‹ Le Pantcha-TantraChapitre 36 sur 114 · LE CHIF.N SAUVAGE, ETC. I · texte numérisé non relu

LE CHIF.N SAUVAGE, ETC. I

ne pouvaient pas faire l’impossible, et qu’il savait bien lui-même qu’aucun d’eux ne possédait ni la* force ni les autres moyens d’attaquer et en détruire les espèces d’animaux dont il avait coutume de se repaître. Cependant, ajouta le renard, si vous vous trouvez en effet si vivement poursuivi par les tourmens de la faim, vous pouvez satisfaire abondamment ce besoin impérieux sans qu’il soit nécessaire d’aller au loin pour cela. Vous n’avez qu’à tuer le chameau qiii vit . auprès de vous; dans la nécessité où vous vous trouvez réduit , vous pouvez vous permettre cette action sans scrupule, et lui, de son côté, doit se soumettre sans murmure à sa triste destinée', puisqu’une ancienne maxime dit :

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« Celui qui* livre sa vie pour sauver celle du maître sous la dépendance duquel il vit, s’attire pour toujours, par cet acte de dévouement, la faveur de Sri-narayatia ( Yichnou ). »

Ou bien, continua le renard, s’il vous en côûte trop de sacrifier la vie du chameaii pour sauver la vôtre , tuez-nous tous trois, nous mourrons contens en pensant que nous perdrons :1a vie pour sauver celle de notre maître.

. io8 l’oiseau titiba et la mf.r.

Le discours du renard fit sur le lion toute l’impression qu’il en attendait', et ce dernier ne pouvant plus supporter les angoisses de la failli cruelle qui le dévorait , se jeta sur le chameau , le tua et se rassasia abondamment de sa chair. Après que le lion en eut dévoré une partie, le renard , le chien sauvage et le corbeau se régalèrent du reste pendant plusieurs jours.

C’est ainsi, ajouta Damanaca en terminant son récit, qu’il nous faut perdre le taureau notre rival , à l’aide de la ruse et du secours d’autrui. Les exemples suivans te démontreront que par ces deux moyens on vifcnt à bout de toute

sorte d’entreprise.

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rOiemu Hitibû rt la üler.

Un oiseau titiba avait établi son nid sur le bord de la mer, et là vivait tranquille avec sa compagne. Ces deux oiseaux se virent longtemps sans postérité;. mais à la fin ils obtinrent dé la faveur des Dieux ce qu’ils désiraient avec tant d’ardeur. Aussitôt que leurs petits furent éclos, la femelle titiba, s’adressant à son mâle, lui dit qu’elle éprouvait les plus vives alarmes

LES DEUX AIGft.ES , LA TORTUE, ETC. JO9

de se voir ainsi exposée avec sa famille sur le bord de l’eau, et quelle appréhendait qu’au temps tfe la pleine lune, où la mer, en fureur, franchissait ses limites et balayait tout ce • qui se trouvait à sa rencontre , leurs petits ne fussent aussi enlevés par cet élément sans pitié. Elle conseilla donc à son mari de choisir un autre domicile plus sûr, et de s’y transporter avec leur famille.

Le titiba mâle rit de la crainte de sa femelle ‘ et se moqua d’elle : Qu’y a-t-il de commun, dit-il, entre la mer et nous? Et quels motifs pourraient engager cç puissant élément à s’emparer d’un aussi petit objet que le sont nos petits? Notre dotnicile se trouve établi ici, et il y restera malgré tes vaines alarmes. Quant à moi, ajouta-t-il, bien loin d’avoir quelque inquiétude à ce sujet,; je me vois au contraire à l’abri de tout danger en vivant dans la proximité d’un si puissant yoisin et sous sa protection. Ecoute ce que peuvent gagner les faibles en vivant auprès des puissans :

Ces îieur bigles , la tortue et le îlenarîr.

