PRÉDICTION DE POUROHITA
après s’être fait rapporter en détail toutes les circonstances qui avaient donné lieu à l’état alarmant du malade, il entra dans la chambre où était couché ce dernier, et en l’abordant il parut prendre la plus vive part aux maux du vieillard: Que vous est-il arrivé, seigneur gourou? s’écria-t-il. Quelle maladje cruelle vous a donc si vite réduit à la dernière extrémité?
Quelles sont les douleurs qui vous accablent? D’où vient un si grand abattement? Qu’avezvous? Qu’éprouvez-vous? De quôi manquezvous ? Mon cher gourou ! mon cher père ! mon cher seigneur! dites-moi donc ce que je puis faire pour vous soulager. •
En prononçant ces paroles de consolation.
Bouffon se baissant près du visage du gourou, lui essuyait avec un mouchoir les yeux, le nez et la bouche ; lui prenait tout doucement la barbe et le menton, et lui donnait plusieurs autres marques d’amitié et d’affection ; mais Paramarta , les sens égarés, paraissait insensible à tout, et à chaque phrase’ que Bouffon lui adressait, il ne répondait que par ces paroles entrecoupées : La froideur du derrière est un signe de mort!
Bouffon, voyant qu’on ne pouvait tirer d’autre réponse du gourou mourant , crut pouvoir guérir son imagination en paraissant entrer dans
ses sentimens. Dans cette persuasion, il lui tint ce langage: -Eh! bien, dit-il, je conviens avec vous que la prédiction de l’astrologue doit s’accomplir; mais si vous voulez vous confier à moi, je me charge d’en transférer l’accomplissement, de vous sur lui , et par le moyen et la vertu du sacrifice du pilon, je me crois en état de vous délivrer des malheurs qu’il vous a prédits et de les faire tomber sur lui seul. Où est le brahme qui a prédit votre mort? Où est-il ? Qu’on me le montre vite , afin que je puisse faire sans délai le sacrifice du pilon sur lui, et vous délivrer des maux qui vous menacent.
Paramarta se sentit un peu encouragé par les dernières paroles de Bouffon , et le fixant avec un air qui marquait quelque confiance : Tu viens de présenter , lui dit-il, le sacrifice du pilon comme un moyen de détourner les malheurs qui nous menacent : y a-t-il un sacrifice ainsi nommé? C’est la première fois de ma vie que j’entends parler de cette espèce de sacrifice : dis-moi ce que tu entends par là.
Bouffon, satisfait que son début eût déjà fait une impression favorable sur l’esprit du gourou,, prit de nouveau la parole: H n’est pas étonnant, seigneur gourou, qu’une personne de votre condition, qui vit continuellement dans la retraite.