AVENTURE HUITIEME
JUrotnplissnnrnt î>r la prcïuction î>c JJiutraljita. illart î»u Saurait JJaramarla.
Comme Paramarta avait été vivement effrayé par sa chute de cheval , et que ses disciples et lui avaient l’esprit tout-à-fait troublé par cet accident, aucun d’eux n’avait pensé à la prédiction du pourohita. Lorsque le gourou demeurait étendu à la renverse dans la houe, et quand on le lava à l’eau froide , on ne lit pas attention aux suites funestes qui pourraient en résulter pour la partie mentionnée dans la prophétie du brahme. Ce ne fut que quelque temps après qu’il fut remonté à cheval que le gourou, sentant que le froid avait gagné cette place, se rappela la prédiction du pourohita, et commença à éprouver les plus vives alarmes. Cependant il dissimula ses craintes autant qu’il put, et parvint au mata sans qu’aucun de ses disciples s’aperçût du chagrin qui le dévorait intérieurement ; il alla se coucher de bonne
PREDICTION DE POÜROUITA.
heure, l’esprit très-vivement frappé de la prédiction .de l’astrologue, et sa santé réellement altérée par la chute qu’il avait faite. Cependant cette dernière considération ne l’affectait pas à beaucoup près autant que la première; il ne put fermèr l’œil un instant, et passa la nuit dans la plus violente agitation, se tournant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Son imagination lui rappelait sans cesse la prédiction du brahme , et s’apercevant que la partie mentionnée dans là prophétie ne se réchauffait pas, il croyait fermement qu’il ne lui restait que quelques heures à exister , •et que ce jour-là devait êtrele dernier de sa vie. C’est ainsi qu’il passa la nuit dans les plus vives alarmes sans pouvoir goûter un seul' instant de repos.
Lprsqu’il fut grand jour, -il appela ses disciples. La nuit cruelle qu’il avait passée avait altéré ses traits ; les disciples s’aperçurent de ce changement au premier abord., et lui voyant les sens égarés, le visage pâle, les joues enfoncées , les yeux hagards , et toujours fixés sur le meme objet, les lèvres livides, la bouche sèche, la respiration gênée, sans qu’ils pussent deviner la cauçe d’un changement si subit et si alarmant, ils furent tous saisis de frayeur et se regardèrent "long-temps les uns les autres en silence et d’nn air consterné.
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MORT DU COUROU PARAMARTA. 3a I
Le gourou , les regardant enfin avec des yeux mourans, et poussant un profond soupir : Mes enfans, leur dit-il, ma dernière heure est venue; préparez vite ce qui est nécessaire pour mes obsèques; ne perdez pas de temps, car il ne me reste plus que quelques momens à vivre.
La consternation des disciples ne fit qu’augmenter en entendant ces paroles de leur gourou, et l’entourant, tous, les yeux baignés de larmes, ils le supplièrent instamment, d’une voix entrecoupée de sanglots, de leur raconter quel malheur lui était survenu, et quelle était la cause du changement subit et alarmant qui setait opéré durant la nuit sur toute sa personne.
Sur cela, le gourou, poussant encore un profond soupir, s’écria : La froideur du derrière est un signe de mort ! Avez- vous oublié, ajoutat-il, cette sentence de l’astrologue, et l’application qu’il en a faite à mon sujet? Hier après ma chute de cheval, je suis resté long-temps étendu à la renverse sur la boue; le froid a saisi la partie indiquée dans la prédiction du brahme, et cette froideur s’est augmentée considérablement lorsque vous m’avez lavé le corps avec de l’eau fraîche. Cependant , comme j’avais alors l’esprit tout occupé de ma chute, et des dangers que j’avais courus en tombant, ainsi que des
3aa PBlÉ DICTION de pourohita.
contrariétés que vous me fîtes éprouver avant de me relever, je ne pensai pas à la prédiction fatale qui me menaçait, ni aux précautions que j’avais promis de prendre pour en retarder l’accomplissement; ce n’est qu’assez long- temps après que vous m’eûtes remis à cheval que sentant que cette partie du corps continuait de rester froide, je songeai alors à la prophétie du brahme. Cette pensée se présentant continuellement à mon imagination, durant la nuit il m’a été impossible de fermer l’œil, et l’esprit vivement agité de l’idée de ma dissolution prochaine, je n’ai pu goûter un instant de repos. Voilà la cause du changement que vous avez remarqué en moi ; tous les symptômes se trouvent conformes à la prédiction du brahme, et vous devez être tous convaincus ainsi que moi que ma dernière heure est proche; hâtez-vous donc, je vous le répète encore, défaire les préparatifs de mes funérailles.
Les disciples avaient prêté une oreille attentive au récit que leur maître venait de leur faire d’une voix mourante et souvent entrecoupée de soupirs; leur inquiétude ne fit que s’accroître, et lorsqu’ils comparaient tou» ces symptômes avec la prophétie, les alarmes de leur gourou ne leur paraissaient que trop fondées.
MORT DU GOÜROIT PARAMARTA. 3l3
Cependant , faisant tous de violens efforts pour dissimuler les craintes qu’ils éprouvaient intérieurement eux-mèmes , ils tâchèrent d’inspirer du courage et de la confiance à leur maître : ils s’y prirent pour cela de diverses manières ; mais l’imagination du malade était si vivement frappée de l’idée de sa fin prochaine, que tout ce que ces derniers purent lui dire de plus encourageant ne fit pas la plus légère impression sur son esprit.
Voyant qu’ils ne «pouvaient rien gagner par cette voie, et s’apercevant en même temps que l’état du gourou allait s’empirant d’un moment à l’autre, ils prirent un autre parti. Il y avait dans le village un homme, appelé Bouffon, qui tenait un rang assez distingué parmi les habitans, et qui, depuis long-temps, était ami de Paramarta; son père, qui se nommait Jovial, était, de son vivant, le premier chef du village. Les disciples de Paramarta, connaissant l’empire que Bouffon avait sur l’esprit de leur maître, se rendirent tous ensemble chez lui*; ils lui firent part de l’état désespéré auquel se trouvait réduit le gourou, et le conjurèrent instamment de venir sans délai avec eux , pour les aider de ses secours et de ses avis. •
Bouffon suivit sur-le-champ les disciples , et