d*Ilidze et, dans les campagnes, ses stations de gendarmerie, mais en outre, elle eut ramabilit^ de pourvoir tous les repr^sentants de La Revue ginerale des Sciences, d'interpr^tes autoris^s qui les mirent en contact avec la population, les conduisirent visiter les exploitations rurales, les for^ts, les fabriques, leur montr^rent les constructions et la machinerie de TEtat, leur m^nag^rent Tacc^s des mbsqu^es, des ecoles, des pr6toir.es et des h6pitaux. » Pour bien vous rendre compte des choses, imaginez urie caravane d'Espagnols visitant FAlsace-Lorraine sous la conduite de guides et d'interpr^tes prussiens et rendant compte ensuite de leurs impressions 1

Je ne crois pas que Leroy-Beaulieu, qui faisait partie du voyage^ ait public h part son 6tude sur Les raceSf la religion, la nationalite en Bosnie- Herzegovine. U a bien senti lui-m6me qu'il n'avait pas pu faire une enqu^te aussi impartiale que celles qu'il avait nagu^re entreprises en Russie. \

II y a eu un mouvement (i'etonnement en Europe et de vivos protestations k Constantinople, lorsque le gouvernement de Vienne a introduit dans les deux provinces le service militaire — clause non pr^vue par le traits de Berlin. Notre regrett^ confrere est tent^ d'expliquer cette mesure par des

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considerations esth^Uques. Aprds avoir exalte le physique superbe des indigenes, il s-^crie : « On comprend que rAutricbe-Hongrie ait tenu k lever quelques batailtons parmi ces hommes d'aspecl si martial. Entre toutes les troupes de TAutriche, il n'en est pas d'aspect plus m41e et de plus guerrifere tournure que les regiments bosniaques od servent c6te a cdte Chretiens et musulmans >»•

Leroy-Beaulieu ne s'e^t entretenu avec les indi-^ gfenes que par Tinterm^diaire d'interpr^tes officieux et il y a des questions que naturellement il n'a pas pu leur poser. Quelles 6taient leurs aspirations au moment de leur insurrection ? Que pensent-il§ de la decision de TEurope qui avail dispose d'eux sans les consulter, et du regime actuel ? II faut savoir lire entre les lignes pour decouvrir des aveux comme celui-ci qui ^chappe k Fapologiste, plus ou moins involontaire, de M. de Kallay.

« Cedant au penchant habituel de TEtat moderne et peut-etre aussi d de secretes defiances (c'est moi qui souligne), le gouvernement de la Bosnie a voulu s'ing^rer dans la gestion des communes serhes ortho^ doxes, S'il ad'habitude respects leurs ^coles, s*il a sourent meme laiss^ aux paroisses le droit de les confirmer, il n'a pas voulu que les instituteurs^ chefs d'une sorte d'6cole libre, pussent rester en fonctions sans son assentiment. »

Leroy-Beaulieu a visite des cercles, bibliotheques, des lieux de reunions serbes et il note ce detail :

« A c6te des portraits de Tempereur Francois-

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Joseph et de la d^funte imp^ratrice*, on y voit d'habitudeceux du jeune roi deSerbie et du prince de Montenegro. De semblables images, surtout le portrait du prince de Montenegro, po^te et soldat, se rencontrent souvent en Dalmatie, chez des Croates catholiques, qu*on ne saurait suspecter de tendances s^paratistes^. N^anmoins on serai t etonn^ si le gouvernement de Bosnie ne soumettait pas ces Societes serbes k la surveillance de sa police. II veut s'assurer que, sous pr^texte de litt^rature et de culture nationale, ces cercles ne fassent pas d'agitation politique et ne servent pas de foyer i^ la propagande des partisans de la Grande-Serbie. » Que pensaient les indigenes de cette Grande- Serbie ?C*est 1^ une question que nos compatriotes n'ont pas os^ leur poser et qui pourtant eut merits quelques meditations. On s'imagine difficiiement une enquete serieuse sur la Bosnie-Herzegovinexjui n*eut pas debute par cette question.

