‹ Le panslavisme et l'intérêt francçaisChapitre 8 sur 56 · LES POLONAIS ET LES RUSSES · texte numérisé non relu

LES POLONAIS ET LES RUSSES

Vunio7i politique et religieuse, de soumettre ou d'assiniiler des éléments russes et qui y réussissent en partie, ils s'étendent indéfiniment dans les régions du nord, de Test et du sud et ils assimilent de nombreuses populations allogènes. Ils finissent par occuper le littoral de la mer Noire, les régions du Caucase, les rives de l'océan Pacifique, enfin dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle les plateaux de l'Asie centrale.

Par suite du partage de la Pologne, un certain nombre de Russesqui lui étaient soumis sont échus à l'Autriche. Ces Russes, ainsi que quatre ou cinq cent mille de leurs congénères qui débordent sur la Hongrie, on les appelle parfois Ruthènes, parfois môme Rusniaks. Le terme est tout à fait impropre. L'ancienne collectivité, la tribu primitive s'aj)pelait Rous d'où un membre de cette collectivité s'est appelé nécessairement Rusin ou Jiousin. Sur ce mot Rusin on a fabriqué une forme latine Ruthenus, de même que sur le mot latin Prussia on a fabriqué une forme Pruthenia, Pruthenus. Plus tard, quand par suite de l'invasion tatare, le centre de l'Etat russe s'est trouvé transporté à Moscou on a formé sur le grec Rhos, un adjectif rossiiskiij formation pédante et sans base historique.

Des publicistes polonais profitant de l'ignorance, à peu près absolue du public occidental en matière slave ont essayé d'établir une distinction absolue entre les Russes de l'ouest naguère soumis à sa domination politique et à celle de l'Eglise romaine et les Moscovites. Cette distinction doit être

rejetée. Il y a des Grands-Russes et des Petits- Russes, comme il y a des Français de langue d'oc et de langue d'oïl, des gens qui parlent le hautallemand et le platt-deutsch, des Romains, des Piémontais, des Toscans, des Napolitains. Mais ces nuances dialectiques ne font aucun tort à l'unité du monde russe. Malgré la difficulté d'établir des statistiques exactes, Niederlé admettait les chiffres suivants pour l'année 1900.

Grands-Russes 59.000.000

Russes blancs 6.000.000

Petits-Russes 23.000.000

A ces chiffres, il ajoutait pour l'Autriche-Hongrie 3.800.000 Russes. Il notait d'ailleurs que les Petits-Russes sont tentés d'augmenter singulièrement leur nombre. Ainsi M. Netchoiii Levitsky donnait pour le monde entier un total de 37.206.000 Petits-Russes, dont 31.174.000 pour la Russie d'Europe. Je ne puis que renvoyer à l'édition française du livre de M. Niederlé pour les origines du conflit entre les deux grands représentants du peuple russe. Ce conflit, jadis les Polonais, aujourd'hui les Allemands ont essayé d'en profiter et de le porter à l'état aigu. Mais ils n'y ont pas réussi. Qu'il suffise de rappeler que les troupes cosaques, si redoutées de nos ennemis, appartiennent pour la plus grande partie à l'élément petitrusse. Nous conclurons, comme M. Niederlé par les paroles que Gogol qui était lui-même un Petit- Russe écrivait à propos du conflit des deux groupes : « Que les forces différentes des deux

Page 1