INSTITUT PHILOTECHNIQUE
Nons avons omis jusqu'à ce jour de parler d'une reUe organisation qui s'est récemment formée à Mon
nou- MontréaL
Au iiia,nqiie d'espace il &ut aitribiier notre négligeno» ' bien involontaire. Da reste, noua profiloas avec I& plus
vif empressemont de la première occasion qu'ont eut les membres de cette organisiilion, de se soumettre à l'appréciation piibiîijue, pour eïprinier une opinion fi leur sujet.
La société a pris le nom à'Ijtstitut Philotechnique. Son titre annonce de suite qu'elle recrute ses adhè- Tens parmi les sectateurs de TArt. Eu efiet, dans les mngs de l'Institut Philotechnique, vous trouvez des poëtes, des musiciens, des sculpteurs, — les amans des neuf sœurs en un mot. Le but de l'associntion est le culte du beau idéal si nous en jugeons par son appellation ; mais comme cette association reçoit dans son sein les amis do la science, elle a un caractère plus précis et plus positif. Elle a donc un droit incontestable au patronage de tous. Les Mécènes lui doivent leur appui, les gens spéciaux ne pourraient s'abstenir de la seconder. EU» mérite le concours de tous ; car bien dirigée, bien entendue dans ses opérations, elle profitera à tous. Sous une direction sage et habile, l'Institut Phirotechnique ne saurait manquer 1 de fructifier et de rendre, eu conséquence, d'éminens services à noire population.
Celle-ci a déjà compris combien était importante une telle ŒUvre. L'honorabilité des personnes qui assistaient, mardi dernier, à l'inauguration, ludique le degré d'espanaionqu'ila obtenu. A cette assemblée nous avous remarqué l'élite de notre société savante. Les dames figuraient en nombre assez considérable pour permettre d'espérer qu'» la prochaine réunion, nos concitoyennes les plus intelligentes et les plus élégantes viendront par leur présence et leurs applaudisse mens, encourager les travaux des nouveaux sociétaires.
La séance de mardi fut ouverte par un discours de M. Haximilien Bibaud, Président de l'Institut.
Ce discours, simple autant qu'explicite, dit avec goût, mérite reproduction ; le voici :
Mesdames et Messieurs — L'Institut Philotechniqua étant une association toute nouvelle, je vous dois quelques mots d'explication sur son objet et ses moyens d'action. Le but de l'Institut est d'activer, de mettre en action les talens divers que la nature a départis aux Cana-
diens dans une même mesure qu^auz peuplés plus anciens^ C'est pourquoi il est partagé en trois académies difièreutes. — Mais j'ai dû prévoir une objection qui peut sembler naturelle. L'idée d'une pareille association tn Canada n'est-elie pas prématurée ?. •• . Je réponds sans hésitsr, non. Lors de la fondation en Fiance de ces savantes académies qui se sont fondues depuis dans ce grand corps, — l'Institut de France, aujourd'hui si fameux par tout le monde, la France la première dans les lettres, était demeurée en arriére quant aux sciences exactes. Mais Louis le Grand, qui donna à toutes choses l'essor, ne se fit point scrupule d'appeler des sa vans des pays étrangers, — Cassini, d'Italie, Huyghens de la Hollande, Rymer,du Danemarck. Plus heureux que ne fut la France à cette époque reculée, le Canada, — Montréal, a produit un savant qui a fourni aux annales de l'Europe surprise, un incident, un événement dirais-je, tout-à-fait inattendu : il a remporté d'emblée les prix d'honneur à Londres et k Paris, et son éloge a été prononcé par M. Dufresnoy, au sein de l'Institut, et par Sir Roderick Murchison, au sein de la Société Géologique d'Angleterre. Vous devinez que je veux parler, de Sir W. Logan. L'Institut Philotechuique n'a pas encore l'honneur de posséder ce savant ; (•) mais il a déjà à la tête de la classe des Sciences, le chevalier Hunt qui, lui aussi, quoique aussi jeuDe que moimôme, a été accueilli en France comme un vieux savant, puisque, non-seulement, le souverain l'a agrégé à la Légion, mais que st^s essais ont été lus au sein *de l'Institut et qu'il a été fait membre de la Société Géologique. Notre Institut compte parmi ses membres honoraires M» le docteur Meilleur, l'élève du célèbre professeur américain Hall, qui l'était lui-même de l'abbé Hauy ; il a cherché le premier à répandre parmi les Canadiens le goût de la Chimie, et, dans sa qualité de savant, je lui dois le témoignage qu'il est le premier, au moins en Amérique, qui ait proposé, comme engrais, les alcalis. L'honorable P. Chauveau qui, s'il était en ville, participerait à cette
(*) Il y eftt entré depuis comme membre honoraire, et Lamartine et AL Francis Farkman de Bost0O| sont devenus associés^ étrangers. .