1. La presence de ces portraits est obligatoire. Notez bien ceci. CeUe des deux autres ne Test pas. Gette question du portrait du souverain joue un grand r6Ie dans les Etats monarchiques. Ainsi parmi les condamnes h mort du recent proems de Banialouka figure un certain Miloutin lovanovitcby coupable d*avoir avec d'autres membres du Comit^ de la Soci6t6 de lecture h Zepce, en 1914, publiquement enlev6 I'efftgie de TEmpereur de la salle de lecture et de I'avoir transport^ dans Tancienne cuisine, actuellement cabinet de •d^barras. Oet acte constitue tout simplement le crime de !^se-majest^.

2. Si Leroy-Beaulieu vivait aujourd'hui, j'imagine qu'il ti^idrait un autre langage. II suffit de consulter la liste du comite jougorslaye ou figurent des membres de tous les pays sud-slaves gouvern^s par I'Autrkhe, notamment de la Dalmatie et de la Croatie.

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La consigne 6tait d'etre optimiste : quieta non movere. A la fin de son ^tude, Leroy-Beaulieu avone bien que la situation est singuli^re et 11 ajoute ces paroles qui ont aujourd'hui un ironique et douloureux int6r6l d'actualit^ :

« Quelques-uns annoncent que TAutriche-Hongrie sera bient6t conduite a mettre fin k I'occupation en proclamant Tannexion. II en est qui appellent d^k la Bosnie la Nouvelle-Autriche. Ce que fera le gouvernement autrichien, il ne nous appartient pas de le decider ; nous ne serious pas surpris qu*il n'en sAt rien lui-m6me ; mais pour TAutriche comme pour la Bosnie, Tannexion nous paraitrait presenter plus d'inconv^nients que d^avantages. Annexerles provinces en dehors d'une entente formelle ayec les puissances signataires du trait6 de Berlin, ce serait violer, manifestement, la convention Internationale sur laquelle repose le droit de TAutriche ^gouverner ce pays *. Or, pareilie violation des trait^s risquerait fort d'amener en Orient ou en Europe, des demandes de compensation et par suite des complications diplomatiques que TAotriche n'a aucun int6r6t a provoquer... s « Pour toutes ces raisons, concluait en 1900 Anatole Leroy-Beaulieu, 11 nous semble douteux que TAutriche precede, au moins prochainement, k une annexion.

« N'y aurait-il, entreelle etles autres puissances,

1. Comme si TAutriche s*etait jamais g^n^e pour violer n*importe quelle convention conclue avec n'importe qui 1 EUe aussi pratique la politique des chiffons de papier,

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entre elle et la Russie notamment, aucun engagement de ne point porter atteinte au statu quo des Balkans, le gouvernement autrichien nous semble trop prudent pour oublier le quieta non movere ! »

Telles ^talent en mars 1900 les conclusions de I'excellent Anatole Leroy-Beaulieu, conclusions ^labor6es dans le cabinet du gouverneur civil de la Bosnie-Herz^govine. Huit ans apres, le gouvernement austro-hongrois lui donnait un cruel dementi en annexant purement et simpiement les deux provinces. L'acte porte la date du 8 octobre 1908. Dans une lettre datee du 7 octobre et adress^eau ministre des Affaires 6trang6res, comte d'iErenthal, Tempereur declare que dans Tint^r^t de la civilisation et de la politique, poiir assurer les r^sullats d6j4 oblenua par Toccupation temporaire, 11 6tend sa souverainet6 sur les deux provinces. Pour calmer l^s susceptibilit^s turques, il retire ses troupes du Sandjak de Novi-Bazar. Dans une lettre adress6e au successeur de M. de Kallay, qui ^tait alors le. baron Burian, Us declare que ses sujets de Bosnie-Herz^govine jouiront d^sormais des m^mes droits que ceux de la monarchie !