Daîïs le désert Imala-Sarassy vivait une tor-

no. LES DEUX AIGLES,

tue sur les bords d’une rivière qui traversait ce lieu; près de l’eudroit où demeurait la tortue étaient plantés différens gros arbres dont les feuillages servaient de demeure à deux aigles. Ces aigles trouvaient là de quoi subsister abondamment sur un manguier qui produisait des fruits d’un goût délicieux, et chaque jour la tortue se rendant sous cet arbre, s’y rassassiait de6 fruits que les deux aigles laissaient tomber sur la terrer

En vivant ainsi dans le voisinage les uns des autres, les aigles et la tortue avaient contracté la plus étroite amitié. Cependant,. après un assez long séjour dans ce lieu , les aigles se disposèrent à le quitter et à aller établir leur domicile dans une autre contrée lointaine. Lorsque la tortue apprit leur dessein, elle fut au désespoir de voir ses deux intimes amis se préparer à la quitter, et elle fit tous ses efforts pour les détourner de leur projet et les engager à

rester à l’endroit où ils vivaient ensemble. Mais

voyant qu’elle ne gagnait rien et que lâ détermination des aigles était invariablement prise , elle les conjura de ne pas l’abandonner, et puisqu’ils étaient décidés à quitter ce lieu, elle lés supplia de la conduire avec eux.

Comipent cela se peut -il? répondirent les

LA TORTUE ET LE RFSARD. • • lit

aigles , tu es un amphibie, habitant des eaux et de la terre, et nous nous sommes les habitans des airs : quel moyen y a-t-il de pouvoir voyager ensemble?

Malgré ces représentations, la tortue continua de presser instamment ses amis de la conduire avec eux -, leur disant que s’ils lui refusaient cette grâce, elle mourrait de douleur et de désespoir après leur départ.

Les aigles, à la vue de la douleur de leur amie, touchés de compassion , consentirent à la transporter avec eux. Pour exécuter ce dessein, ils apportèrent qn bâton et le prenant chacun par un bout avec leur. bec, ils dirent à la' tortue de . le bien saisir avec les dents par le milieu et de bien prendre garde après qu’ils l’auraient élevée en l’air de ne pas proférer une seule parole ; celle-ci promit à ses deux amis de se conformer à leurs recommandations , ellé saisit avec ses dents le bâton par le milieu ; les aigles prirent leur vol et s’élevèrent dans les airs.

Tandis qu’ils planaient majestueusement dams les régions supérieures de l’air, un renard les aperçut, et voyant en meme temps la tortue qu’ils portaient suspendue à un bâton , il chercha aussitôt une ruse pour faire lâcher prise à

lia • LES. DEUX AIGLES,

cette dernière, et en faire sa proie. S’adressant donc aux aigles : Que vous autres, seigneurs aigles, leur dit-il, voyagiez dans les régions supérieures des airs, c’est une chose qui vous convient et à laquelle personne ne trouvera à redire ; ruais que cette sotte de tortue veuille se donner les tons de vous imiter , c’est ce qui doit choquer tout le monde.

Les aigles continuèrent leur route sans rien répondre au renard ; mais la tortue , piquée de s’entendre appeler sotte par ce dernier, voulut lui rendre injure pour injure. Elle ouvre la gueule pour lui répondre, lâche le bâton auquel elle se tenait suspendue par les dents, et tombe sur la terre.

Dès qu’elle fut tombée le renard courut vite pour la dévorer, il essaya à plusieurs reprises de la mordre; mais l’écaille dont elle était enveloppée se trouva si dure que les dents du renard ne purent jamais la pénétrer. Surpris de trouver tant de résistance : Qu’est-ce cela , ditil, dame tortue? ta peau est furieusement dure!

Comment cela serait-il autrement, ami renard, répondit la tortue, j’ai voyagé si long-temps dans les airs, exposée aux plus vives ardeurs du soleil , que ma peau s’est tout-à-fait desséchée et durcie.

Si tu voulais me transporter dans l’étang voisin ,

lmp. CJi.

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