LE CORBEAU, LE SERPENT, ETC
sens, il regarda autour de lui, et ne fut pas peu surpris de voir son écrevisse tenant un corbeau serré par le cou entre ses bras. L’écrevisse lui raconta ce qui venait de se passer: le brahme croyait ne setre éveillé que d’un doux sommeil: de quel étonnement ne fut-il pas saisi quand il entendit ce récit! Cependant, dit-il à lecrevisse, puisque ce corbeau a rempli les conditions que tu as exigées de lui, il faut aussi de ton côté accomplir la promesse qua tu lui as faite de lui laisser la vie, et tu dois maintenant le lâcher.
Lecrevisse , qui voulait punir ce méchant comme il le méritait, mais qui craignait en même temps d’exécuter son dessein dans le voisinage du serpent, dit au brahme quelle le lâcherait lorsqu’ils seraient parvenus à quelque distance de l’endroit où ils étaient. Le brahme les mit tous deux dans son sac , les transporta à quelque distance et pressa de nouveau l’écrevisse de remplir sa promesse et de mettre le corbeau en liberté.
Insensé! répondit l’écrevisse, y a-t-il donc quelque foi à garder avec les méchans , et peuton se fier à leurs promesses? Ignores -tu que ce corbeau perfide a déjà causé la mort de plusieurs innocens, et que si je le lâche, comme tu , m’exhortes à le faire, il en fera mourir encore
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I'® brahme, le crocodile, ETC. 4g
un grand nombre d’autres? Apprends de moi ce que les gens de bien gagnent à obliger les méchans, et la récompense qui est due à ces derniers.
Cf flralpnc, le Crocoïnlr, l’Slrbrr , la ttofljf et le ïlrnarî».
Sur les bords du fleuve Youmna est situé un agrahra, connu sous le nom de Agny-Stala.
Dans cet agrahra vivait un brahme qui voulut faire le pèlerinage sacré au Gange. Astica, c’était le nom de ce brahme , disposa tout pour son voyage et se mit en route. Un jour, il vint à passer près d’une rivière dans laquelle il voulut faire ses ablutions ordinaires. Il ne fut pas plus tôt entré dans l’eau qu’un crocodile vint à lui et s’informa d’où il venait et où il allait: quand il sut que le brahme allait en pèlerinage à Cassy pour s y laver dans les eaux sacrées du Gange , il le supplia instamment de le prendre avec lui et de le transporter au bord de ce fleuve, où il espérait pouvoir vivre plus à son aise que dans le lieu où il était; cai cet endroit se trouvant souvent à sec dans le temps des
5o LE Bit A N ME , LE CROCODILE , L A It BR E ,
chaleurs, il se voyait alors exposé à des souffrances cruelles. Astica , touché de compassion , mit le crocodile dans son sac de voyage, le chargea sur ses épaules, et continua sa route.
Arrivé au bord du Gange , le brahmc ouvrit son sac, et montrant les eaux de ce fleuve au crocodile, lui dit qu’il pouvait y entrer; mais ce dernier représenta à son bienfaiteur que, se sentant très-fatigué de la route qu’ils avaient faite ensemble exposés durant plusieurs jours aux ardeurs du soleil, il lui serait trop pénible de se transporter seul dans le fleuve, et il le pria de le conduire jusqu a une certaine distance. Le brahme, ne soupçonnant aucun mauvais dessein dans le crocodile, consent à sa demande, et le dépose dans l’eau à une certaine profondeur. Comme il se retirait, le crocodile le saisit par la jambe avec ses dents ; il cherchait à'FïFntrainer au fond de l’eau. Saisi de frayeur et indigné d’une pareille trahison, le brahme se débat: Perfide, secrie-t-il, scélérat! est-ce donc ainsi que tu rends le mal pour le bien? Est-ce donc là la vertu que tu pratiques? Est-ce là la reconnaissance que j’avais droit d’attendre de toi après t’avoir rendu service ?
Que veux-tu dire, repart le crocodile, par tes mots vertu, reconnaissance? La vertu et la re-