‹ Le panslavisme et l'intérêt francçaisChapitre 14 sur 56 · Ces étymologies sont de puro fantaisie · texte numérisé non relu

Ces étymologies sont de puro fantaisie

Au xvii' siècle il se trouva un jésuite patriote — infidèle à l'esprit de son ordre — pour plaider en Bohême la cause de la langue nationale menacée. Bohuslav Balbin (1622-1688) écrivit une Dissertalio apologetica pro lingua slavonica, prœcipue bohemica qui ne fut publiée qu'un siècle après sa mort, en 1775 :

« La langue slave, disait Balbin, est aujourd'hui la plus répandue de toutes celles qui existent. Elle s'étend de la mer Adriatique jusqu'à l'océan Glacial, elle est parlée en Istrie, en Dalmatie, en Croatie, en Hongrie, en Bosnie, en Bohême, en Moravie, en Silésie, en Lusace, chez les Polonais, les Rulhènes, dans une partie de la Prusse, chez les Russes et les Moscovites (Notons en passant que les Ruthènes doivent être identifiés aux Moscovites à moins qu'il ne s'agisse du dialecte petit-russe) dont l'empire est immense. Il n'y a dans le monde entier aucune autre langue avec laquelle on puisse, en changeant seulement de dialecte, parler à tant de peuples et de nations. »

Au xvi° siècle un prêtre de la secte des frères Bohèmes, Jean Blahoslav, avait écrit une grammaire qui, rédigée en 1571 , n'a été publiée que trois siècles plus tard, en 1867. Il énumère les différents dialectes du slave, le tchèque, le polonais, le russe, le moscovite et il se demande quel est — au point de vue esthétique — le premier de ces dialectes :

« C'est, répond-il, sur quoi il est inutile de disputer, car de telles choses sont pleines d'incertitudes et d'erreurs. Qui pourrait faire une réponse juste et acceptable également pour tous?

l'idée panslave chez les poètes 47

« îl me paraît utile, dit-il plus loin, quand on sait un do ces dialectes d'apprendre les autres.

« Par exemple un Tchèque qui entend les autres dialectes comprendra bien mieux les origines, les mutations, les dérivations des mots. » Ce sont là des observations très justes, mais dont l'application est plus difficile qu'on n'imagine.

Nous retrouvons les mêmes idées chez un écrivain Polonais, Lucas Gornicki (1527-1603) qui, en 1566, fit paraître à Cracovie un ouvrage intitulé le Courtisan polonais. C'est une adaptation du célèbre ouvrage italien de Casliglione, // cortegiano. îl fournit de curieux détails sur les mœurs et la vie polonaise au xvi» siècle. L'auteur suppose un dialogue entre quelques gentilshommes de ses compatriotes. «Messeigneurs, il faut, ditl'un d'eux, que vous sachiez que notre langue n'est pas ancienne par elle-même; mais qu'elle est née, il y a peu de temps, du slave.

« Toutes ces langues, le polonais, le tchèque, le russe et le croate, le bosniaque, le serbe i le bulgare ctbien d'autres d'abordqu'unen'étaientseulclanguc slave, de même qu'il n'y avait qu'un seul peuple slave. Ainsi donc, quand un gentilhomme ne trouve pas de mot polonais, il fera bien d'emprunter à la langue tchèque plutôt qu'à toute autre, car cette langue est considérée chez nous comme la plus achevée. Mais si le mot tchèque est trop difficile et que le russe, le croate ou le serbe 2 soit plus

1. Le croate, le bosniaque <t le serbe ne forment on réalité qu'une seule et luCnie langue. V. plus haulcliap. I".

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