PRÉDICTION DE POUROH1TA
connut qu’il n’était pas du nombre de ceux qui avaient coutume de venir : Je suis charmée de votre visite, lui dit-elle; et en même temps apportant une natte quelle étendit sur l’estrade de sa maison : Asseyez-vous là, ajouta-t-elle, et reposez-vous jusqu’à ce que mon mari revienne du marché.
Le pandaram assis , la femme du chitty commença à balayer sa maison, ensuite elle en aspergea bien toutes les parties avec de l’eau dans laquelle était délayée de la bouse de vache (i); cela fait , elle se lava bien le visage , les bras et les jambes , s’orna le front en y imprimant de la poudre de sandal , et les autres parties visibles du corps, eu les frottant de poudre de safran. Elle n’eut pas plus tôt fini sa toilette et les autres préparatifs nécessaires , quelle alla prendre le pilon avec lequel on pile le riz, et l’apporta d’un air solennel et respectueux vis-à-vis de l’endroit où était assis le pandaram. Elle alla ensuite au foyer, et en ayant apporté deux poignées de cendre de bouse de vache, elle commença par s’en frotter un peu au front, et après cela elle
(i) C’est de cette manière que les maisons des Indiens sont purifiées des souillures qui peuvent y avoir été imprimées par les allans et les veuans. Voyez Mœurs de l'Inde , tome I er . , page 208.
MORT DD GOUROU PAR AMARTA. 3ag
en enduisit bien le pilon, de manière qu’il en était tout blanc; un moment après, elle plaça ce pilon au milieu de la maison, et se retirant à une petite distance, elle l’adora en se prosternant trois fois devant lui. S’étant relevée, elle s’approcha , les mains jointes, et d’un air respectueux, de ce pilon, et marmota quelques mantrams (prières) devant lui. Toutes ces cérémonies achevées, elle reprit le pilon, et le frottant bien, elle enleva les cendres dont il était enduit, et le remit à sa première place.
Le pandaram, qui avait obsei'vé avec attention et en silence toutes les cérémonies que venait de pratiquer cette femme en l’honneur d’un pilon , fut saisi du plus grand étonnement. Dès qu’elle eut fini : Je viens de voir, lui dit-il, des choses toutes nouvelles pour moi; jusqu’à ce jour je n’avais pas été témoin du sacrifice que vous venez de faire ; je n’en avais entendu parler nulle part. Faites-moi donc le plaisir, madame, de me dire ce que signifient le sacrifice de cendres, les prières et les adorations que vous venez d'adresser à ce pilon : cet . instrument *de ménage serait-il un de vos dieux domestiques ?
La cérémonie que je viens de faire, lui répondit la femme du chitty, est particulière aux femmes de notre caste; nous l’appelons le sacri-
PRÉDICTION DE PODROIIITA
fice du pilon, et nous la pratiquons de temps en temps. Après avoir prononcé ces mots, elle dit d’un ton de mauvaise humeur au pandaram de la suivre dans l’intérieur de la maison; car, ajoutat-elle en changeant de ton, et parlant tout bas, de manière pourtant que le pandaram pût entendre distinctement ce qu’elle disait : Le sacrifice du pilon n’est pas encore fini , et afin que tu ne l’oublies pas, je veux l’accomplir sur tes épaules, pour t’ôter à toi et aux gens de ton espèce l’envie de venir rôder par-ici.
Lorsque le pandaram entendit ces dernières paroles, saisi de frayeur, et ne doutant pas que cette femme n’eût en effet formé le dessein d’accomplir sur sa tète ou sur ses épaules le sacrifice du pilon, il se leva bien vite; mais au lieu de la suivre dans l’intérieur de la maison comme elle l’y invitait, il prit le chemin de la porte, et se sauva de toutes ses forces.
Peu de temps après son départ, le chitty revint chez lui , et demanda à sa femme ce qu’était devenu le pandaram qu’il avait envoyé à la maison.
Sa femme, dissimulant ce qui s’était passé, lui répondit : Pour cette fois-ci , il faut avouer que vous avez envoyé une jolie espèce de pandaram ! je crois que celui-là était fou. Dès qu’il
est entré, il m’a demandé le pilon avec lequel on pile le riz , pour l’emporter : Je ne puis vous le donner, ai-je répondu, sans la permission de mon mari; il est à présent au marché, il reviendra bieritôt; tenez voilà une natte, asseyez-vous en attendant qu’il vienne: sur cela, votre pandaram s’est mis en colère , et s’est aussitôt sauvé.
Tu as eu tort de te conduire ainsi , dit le chitty à sa femme; on ne doit jamais mécontenter les pandarams, et quoi que ce soit qu’ils demandent, il faut le leur accorder. Donne-moi donc vite ce pilon, que je le lui porte moi-même. Le marchand prit le pilon, et s’étant informé du chemin qu’avait pris le pandaram , il courut après lui. De si loin qu’il l’aperçut: Arrêtez, pandaram ! lui dit-il , arrêtez-vous ! voici le pilon dont vous avez besoin. Ce dernier, voyant venir à lui le chitty, un pilon à la main et courant, ne douta nullement qu’il ne vînt dans le dessein d’achever sur ses épaules avec ce pilon le sacrifice que sa femme n’avait pas eu le temps d’accomplir auparavant à la maison : c’est pourquoi au lieu de s’arrêter, comme le lui criait le chitty, il se sauva de toutes ses forces. Le marchand , le voyant fuir, s’imagina qu’il était réellement fou, comme sa femme le lui avait dit, et d’ailleurs, son âge et son gros ventre ne lui permet-