Le tableau idyllique trac6 par les collaborateurs de la Revue generate* des Sciences nYtaifpas tout k fait d'?iccord avec la r^alit6. Beaucoup d'orthodoxes.avaient ^migr^ en Serbie et de musuimans en Turquie, Voici ce que je lis dans une publication ^dit^e k Prague — en langue tch^que — au cours de Tann^e 1909 : « Le syst^me absolutiste et bureaucratique de Kallay, combing avec une crise ^conomique, avait provoqu^ dans la popula-

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tioD UD profond m6coDtentement. Les orthodoxes ei les musulmans travaillaieDt a ^manciper leors ^oles €t ieurs institutions religieuses de la tutelle de TEtat et adress^rent de nombreuses reclamations k I'Empereur et aux delegations^. De ces reclamations, bien entendu, Vienne et Budapest tenaientpeu de compte. Sous la domination turque, les Serbes avaient reussi a creer un c6liege a Saraievo. II fut ferme, tandis que les Jesuites en creaient un a Travnik, qui fut dote d*une subvention de 80.000 couronnes. Aprfes septans de lutte, repiscopat orthodoxy, autrement dit serbe, n*obtenait que 36.000 couronnes pour les jeunes gens qui se destinaient au sa.cerdoce. L'enseignement de Tallemand fut rendu obligatoire dans toutes les ecoles et Tacces des emplois publics fut uniquement reserve a ceux qui possedaient cette langue ^ »

Del878 a 1906, legouvernementouvrit 251 ecoles primaires et 256 casernes pour loger 2. 442 gendarmes. En 1906, le budget de Tlnstruction pubiique comportait 575.790 couronnes - contre 3.753.189 couronnes destinees a la gendarmerie. De tons ces chiffres, I'enquete ouverte en Thonneur de M. de Kallay ne dit pas un moti

En 1894, quelques communautes paroissiales et scolaires serbes demanderent au gouvernement la permission d'organiser par Ieurs propres moyens rinstruction de Ieurs paroissiens. Cette requete fut taxee de provocation a la rebellion. Malgre

i. Encyclopedic tcheque dOUo^ Supplement, Prague, 1909.

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tout, le mouTement persista. En vcie de Tannexion qui se pr^parait, on roulelit gagner les sympathies des Serbes. C'est ainsi qu*en 1902, un groupe d'inteAectuels serbes oblint la permission de fonder la soci6t6 appel6e Prosveta (La Culture), dont la t&che principale serait d'aider les 6tudiants serbes de Bosnie-Herz^govine dans leurs etudes. En <lixans, cette soci^t^ devint la plus puissante organisation du pays. Ella 6largissait son rayonnement, elle donnait des subsides aux 4coles primaires, organisait des cours pour les illeltr^s, qui foi*ment en Bosilie 90 0/0 de la population, installait des cuisines populaires, publiait des livres. Son oeuvre fnt facilit^e par nn legs g6n6reux de miss Irby*. Cette prosp^rit6 de la Prosveta ^tait mal vue par le gouvernement et par les J^suites^.

En 1914, a la suite de Tattentat de Saraievo, la populace, k Tinstigation de la police, d^molit les bureaux de la Soci^t^, livra aux flammes son mobiher. La plupart de ses membres furent impliqu^s dans des proems scandaleux. L'annexion avait produit une sensation profonde dans toutes les regions int^ress^es, d'abord en Turquie, puis en Serbie et au Mont^n^gro. A Belgrade, le parti avance qui avait k sa t^te le prince h^ritier, voulait purement et simplement declarer la guerre k TAutriche. La Russie, la France, TAngleterre soutinrent mollement les reclamations serbes. L'Allemagne, naturellement,

1. Miss Irby avait vojag^ dans la P^ninsule balkanique et public en 18^7 un livre tr^s remarquable sur les provinces slaves de la Turquie d'Europe.

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