‹ Le panslavisme et l'intérêt francçaisChapitre 9 sur 56 · LES POLONAIS ET LES RUSSES · texte numérisé non relu

LES POLONAIS ET LES RUSSES

races se développent de telle sorte que, s'étant ensiiilo uniliées, elles produisent quelque chose d'achevé dans l'humanité. »

Ce qui constitue surtout l'unité des deux groupes grand et petit russe, c'est l'unité de culture primitive, l'unité d'alphabet, l'unité religieuse. Tous deux pratiquent la même liturgie et ont la même langue ecclésiastique, le slavon. Cette unité, les Polonais ont essayé de la rompre en imposant naguère l'union à un certain nombre de sujets du grand-duché de Lithuanie. Mais cette union soigneusement maintenue, encouragée, favorisée depuis les partages dans la Galicie par l'Autriche catholique, cette union n'a jamais été acceptée par la totalité de la population. Je ne citerai à ce sujet qu'un seul témoignage, c'est celui d'un prêtre français, l'abbé F. de S. qui au cours des années 1688-1G89 a visité la Petite-Russie *.

11 s'exprime ainsi : « Les Russiens qui font une belle province de ce royaume... sont la plupart schismaliques ;... leur liturgie est la langue russienne. »

Petits-Russes et Grands- Russes s'entendent d'ailleurs dans leur conception du slavisme. Ce fut un historien originaire de la Petite-Russie, Kostomarov qui en 1846 eut l'idée de créer à Kiev une société dite des Saints Cyrille et Méthode qui avait pour objet l'union politique des nations slaves et l'émancipation des divers groupes russes, notamment du groupe petit-russe. Elle avait un sceau

1. Publié à Paris, dans la cullnclion iiilitulée Bibliothèque russe et polonaise, librairie Franck, 18C8, p. 93.

sur lequel étaient gravées ces paroles : « Vous comprendrez la vérité et la vérité vous rendra libres». Chacun des membres portait une bague de fer avec sur le chaton les lettres K. M. (Kirill,Mefodii). Cette société songeait à convoquer un Congrès des Slaves. Pour la Russie de Nicolas I" ce projet était inexécutable. Il devait se réaliser deux ans après à Prague. Schevtchenko qui était le poète de la Petite-Russie, de même que Koslomarov en était l'historien, tournait ses regards vers cette ville de Prague qu'il ne devait jamais voir, exaltait l'œuvre de Schafarik et le martyr de Jean Hus.

Dans son épître à Schafarik, il exaltait le savant qui avait entrepris de réunir en une seule mer les fleuves slaves. Il priait Dieu pour que les Slaves devinssent de bons frères et fassent en état d'assurer au monde la liberté et la gloire.

Page 1