LA TORTUE ET LE RENARD
je me ramollirais peu-à-peu dans l’eau, et tu pourrais ensuite me dévorer à ton aise.
Le renard, ne soupçonnant aucun artifice dans la réponse de la tortue, la prit et la transporta dans un étang voisin. Toutefois il prenait la précaution de lui tenir une patte appuyée sur le dos, pour empêcher qu’elle ne pût s’échapper; après qü’elle eut été quelque temps dans l’eau : Eh bien, amie tortue! lui dit le renard , ta peau n’est-elle donc pas encore ramollie? Elle est devenue molle, repartit la tortue, dans toutes les parties du corps, excepté sur le seul endroit où tu tiens la patte appuyée , car l’eau n’a pu y pénétrer encore. Si tu veux la retirer pour quelques instans, cet endroit se ramollira aussi en s’humectant, et tu pourras ensuite faire de moi ce, qu’il te plaira.
Le renard retira aussitôt sa patte de dessus le dos de la tortue; mais celle-ci ne se sentit pas plus tôt en liberté qu’elle plongea vite dans le fond de l’eau , à un endroit où le renard ne pouvait atteindre; et dès qu’elle se vit en lieu de sûreté , se tournant vers lui : Eh bien , àmi renard ! lui dit-elle d’un ton moqueur, tu m’as tout-àl’heure traitée de sotte, dis-moi maintenant qui de nous deux mérite le nom dé sot.
Confus de s’ètre laissé attraper par une tor-
ii4 LOISEAÜ TITJBA,
tue, seigneur renard retourna vers sa tanière d’un pas lent et la queue baissée.
Après que l’oiseau titiba eut terminé son récit, sa femelle, qui l’avait écouté , lui répondit : Rien dé tout ce que tu pourras me dire de plus rassurant ne sera capable de diminuer mes alarmes. Ne connais-tu pas ce proverbe : < - • , •
« Il ne faut jamais se familiariser avec ceux qui sont plus puissans que nous? »
Ainsi je ne puis vivre tranquille en me voyant j à chaque instant exposée à être engloutie avec mes petits par cette mer furieuse. Il faut absolument quitter un si dangereux voisin, et nous , retirer avec notre famille en lieu de sûreté.
La femelle titiba eut beau presser soh mâle par mille sollicitations , ce dernier ne fit aucune attention à ses remontrances , et finit par lui imposeé silence en lui disant d’un ton colère et résolu : Notre domicile se trouve fixé ici; il y restera malgré tes vaines alarmes.
Ce que la femelle titiba avait appréhendé ne tarda pas à arriver; la marée ayant un jour grossi plus qu’à l’ordinaire, les eaux atteignirent le nid, et emportèrent les petits en se retirant; la mère se sauva au moyen de ses ailes ; mais voyant sa petite famille perdue sans ressource, elle se livra à l’affliction la plus amère.