‹ Le panslavisme et l'intérêt francçaisChapitre 15 sur 56 · Même observation · texte numérisé non relu

Même observation

facile à comprendre pour un Polonais, il faudrait l'emprunter sans hésitation. »

Ph'it à Dieu que les Polonais eussent écouté ces sages conseils! Ils n'auraient pas défiguré leur belle langue par une infinité de germanismes et de vocables douteux qu'il est aujourd'hui bien difficile d'extirper. S'ils recouvrent jamais leur indépendance-politique ils feront bien d'écheniller un peu leur idiome que les influences teutonnes ont terriblement corrompu.

Nous trouvons un témoignage analogue aux précédents chez le Slovène Bohoricz, partisan passionné de la réforme luthérienne et par suite de la langue nationale. Il fit paraître, en 1584, à Wittenberg une grammaire rédigée en latin qui était à sa façon une sorte de grammaire comparée unde,' dit le titre qui est fort long, Moskoviticss, Rutenicœ, Polonicx, Boemicie et Lusaiicse Lingux cum Dalmatica et Croalica cognatio facile deprehenditur. Bohoricz imagine une langue ruthène et une langue moscovite, une langue dalmate efune croate. J'ai déjà signalé ces erreurs chez d'autres écrivains. Ce qu'il y a de plus intéressant dans son ouvrage, ce sont les idées sur l'unité et la diffusion de la langue slave.

On lit dans la préface : « Sous le nom de S»laves je n'entends pas un peuple caché dans quelque recoin de la terre, et renfermé dans des limites étroites, mais j'appelle slaves tous les pays de tous les peuples où l'on parle slave, où l'on manifeste quelque connaissance de la langue slave {slavicse linguse).

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Or la langue slave est répandue par la plus grande partie du monde, sinon par le monde entier... A la cour du Sultan les janissaires parlent notre langue et écrivent dans notre al[)habet cyrillique (il s'agit des janissaires d'origine bulgare et serbes qui étaient en elïet assez nombreux). Notre langue est tellement répandue dans l'empire ottoman qu'elle efface presque celle des Turcs cu.v mémeti.

Au nord, sous le pôle même, habitent les Moscovites (Bohoricz écrit les Mosliovites, et comme beaucoup de ses compatriotes il fait venir ce nom du mot Slovène mosh homme, ce qui est d'ailleurs une étymologie absurde).

Après les Moscovites, il mentionne les Ruthènes et tous les peuples que Ptolémée groupe autour du golfe Vénétique septentrional et il énuraère avec complaisance les Lithuaniens (qui ne sont pas des Slaves) les Polonais, les Tchèques, les Lusacieus, les Wcndes, les Serbes, les Bulgares. « Tous ces peuples, dit-il, sont slaves et parlent slave. » Peut-être, ajoute-t-il, prétendra-t-on à cause de quelques différences de prononciation ou d'écriture que ces peuples ne sont pas homoglottes * ou qu'ils ne sont pas tous slaves. C'est comme si l'on i)r6lendait que les Souabes, les Misniens, les Saxons, les Flamands ne sont pas tous germains. Nous les reconnaissons pour germains, nous leurs adjugeons une patrie commune à cause do la communauté de la langue. Pouniuoi agir autrement vis-à-vis des Slaves? Il y a certainument

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