Encyclopédie tchèque d'Otto, Supplément, Prague
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tout, le mouvement persista. En vue de l'annexion qui se préparait, on voulait gagner les sympathies (les Serbes. C'est ainsi qu'en 1U02, un groupe d'intellectuels serbes obtint la permission de fonder la société appelée Pvosvela (La Culture), dont la tâche principale serait d'aider les étudiants serbes de Bosnie-Herzégovine dans leurs éludes. En dix ans, celle société devint la plus puissante organisation du pays. Elle élargissait son rayonnement, elle donnait des subsides aux écoles primaires, organisait des cours pour les illettrés, qui formen^ en Hosnie 00 0 0 de la population, installait des Quisincs populaires, publiait des livres. Son œuvre lut facilitée par un legs généreux de miss Irbyi. Cette prospérité de la Prosveta était mal vue par le gouvernement et par les Jésuites^.
En 1914, à la suite de l'altenlat de Saraïevo, la populace, à l'insligation de la police, démolit les bureaux de la Société, livra aux llammes son mobilier. La plupart de ses membres furent impliqués dans des procès scandaleux. L'annexion avait produit une sensation profonde dans toutes les régions iulércssées, d'abord en Turquie, puis en Serbie et au Monténégro. A Belgrade, le parti avancé qui avait à sa tète le prince héritier, voulait purement et simplement déclarer la guerre à l'Autriche. La Russie, la France, l'Angleterre soutinrent mollement les réclamations serbes. L'Allemagne, naturellement,
1. Miss Irby avnil voyagi*! dans la Pf^ninsulc balkani(|iu' et puliiii': en IH<>7 nii livre tn-s reinarqual)lo Bur les provincoi slaves de la Turquie d'Kumpn.
%. Les ['eriixutions det Jouyo-Slavea, l'aria, 1918.
se rangea du côté de l'Autriche qui avait travaillé pour elle. La Serbie, mal secondée, fut obligée de déclarer solennellement qu'elle ne se sentait pas touchée par les changements opérés en Bosnie- Herzégovine, qu'elle renonçait à protester, qu'elle s'engageait à vivre en bonne amitié avec sa puissante voisine.
Ces protestations ne suffisaient pas à l'Autriche. Elle cherchait un prétexte pour se débarrasser définitivement d'une voisine importune.
On sait comment elle l'a trouvé. Ce qu'on savait moins, c'étaient les persécutions auxquelles ses sujets de Bosnie-Herzégovine, particulièrement les sujets serbes, autrement dits orthodoxes, avaient été exposés. Ces misères ont été racontées dans un petit volume intitulé : Les Persécutions des Jougo-Slaves. Procès politiques (1908-1916), Ce volume fait partie d'une série de publications éditées par le Comité jougo-slave dont je parlais tout à l'heure. Comme il n'est peut-être pas à la portée de tous mes lecteurs, j'en résumerai quelques parties.
Je dois d'abord présenter une réflexion. La situation des Serbes soumis à l'Autriche ofTre quelque analogie avec celle des Russes de Galicie qui ont bien souvent été accusés de Panslavisme, autrement dit de haute trahison. L'un des .arguments les plus ordinaires de l'accusation est celui-ci. On avait trouvé chez l'accusé un portrait de l'empereur de Russie, ou bien, ce qui est plus grave, un livre de prières imprimé soit à Kiev, soit à Moscou, renfermant les prières officielles pour l'em-
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pereur et la famille impériale russes. Donc, le propriétaire de ces objets suspects faisait des vœux pour que tout ou partie de la Galicie passât sous la domination russe. Pour mieux me faire comprejdre, je transporte la scène chez nous. Un habitant de Beauvais ou d'Arras a reçu des cartes postales ornées du portrait du roi Albert de Belgique ; il a rapporté de Tournai ou de Bruxelles un livre de messe renfermant les prières officielles pour les souverains belges. Donc, il souhaite l'annexion de tout ou partie de la France à la Belgique. Crime de haute trahison.
