‹ Le panslavisme et l'intérêt francçaisChapitre 2 sur 56 · La Race slave, p · texte numérisé non relu

La Race slave, p

COUP d'cfil sl'r l'ensemble des peuples slaves 11

soit en chiffre ronds 5 millions. Ce n'est pas exagérer que d'évaluer h 700 mille l'accroissement du peuple bulgare depuis cette époque, ce qui nous donnerait un total de 5.700.000.

Les Slaves balkaniques, disait un empereur byzantin, sont des peuples anarchiques et qui se détestent les uns les autres (ethna anarkhika kai misalléla). Le mot est toujours vrai. Notons en passant que cette définition est d'ailleurs justifiée par l'histoire ou le folklore de tous les pays slaves. Comment débute l'histoire de la Russie? Il y a làbas, dans les régions du lac Ladoga et du Ilaut- Volga, des tribus slaves et finnoises qui passent leur temps en guerres et en querelles, w Un jour ils se dirent ; Cherchons un prince qui règne sur nous et nous juge suivant le droit. Et ils allèrent au delà de la mer chez les Varègues qui s'appellent Russes et ils leur dirent : Notre pays est grand et riche, mais il n'y a point d'ordre parmi nous, venez donc nous régir et nous gouverner * ».

On sait quelle était l'anarchie polonaise. Or, que disait un proverbe national polonais? La Pologne se maintient par l'anarchie. Et l'histoire primitive des Tchèques nous raconte au ix* siècle, l'épisode du prince de la Grande-Moravie, Svatopluk présentant à ses 111s un faisceau do dards qui unis ne peuvent être brisés et qui le sont aisément quand on les sépare. L'histoire tout entière des Slaves n'est que celle des misères résultant de leurs instincts anariîhiques,

1. Chronique dite de Nestor, c^dillon française. (Paria, Leroux, 1884, p. 15.)

Je reviens aux Bulgares. Ils ont pris rang parmi nos ennemis et nous n'avons aucune raison d'avoir pour eux une tendresse particulière. Mais le devoir des savants est avant tout de rechercher et de proclamer la vérité.

Les Bulgares se sont alliés aux Allemands et aux Auslro -Hongrois dans l'idée de se venger des Serbes. Or, quel était le point de départ du conflit? la question de la Macédoine. En laissant de côté les passions actuelles (La passion, a dit Montesquieu, fait sentir et jamais voir), examinons cette question au point de vue purement scientifique.

Voici ce que j'écrivais vers 1888 dans la Grande Encyclopédie, à une époque où l'on était loin de prévoir que le conflit franco-allemand aurait sa répercussion dans la Péninsule balkanique :

« La Macédoine, disais-je, malgré les affirmations contraires des Grecs et des Serbes, est à peu près entièrement peuplée de Bulgares. Les prétentions des Grecs et des Serbes ne sauraient prévaloir contre les constatations précises des ethnographes indépendants tels que Lejean, Kiepert, Rittich, Grigorovitch, Hilferding, Mackenzie. En réalité, le mont Char (Char Dagh) indique la limite des nationalités bulgare et serbe... Les Slaves macédoniens se considèrent comme Bulgares et parlent un dialecte bulgare.

Ce n'est qu'après le traité de Berlin, lorsque la Serbie s'est vu définitivement enlever la Bosnie et l'Herzégovine que certains de ses hommes d'État ont eu l'idée de chercher une compensation du

COUP d'œil sur l'ensemble des peuples slaves 13

côté de la Macédoine et de supposer des Serbes dans des pays peuplés de Bulgares. »

Voilà ce qu'écrivait en 1888, un savant français très slavophile, parfaitement impartial et désireux devoir s'établir sur les débris de l'empire ottoman une confédération balkanique.

Les lecteurs désireux de connaître tous les détails de la question qui nous occupe devront se référer au volume de M. Niederlé (pp. 211 et suivantes). Voici ce que ce savant écrivait dans l'édition tchèque publiée en 1909. (La première édition française est de 1911, la seconde de 1916) :

« Il est hors de doute que la partie la plus considérable du peuple de Macédoine se sent et se proclame bulgare, qu'elle se rattache à l'Église bulgare autocéphale dont le chef est l'exarque.. Dans son ensemble et par certains détails, la langue se rapproche beaucoup plus du bulgare que du serbe. La solution naturelle, concluait M. Niederlé en 1909, est celle qui adjugerait la Vieille-Serbie aux Serbes et la Macédoine aux Bulgares. Les relations des deux peuples se trouveraient ainsi réglées et leur développement national assuré. »

Quelles que soient actuellement les erreurs de la politique bulgare, menée par un prince étranger, il ne faut pas désespérer de les voir un jour réparées et de voir la Bulgarie rentrer dans le giron du monde slave régénéré.

