PRÉDICTION DE POUROlllTA
tant pas de courir aussi vite que lui i il cessa de le poursuivre, et retourna chez lui.
Cette ruse produisit l’effet que la femme du chitty s’en était promis. Cette histoire ayant été divulguée dans les environs, les visites des pandarams discontinuèrent, et aucune personne de cette condition n’osa plus remettre les pieds dans la maison du marchand, dans la crainte d’y être accueillie par le sacrifice du pilon.
Lorsque Bouffon eut fini son histoire , à laquelle Paramarta avait prêté une oreille attentive : Eh! bien, seigneur gourou '.lui dit-il, avezvous entendu ce que je viens de raconter ? Voilà ce qu’on appelle le Sacrifice du pilon , et si vous me le permettez, j’irai, dès ce moment même, faire ce même sacrifice sur les épaules du brahmequi a prédit votre mort, et je ferai par là tomber sur lui seul tous les malheurs qu’il vous a annoncés.
Aussitôt que Bouffon eut fini son récit , Paramarta, sortant de l’espèce de léthargie dans laquelle il était tombé, se mit à rire, et fixant le premier avec un visage riant, il lui dit : Ce n’est pas à tort qu’on t’a donné le nom que tu portes, tu as toujours quelque histoire amusante à rapporter , ou quelque anecdote pour faire rire.
Bouffon ayant connu par l’air gai du gourou qu’il avait gagné sa confiance, et fait une im-
'"V Ch.Hc/.Urc
pression favorable sur son esprit, espéra qu’il ne lui serait plus difficile de le guérir de sa maladie presque entièrement imaginaire; prenant donc un ton plus sérieux: Je conviens, seigneur gourou, lui dit-il, de la justesse de la prédiction dubrahme, que lorsque la partie du corps dont elle fait mention devient froide, c’est effecti- * vement un signe de mort; mais il faut distinguer deux espèces de froideur, l’une qui procède d’une cause extérieure, lorsqu’un corps froid est appliqué à un corps chaud, et l’autre qui procède delà disposition intérieuredu corps. La première espèce de froideur n’est pas ordinairement dangereuse; et comme c’est de celle-là que vous êtes atteint, vous n’avez rien à craindre. En effet, ayant été si long-temps étendu à la renverse sur la boue , et ayant été lavé après cela avec de l’eau froide , et revêtu ensuite d’habillemens mouillés , il n’est pas surprenant que le froid ait gagné la place en question ; il le serait au contraire quelle fut chaude. N’ayez donc plus d’inquiétude à ce sujet; revenez de votre mélancolie, et faites vite allumer du feu pour réchauffer la partie froide, ou bien allez l’exposer pour cela durant quelque temps au soleil, et soyez attentif, à l’avenir, à ne pas vous étendre à la renverse sur la boue, et à ne pas Vous