■séBDCe, — M. Chauveau dis-je, placé — comme l'a été le docteur MeUleur duraat longues années, de manière i. avoir sur les progrés iiitellectueU de ses compatriotes une infliieoce saas bornes ; M. R^gnaud, dont le nom est lie a, la première idée de renseignement normal en Canada ; M. Loraagcr, une de nos bouches ëloqueiUes, de l'avenu d'un des quarante de l'Académie Fraoraise, M. Ampère, Je pourrai» aussi bien parler en termes élogieus de plusieurs de nos membres ordinaires, — de médecins très savans dans leur profession i>ar exemple, et chacune de noa académies me fournirait quelque gloire a mettre en avant si je ne m'empressais de laisser le champ libre à ceux de nos membres qui doivent participer il celte séance.
L'allocution de M. Bibaud fut suivie de la lecture d'un essai sur l'architecture par M. Lèvêque, et de divers morceaux de musique, RIM. D'Albert et Lelondal, exécutants de ces morceaux, l'un sur le violoncelle, l'autre sur le piano, s'acquittèrent tous deux de leur tâche avec le talent qu'on leur connaît. Quant à l'essai sur l'architecture par M. Lévêque, nous regrettons fortement que la presse des matières nous empêche, à présent de le publier, car on y remarque beaucoup de travail el de bonnes appréciations a rcbi tectoniques. Mais aussitôt que nous en trouverons l'opportunité, nou.t insérerons dans nos colonnes, cette œuvre, ou tout au moius son li-
Différens objets avaient été exposés dans la salle : entre autres quelques tableaux fournis par M. Richer ; quatre ou cinq personnages sculptés, j>ar M. Mîchelot. cet excelleut artiste dont chacun admire le talent. Nous avons en outre examiné avec plaisir d'autres spécimens du talent des membres de l'Institut Fhilotech nique, lesquels tou.i donnent les plus belles espérances et pour l'avenir des artistes et pour celui de leur association. Nouïl aimons à penser que si grandes sont ses espérances, elles lèrout toutes réalisées.
Dl la Patrie. (1856)
AUTRE CORRISPONDÀNCI. (^)
Messieurs les Rédacteurs. — Hier, le 7 du courîEuity j'ai âu le plaisir d'assister à l'inaugurtition d'un nouvel Institut qui promet beaucoup. Je veux parler de l'Institut Philotechnique qui vient de se former en cette ville. La .séance a eu lieu dans la belle salle de l'Institut des Artisans dont l'esprit de sacrifice et les travaux ont déjà excite plus d'une fois l'admiration des citoyens de Montréal même des étrangers. Bien qu'il y eût, hier soir, plusieurs jeûnions publiques en cette ville, et que le temps ne tût pas tout-à-^it beau, la séance était assez nombreuse et .surtout respectable.
M. le docteur Maximijien BiBaud, Président de cet Institut, fit l'ouverture de la séance par un discours très convenable et savant, auquel nous n'ayons à reprocher que le laconisme, et les autres membres se montrèrent ég^aiement empressés à répondre à l'attente des assistan.^.
