‹ Le Pantcha-TantraChapitre 35 sur 114 · ET LE RENAUD · texte numérisé non relu

ET LE RENAUD

IOI

cette divinité de dévorer ey son honneur centun tigres, vingt-cinq éléphans et dix lions. J’ai fait vœu en même temps de laisser croître ma barbe jusqu’à ce que j’aie .accompli ma promesse. J’ai déjà dévoré les cent-un tigres £t les vingt-cinq éléphans, et je suis à. présent à la recherche des lions. Aussitôt que j’en aurai dévoré dix, mon vœu se trouvera accompli , et je pourrai alors couper ma longue barbe.

Le lion , surpris et saisi de frayeur au discours du bouc , et s’imaginant qu’il avait en effet formé le projet de le dévorer, sortit à l’instant de sa caverne et prit la fuite.

Pendant qiul fuyait, il fit rencontre d’un renard, qui, .le vçyant hors d'haleine , l’arrêta pour lui démander la cause de sa frayeur, et en même temps pour lui témoigner sa surprise de voir que le roi et le maître des animaux , celui en présence duquel tous les autres demeuraient immobiles d’effroi, abandonnait ainsi avec tant de précipitation le lieu de sa demeure.

Le lion exposa au renard le sujet de ses alarmes, et lui fit une longue description de l’animal qui les avait causées.: Jamais, lui ditil, je n’ai vu d’animal aussi terrible; il a sur le front deux cornes énormes; une barbe d’une

lu mon , Le bouc

longueur démesurée descend de son menton ; à côté de cette longue barbe, on voit suspendus deux gros mamelons charnus qui joignent sa poitrine. En un mtot jamais de ma vie je n’ai vu d’objet aussi capable de glacer d’effroi.

Le renard , au récit du lion* reconnut aussitôt que le sujet de tant d’épouvante n’était autre chose qu’un bouc; il se mit à pousser des éclats de rire et le railla de s’étre ainsi laissé épouvanter par un poltron de bouc. Il essaya ensuite de le rassurer et lui dit que l’objet qui lui avait causé une si grande frayeur était un des plus faibles et des plus lâches parmi tous les animaux; il l’engagea à reveÆr sur ses pas, à le saisir et à le dévorer.

Enhardi par les paroles du renàrd, le lion consentit à retourner avec lui à la caverne où il avait laissé le bouc. • .

A la vue du lion revenant en la compagnie du renard, le bouc se douta bien que ce dernier lui avait joué ce tour. Rappelant toute sa présence d’esprit à la vue du nouveau danger dont il se voit menacé, il s’avance vers eux avec une contenance assurée; et s’adressant au renard, lui dit d’un ton de colère : Est-ce ainsi que tu exécutes mes ordres? Je t’avais envoyé pour m’amener dix lions afin de les dévorer tous à-la-

- . ET LU RKJSARD.

fois, et tu ue m’en amènes qu’un seul! tu seras puni de ta négligence coupable.

Le lion n’eut pas plutôt entendu cette vive apostrophe du bouc au renard , que, s’imaginant que ce dernier le' trahissait, il fut saisi dune nouvelle frayeur , et prit' la fuite à 1 instant

même, récitant en fuyant cette ancienne

maxime : . . ' \

« 11 ne faut jamais s’exposer à l’inimitié de son cuisinier, des médecins,, dès poètes et des magiciens; il faut se garder d’avoir querelle avec le gouverneur de son pays, avec les personnes riches , avec ceux qui sont plus puissans que nous et avec les geps obstinés. » •

Le bouc, ainsi délivré par la ruse d’un si dangereux ennemi, continua de vivre paisiblement dans cette forêt.

Tu le vois, continua Damanaca, en joignant l’audace à là ruse , on peut surmonter les plus grandes difficultés et venir à bout des entreprises les plus périlleuses. Encore un exemple et tu n’auras plus de doute que la ruse secondée du secours d’autrui peut nous défaire des rivaux les plus puissans.

lo4 LE CHAMEAU , LE KEN AH»

Ce Cljamcau , U ticnai rî>, le €l)ien sauuajjr, le Corbeau et le fioit.

