‹ Le Pantcha-TantraChapitre 45 sur 114 · ET LE BRAHME · texte numérisé non relu

ET LE BRAHME

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et prévenez pendant qu’il en est temps encore le dessein perfide qu’a formé de vous empoisonner , le brahme qui vit auprès de vous , et que ne peuvent retenir, ni la confiance sans bornes que vous lui avez accordée, ni les bienfaits dont vous l’avez comblé.

A ce récit des renards, le tigre témoigna le plus grand étonnement; il ne pouvait ajouter foi à leur rapport, et avant de se livrer à son ressentiment, il résolut de dissimuler et d’attendre encore deux jours pour voir si l’événement justifierait leur dénonciation.

Dans cet intervalle, les renards se rendirent auprès du brahme, lui annoncèrent que leur maître désirait ardemment partager son repas, au moins une fois , et goûter aux mets dont il se nourrissait lui-même, ajoutant qu’ils étaient venus de sa part pour l’engager à lui préparer un repas de sa façon pour le lendemain. •

Le brahme, ne se doutant de rien, accéda, sans la moindre difficulté, aux prétendus désirs du tigre, et s’étant aussitôt procuré diverses sortes d’herbages, de racines et de légumes, il en fit plusieurs mets , qu’il eut soin de bien assaisonner selon son propre goût, en y mêlant une grande quantité de poivre, de piment, de moutarde, d assa fœtidu et d’autres épices fortes, afin d’en

l3a LE TIGRE, LES RENARDS, ETC. *

rendre le goût plus piquant. Lorsque tout fut préparé, il goûta ces divers mets, qui lui parurent excellens. Fier d’avoir si bien réussi dans sa cui* sine, il vient trouver le tigre, et, -la joie peinte * sur toute sa contenance , il lui présente le repas qu’il a préparé avec tant de soin. Dès qüe l’odeur forte du poivre et des autres épices dont les mets étaient abondamment assaisonnés parvint à l’odorat du tigre , celui-ci fut obligé de se boucher le nez; cette odeur, bien différente de celle des cadavres dont il avait coutume de se repaître, lui parut insupportable, et il commença dès-lors à croire fermement que ce brahme avait en effet formé le dessein de l’empoisonner, comme les renards l’en avaient averti.

Cependant, avant de se livrer aux impulsions de son indignation, le tigre dit au brahme de poser par- terre les divers mets qu’il avait apportés , et commanda ensuite aux renards d’y goûter : ces derniers ne firent qu’apposer la langue dessus, et tournant la tète de côté, ils, exprimèrent leur dégoût par d’affreuses grimaces. Pour mieux s’assurer du fait , le tigre voulut y goûter lui-mème, et le goût de ces mets lui parut en effet si détestable , que ne doutant plus que ce ne fût vraiment du poison , il entra aussitôt dans un si

AVENTURES DE 8ANDJ1VACA. l33

violent transport de fureur contre le brahme , qu’il se jeta sur lui et le dévora.

Voilà, ajouta Carataca, les artifices auxquels il nous faut aussi avoir recours pour faire périr notre rival Sandjivaca, et nous ne devons pas abandonner notre entreprise sans l’avoir exécutée, n’importe par quelle ruse. . '

j Jm tragique ï»r Sanfcjioara.

Déterminés enfin à faire périr le taureau Sandjivaca , les renards Damanaca et Carataca résor lurent de presser l’exécution de oe dessein. Ils profitèrent du moment où leur rival était absent , pour se présenter tous deux ensemble devant le roi lion. Lorsque ce dernier les aperçut, il parut charmé de les revoir, et leur faisant des reproches de ce qu’ils avaient été si long-temps sans lui rendre visite, il leur demanda la cause de cette négligence. >

Les renards firent d’abord trois profondes révérences au lion, et prenant la parole : Grand roi ! dirent-ils , quoique éloignés de vous , votre souvenir n’en a pas été moins présent à notre mémoire ; nous n’avons jamais cessé de vous regar-

AVF.NTUHES

(1er comme notre souverain et notre maître , et votre intérêt a toujours fait notre soin le plus cher. Mais nous étant aperçus que depuis que Sandjivaca était auprès de vous, votre amitié pour nous n’était plus la même , et que ce nouveau venu jouissait de votre confiance entière, nous avons jugé prudent de nous tenir dans l’éloignement, ayant pour rival un ennemi aussi redoutable. Aujourd’hui , l’attachement sincère que nous avons toujours conservé pour vous au fond de nos cœurs , nous ramène auprès de vous pour vous avertir que Sandjivaca, oubliant tous les bienfaits dont vous l’avez comblé, pense à vous ôter la vie, et qu’il n’attend qu’une occasion favorable pour exécuter son horrible dessein, et exercer ensuite seid l’empire dans cette vaste forêt. Nous vous informons de cette conspiration secrète contre votre vie , afin que vous vous teniez sur vos gardes, et que vous preniez les précautions nécessaires pour la prévenir.

Lorsque le lion eut entendu le rapport de ses deux anciens ministres, il fut saisi d’étonnement et de consternation. Dès ce moment, il surveilla toutes les démarches et tous les mouvemens du taureau , résolu de lui ôter la vie au premier signe de révolteque celui-ci ferait paraître. Sandjivaca, ignorant les faux rapports que l’envie avait ré-

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DE SANDJIVACA.

pandus contre lui , et ne se défiant de rien , continuait de vivre dans une sécurité parfaite.

Un jour qu’il paissait paisiblement à quelque distance de la caverne du lion, il fut surpris par un orage qui déchargea des torrens de pluie.

Aussitôt il se met à courir vers l’antre du lion , branlant la queue , secouant la tête, et s’agitant violemment de diverses manières pour se parer de la pluie qui tombait à verse sur lui.

Les renards le voyant venir dans une pareille agitation , coururent vite vers le lion, et lui dirent, d’un air effrayé : Roi lion! soyez sur vos gardes , voilà Sandjivaca qui vient à vous pour vous ôter la vie ; le méchant a choisi ce temps d’orage où toute la nature paraît en confusion , pour tomber sur vous à l’improviste et exécuter son perfide dessein. Voyez l’accès de fureur qui le transporte ! Regardez les convulsions effroyables dans lesquelles la passion l’a jeté! Hâtezvous donc de le prévenir, et défaites-vous à l’instant de ce monstre de scélératesse.

Le lion, voyant venir Sandjivaca qui courait vers lui de toutes ses forces , et avec des mouvemens convulsifs qui paraissaient causés par un transport de rage , ne douta pas un instant qu il ^ ne vînt en effet dans l’intention de se défaire de lui. Entrant alors dans un terrible accès de fu.

i36 aventures de sandjivaca.

reur , U hérisse sa crinière , se bat les flancs avec sa queue, court au-devant de ce prétendu ennemi, et lui livre bataille.

Le pauvre Sandjivaca, ainsi attaqué sans raison et sans motif, se mit sur la défensive, et soutint quelque temps avec courage un combat inégal ; mais ses forces furent bientôt épuisées , il succomba enfin à la rage et aux forces supérieures du lion, qui, après l’avoir tué, se rassasia de sa chair, et livra à Carataca et Damanaca le reste à dévorer.

Après s’ètre ainsi défaits de Sandjivaca par la ruse, les deux renards reprirent auprès du roi lion tout l’ascendant qu’ils avaient auparavant, et vécurent long-temps tranquilles à son service.

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