Cet Institut, le seul de ce genre en ce pays, est encore naissant, et sa séance d'aujourd'hui était son début. Saluons cordialement ce nouvel astre qui paraît sur notre iiorizon scientifique. Qu'il soit le bien-venu, et surtout, qu'il s'élève courageusement au milieu des difficultés et vièà obstacles qu'il ne manquera pas de rencontrer sur la voie qu'il se trace.
Cependant mon but n'est pas de louer l'Institut Philotechnique, ni de le faire apprécier par le public. Je laisse cette tâche aux amateurs dont la plume, plus exercée, saura mieux que la mienne rendre justice au motif louable qui anime ses membres. Mon but n'est pas non plus de faire en ce moment un discours didactique. La soirée d'hier offirait pour cela une belle occasion ; mais comme cette société ne fesait que son apparition, il y a lieu de croire que ses membres profiteront de sa prochaine, séaiice pour nous développer plus au Idhg'son programme, qui se propose une double tâche pour une double fin : l'étude «t l'application des sciences, la culture et la pratique des arts pour le bien et pour l'honneur de la société.
(*) Elle est due kiu docteur Meilleur.
^on but est donc de faire voir brièvement que le nom d\lnstiCTft :Philotechnique ne répond, pas à l'extenaioii de son programme, et que le but qu'il se propose ne sera pas atteiat si lea membres dt> la société ne se font un devoir d'encourager, par tous tes moyens légitimes, \cr hommes générRiix qui oot volontairement entrepris d'exécuter cetre noble tiche.
MM. les fondateurs de l'Institut Ph il otecli nique ont fort bien compris que, sans les sciences, la culture des arts, surtout des arts libéraux, est aveugle, et que la pratique en est incertaine ; mais il n'jant pas inclus dans son nom spécifique ce qui aurait exprimé toute leur idée. En effet, comme l'art, sans bs sciences, n'est qu'un labeur machinal, il s'ensuit que jtour cultiver les arts avec intelligence, les mettre en pratique avec assurance, et obtenir de l'une et de l'autre opération un résultat profitable, il faut que le travail du praticien et de l'amateur soit éclairé et dirigé par la science. Lfcv sciences exactes et fixes surtout, sont celles qui sont nécessaires pour cette fin. Comment, pat exemple, l'architecte pourait-il exercer son art sans l'application des mathématique, le sculpteur et le peintre, sans la connaisance, de Tanatomie î Dans l'un et l'autre cas, les formes et les proportions ne sauraient être exactes sans l'application, dans !e premier, des principes des mathématiques. et dans le second, d« ceux de l'analomie et même de la physiologie.
La science est nécessaire au succès dans la culture et !a pratique des arts, comme la chaleur et la lumière du soleil dans la végétation et dans le développement de l'organisme animal et végétal. Les amis des arts doivent donc ne pas négliger l'étude et l'application des sciences. s'ils ne veulent se borner à une pratique aveugle et hasardeuse des arts.
Lesainisdes arts, s'ils veulent y faire du progrés et du gain, doivent donc, avant tout, se familiariser avec les iicicnces exactes et fixes, dont ils demandent l'application constante. .Sans cela rien de certain, rien surtout dé saùsfaisant dans la culture et la pratique des arts.
Je suis donc d'opinion que Le nom spécifique de notre Institut, dérivé de deux mots grecs qui signifient amour des arts, suivi comme il l'est avec raison, d'un programmé
qui propose l'étude des sciences, ne comprend pas assez. Il faudrait, suivant moi, que ce nom composé déjà comme susdit, le fût d'avantage, et comprît de suite la double proposition incluse dens le programme c'est à, dire l'étude des sciences et la pratique des arts, et qu'avec le mot Phi lot echnique l'on mît le mot phi lotnatique dérivé, comme le premier, de deux mots grecs qui signifient amour des sciences. Ainsi notre fondation serait désignée par le nom de : Institut Philomatique et Philotechnique. (•)
L'on confond souvent la science avec l'art et, cependant, ces choses sont aussi différentes entre elles que le sont la raison et l'instinct, l'intelligence et le corps qu'elle dirige dans tous ses mouvemens, toutes ses actions volontaires.