M Ahl Monsieur, ils n'ont pas la conscience pure», me disait en 1867 l'avocat Berlic de Brod, sur la Save, dans la Fronlière militaire, à l'époque où j'avais dû m'enfuir de chez M^"" Strossmayer pour échapper aux pièges de la police austro-hongroise.
Ces paroles sont toujours vraies quand il s'agit des rapports des Austro-Hongrois avec les Slaves, et, comme au fond les exploiteurs tyranniques, quand ils ont la force, ont toujours raison contre les exploités, ils peuvent presque accuser à coup sûr, ayant à peu près la certitude d'obtenir une condamnation. Il y a parfois des exceptions. Ainsi, très peu de temps avant la guerre, les gens de Vienne avaient machiné à Lwow (Lemberg) un grand procès c «nlre des Pclits-llusses accust's de liaute Irahisuu pour les motifs que j'ai signalés. Les jurés de Lwow eurent le courage et riutelliguiice d'acquitter lo.s accusés.
Le gouvernement austro-hongroi.s trouva chez
les Slaves méridionaux des juges plus dociles que chez les Galiciens. En Croatie, pendant longtemps, le régime auxquel est resté attaché le nom du ban, plus tard . ministre, Khuen Hedervary avait exploité les rivalités des Croates et des Serbes. Les deux groupes finirent par comprendre qu'on leur faisait jouer un métier de dupes, et en 1905, ils se coalisèrent à la diète de Zagreb et constituèrent un parti national auquel adhérèrent successivement les Serbo-Croates de la Dalmatie et les représentants des pays Slovènes. A cinq reprises différentes, le gouvernement recourut à la dissolution du Parlement croate. Mais la coalition sortit victorieuse des élections. A deux reprises, la constitution fut suspendue. Des troubles graves eurent lieu à Zagreb (Agram), à propos de l'apparition des armoiries hongroises que l'on prétendait substituer à celles du Royaume triunitaire (Croatie, Dalmatie, Slavonie). En 1908, à la suite de la dissolution de la diète croate, la coalition publia un manifeste où il était dit:
« La lutte actuellement engagée en Croatie est celle de deux principes : du principe constitutionnel et de l'absolutisme. La coalition estime que le conflit entre la Croatie et la Hongrie est celui de deux royaumes et de deux nations. C'est pourquoi les députés représentant la majorité absolue de la diète protestent contre une solution unilatérale et illégale dudit conflit. »
Or le royaume de Hongrie est partie intéressée, donc prévenue dans ce conflit. La coalition ne cédera pas. Par tous les moyens légaux et consti-
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tulioniiels elle continuera la lutte, une lutte implacable contre le gouvernement inconstitutionnel du baron Rauch (ce Rauch était le cligne fils et continuateur (le celui qui quarante ans auparavant avait exploité et opprimé la Croatie ^). Elle luttera également contre le gouvernement de Budapest tant que le royaume de Croatie n'aura pas obtenu sa liberté et son indépendance.
Les réclanj allons du parti furent soutenues au parlement hungrois par le député serbe Polit Desantchitch que nous avons déjà rencontré aux congrès de Prague et de Moscou.
Plus de trois cents étudiants durent quitter l'Université de Zagreb pour aller poursuivre leurs études à l'Université tchèque de Prague. Ceux-là, au sens où on l'entend à Budapest, sont évidemment devenus des Panslavistcs.
Pour Vienne et Budapest il s'agissait avant tout de briser la coalition serbo-croate qui semblait particulièrement dangereuse à l'époque où l'annexion de la Bosnie-Herzégovine inaugurait une phase nouvelle de la politique balkanique. Il s'agissait aussi de compromettre le gouvernement serbe et la dynastie des Karageorgevitch.
Vers la lin de juillet 1908 parut à Budapest une brochure en croate et en allemand intitulée Finale. L'auteur était un certain Georges Na.stitch. C'était un Serbe passé au service de l'Autriche et qui faisait partie de sa police secrète.
Il avait à diverses reprises joué àSaraïevo le rôle