PREDICTION DE POUROH1TA
n’ait pas connaissance de ce sacrifice du pilon, parce que, pour l’accomplir, il faut le concours d’un grand nombre de circonstances favorables, intérieures et extérieures, qui se rencontrent rarement réunies : cela fait qu’il ne se pratique pas souvent; cependant le fait est qu’il se pratique quelquefois j comme vous l’allez voir par l’exemple suivant, auquel je vous prie de vouloir bien prêter une oreille attentive. ■
Il y avait autrefois un chitty (marchand), attaché à la secte de Siva , dont il avait fait sa divinité protectrice, et auquel il témoignait sa dévotion , en faisant beaucoup de largesses aux pandarams (i); quelque part qu’il rencontrât ces pénitens, il les invitait à venir chez lui. Sa maison en était souvent pleine; mais quelque grand qu’en fut le nombre, il n’en renvoyait jamais aucun sans lui avoir servi à manger, ou fait d’autres aumônes; ce chitty n’avait point d’enfans, et c’était principalement le désir d’obtenir de la postérité par le mérite de ses bonnes oeuvres , qui le rendait si dévot envers les pandarams. Sa femme, qui n’avait pas, à beaucoup près, - une foi aussi vive que lui, et qui était d’ailleurs obligée , die seule , de faire la cuisine ,
(i) Sorte de religieux mendiai» de la secte de Siva.
MORT DU GOUROU PAR AMARTA. 3a J
et de servir à manger au grand nombre de personnes que son pieux mari amenait journellement à la maison, n’était rien moins que contente de ces nombreuses et fréquentes visites des pandarams. Cependant, comme elle connaissait les dispositions de son mari, et quelle savait que les remontrances qu’elle pourrait lui faire à ce sujet ne produiraient aucun bon effet, elle se contentait de murmurer en secret sans oser manifester son mécontentement; mais à la fin ne pouvant plus supporter les dérangemens auxquels ces visites multipliées l’exposaient chaque jour, elle eut recours à un stratagème pour tâcher au moins d’en diminuer le nombre.
Un jour, son mari allant au marché pour des affaires de commerce, rencontra dans la rue un pandaram qui lui demanda l’aumône; je n’ai pas à présent, lui dit-il, le temps de vous écouter; mais allez-vous-en à la maison : vous trouverez ma femme , vous lui direz que c’est moi qui vous ai envoyé, et vous attendrez là jusqu’à mon retour.
Le pandaram accepta avec plaisir l’invitation . de ce marchand , et se rendit aussitôt à sa maison. Il y trouva la femme, et lui rapporta qu’il venait de la part de son mari ; mais lorsque ia femme du chitty vit ce pandaram, et quelle re-