Dans le désert Neimicha-Ârania habitait un lion au service duquel étaient attachés un renard , un chien sauvage et un corbeau. Pendant qu’ils vivaient heureux ensemble dans la paix et la concorde, un vieux chameau, fatigué des travaux et des mauvais traitemens dont l’accablait spn maître, s’échappa d’auprès de lui et se réfugia dans la même foret où demeuraient le lion et ses trois serviteurs. Un jour que ces derniers se promenaient dans la forêt, ils rencontrèrent ie chameau. Une rencontre si extraordinaire les surprit; et renard de songer aussitôt aux moyens de faire périr ce nouveau venu, afin de pouvoir ensuite se repaître de ses dépouilles. Il communiqua son projet à ses compagnons, qui l’approuvèrent à l'unanimité. Mais se défaire par eux-mêmes d’iin animal si fort, ce n’était pas chose possible, il fallait donc employer quelque ruse pour le faire tuer par le lion leur maître. En un instant un plan est dressé par le renard, qui, passant de suite à l’exécution, s’ap-

LE CHIEN SAUVAGE, ETC. • Io5

proche du chameau , lui témoigne sa surprise de

le voir ainsi seul errer dans cette forêt, et lui ' •

demande quelle cause l’a conduit dans ce lieu. Le chameau, ne soupçonnant aucun artifice, lui raoonta sans déguisement les motifs qui l’avaient porté à s’échapper d’auprès de son maître, se plaignant sur-tout des mauvais traitemens qu’il n’avait cessé de recevoir de lui pour les services sans nombre qu’il lui rendait chaque jour.

Le renard parut approuver la fuite du chameau, et après quelques paroles de consolation :• Le lieu que tu as choisi pour ta demeure , lui dit-il, est le domaine d’un lion qui y exerce l'empire : ainsi il convient que tu te rendes auprès de lui pour lui payer le tribut de .ton hommage et’solliciter la faveur de sa protection.

Pourquoi , répondit le chameau, me conseillestu une pareille démarche? Que peut-il y avoir

de commun entre le roi lion et un'malheureux

tel que moi , abandonné de tout le monde ? Et

comment un misérable do mon espèce "oserait-il se présenter devant un souverain si puissant?

Ce sont sur-tout les faibles , repartit le renard , qui ont besoin de la protection des grands et qui doivent tâcher de se les rendre favorables en s’humiliant devant eux : ainsi suis-nous. Nous

* ÏO.6 CHAMEAU, Eli IIKNARI),

te conduirons à la demeure du lion notre maître et nous l’introduirons auprès de lui.

Le chameau ne se défiait d’aucune trahison de la part du renard. Il suivit ses conseils et l’accompagna auprès du lion. Le renard en l’introduisant rapporta à son maître les motifs qui avaient engagé ce nouveau venu à se réfugier dans ce désert, où il désirait finir ses jours à l’ombre de sa puissante protection.

Le lion reçut le chameau avec bonté , le traita avec douceur, devint familier avec lui, et fut si .satisfait de son bon naturel , qu’il lui accorda toute sa confiance et le fit sort premier ministre. Les trois amis qui l’aivaient introduit, Voyant l’ascendant que ce nouveau venu avait 'gagné sur l’esprit de leur maître, ne savaient quel moyen prendre pour exécuter leur premiér dessein et faire périr le chameau par la griffe du lion.

Sur ces entrefaites, le roi lion vint à tomber

malade, et comme sa maladie le laissa longtemps dans un grand état de faiblesse , il ne pouvait Y>lus aller à la chassé? Un jour, pressé par la faim, il appel# ses trois serviteurs, leur exposa ses besoins i.rgcns et leur ordonna de lui apporter au plus vite quelque animal pour le dévorer et apaiser les cris de la nature.

Les trois animaux s’excusèrent en disant qu’ils

oW'zàci

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