Quand l'ardeur de la lutte sera refroidie, quand une paix honorable aura rendu aux parties lo sécurité qui leur manque aujourd'hui, les enneraia

14 LB PANSLAVISMB

d'hier feront bien de méditer les vers du grand poète panslavc, du Slovaque Kollar. « Slaves, peuple à l'esprit anarchique , qui vivez dans la lutte et les déchirements, allez demander des leçons d'union aux charbons ardents.

« Tant qu'ils sont groupés dans un unique monceau, ils brûlent et chauffent; mais le charbon s'éteint solitaire quand il est séparé de son compagnon. Faites cette joie à votre mère la Slavie, Russes, Serbes, Tchèques, Polonais, \i\ùi en bon accord.

« Alors, ni la guerre mangeuse d'hommes, ni les perfides ennemis ne pourront vous entamer, et votre peuple sera bientôt le premier du monde. »

Kollar ne nomme pas les Bulgares dans ce sonnet écrit vers 1880. Ils n'étaient pas encore ressuscites. Mais les perfides ennemis du monde slave existent toujours ; ils exploitent leurs divisions et les Bulgares regretteront quelque jour de s'être liés à eux.

Les Tchèques et les Slovaques

Le nom des Tchèques, longtemps ignoré chez nous, commence à être plus connu depuis que le gouvernement français, reconnaissant leur nationalité et rendant justice à leurs sentiments, les a, ainsi que les Polonais, exemptés des mesures de précautions qu'il a prises vis-à-vis des autres sujets austro-hongrois. Non seulement ils ont été autorisés à résider librement en France, mais encore

COUP d'oeil sur l'ensemble des peuples slaves 15

un grand nombre d'entre eux ont été admis à servir dans l'armée française.

Les Tclièques sont les habitants slaves du royaume de Bohême, des provinces de Moravie et de Silésie, où malheureusement ils sont en contact avec environ deux millions d'immigrés allemands. Les Slovaques sont le prolongement de la nation tchèque dans le nord-ouest de la Hongrie où ils sont indignement exploités et opprimés par les Magyars, lesquels eux sont de race et de^langue ouraloaltaïque. « Établie à la ligne de partage des eaux du nord et du sud, protégée par des murailles naturelles, sans les fautes de ses princes, cette nation occuperait aujourd'hui dans le monde slave une autre situation que celle qui lui appartient » (Niederlé.)

Les princes slaves du xii'^ et du xui* siècle ont eu le très grand tort d'appeler des Allemands pour défricher les forêts de l'ouest et du nord-ouest. Or, une fois établis dans un pays, les Teutons ne songent qu'à croître et multiplier, à ne point s'en aller et à dominer la nation qui a fait la sottise de les a[)peler. C'est à eux plus qu'à tout autre peuple que Ion peut appliquer le mot du poète :

Laissez-leur prendre un pied chez vous; lis en auront bientôt pris quatre.

Une réaction en faveur de l'élément slave se l)roduisit au XIV" siècle sous la règne do l'empereurroi Charles IV et de son fils Vacslav (Wenceslas). Ce fut Charles IV qui, en sa qualiti; d'empereur, prescrivait dans sa Uulle d'Or l'élude do la langue

slave aux héritiers du roi de Bohême, du comte palatin du Rhin et du margrave de Brandebourg. « II est juste, disait-il, que les princes électeurs qui sont les colonnes de l'empire aient la connaissance de plusieurs idiomes, leur devoir étant de soulager l'empereur en ses plus importantes affaires. » Donc il ordonnait que les princes en question « qui doivent savoir l'allemand pour l'avoir appris dès l'enfance, apprennent à partir de sept ans les langues latine, italienne et slave, de façon à les posséder à l'âge de quatorze ans. »

D'autre part, il se plaisait à rappeler au tsar des Serbes Etienne Douchan les liens de sympathie que créait entre eux l'usage commun de la langue slave : ejitsdem nobilis slavici idiomatis participation, ejusdem generosx lingux sublimitas ^ . Ce n'est pas précisément le langage que le roi de Bohème François-Joseph a tenu au roi Pierre de Serbie.

La période du hussitisme n'est pas seulement une période de réforme religieuse, mais de luttes héroïques pour la défense de la langue et de la nationalité slaves. Puis survient une période de réaction, une invasion du luthéranisme allemand, enfin l'ensemble de circonstances qui provoque l'insurrection contre la maison d'Autriche, laquelle aboutit à la bataille de la Montagne-Blanche (1620) et à l'assujettissement définitif de la nation tchèque. Beaucoup de familles quittent le pays et sont remplacées par des immigrés allemands. Il faut suivre

Page 1