La science est la connaissance que l'on a d'une chose ; l'art est la manière de la mettre en pratique. La science est le principe qui éclaire et dirige l'homme livré à l'exécution d'un plan, à la recherche d'une vérité ou d'un principe ; l'art, l'usage ou la mise en pratique de ce principe, dans l'exécution de ce plan, ou dans la recherche de ce principe. L'homme qui cultive une science se propose pour objet le connaissance d'une chose ; celui qui pratique un art se propose un résultat. La science a j^énéralement pour but de connaître et d'établir une vérité, un principe ; l'art, de se procurer un avantage ou d'acquérir l'habileté à faire quelque chose. Or les moyens d'acquérir la science sont l'étude, l'observation et le raisonnement; et les moyens de se former dans un art sont 3'application de la science, l'exercice et l'observation. Les moyens d'acquérir simultanément la science et de ."l'habileté dans un art sont de renoncer aux passions autres que celle de la lecture et de l'étude, de fuir la dissipation et l'oisiveté.
Un autre moyen de faciliter l'acquisition des sciences et des arts, c'est l'encouragement donné aux amateurs, en appuyant leurs efforts et en partageant leurs travaux en vue de ce but, dont les individus et la société peuvent
[*) Dans sa constitution enregisirée, l'a$<8ociation a adopté U nom à^Instilut Polytechnique^ *
jiretr^e si grands avantages. Ce moyen, venant d«
('extérieur, et d'une facile pratique, est puissant auprès des amateurs, il suffit souvent pour les porter à faire de grands sacrifices afin de pouvoir dignement répondre « l'attente de leurs co- opérateurs.
Ceux surtout qui exercent un art dans le but de se faire une existence, ont besoin de cet encouragement qui consiste dans le prix de leurs soins et de leurs labeurs.
Ceux qui exercent un art dans ce but, s'ils ne rencontrent pas uu encouragement suffisant, le négligent d'abord, et finissent par l'abandonner tont-à-fait. Ils abandonnent ainsi de dépit uq état, — car un arl est souvent un état — devenu ingrat par l'indifférence ou par l'apathie de ceux qui pouvaient eu tirer de bons avantages. En effet, c'est un bien triste sort, pour un homme qui exerce no art comme état, de travailler au commencement et au milieu de sa carrière sans profit, et de mendier à la fin !.. Cette perspective est plus que décourageante, elle est désolante et opère un mal infiai.
Les arts se divisent en arts mécaniques et en ails libéraux. Les arts mécaniques sont ceux qui ont besoin principalement du travail de la raaio et de l'usage des machines ; les arts libéraux, qu'on appelé aussi beaux arts, sont ceux qui exigent surtout l'opération de l'esprit, l'action de l'intelligence. Les besoms physiques ont produit l'industrie, et lea arts mécaniques ont eu l'industrie pour mère. Ceiix qni professent les beaux arts se nomment artistes, et ou appelé artisans ceux qui pratiquent les arts mécaniques.'
L'Institut Philotechniqu'î, comme la dénomination de.i beaux arts, renferme l'architecture, la sculpture, la peinture et la musique. Des échantillons des trois arts nomméi en premier lieu nous ont été exhibés ; des morceaux de musique, choisis pour l'occasion par MM. D'Albert cl Letondal, ont été par eux exécutés avec celte facilité qui dénote le talent cultivé que l'on reconnaît à ces artistes. Le^ échantillons de dessin fk, la phimc par M. Richer ont été admirés ; mais la lecture faite par M. A. Lévëque sur l'architecture a été surtout appréciée, parce qu'elle était la pièce principale dans le rôle et qu'elle était d'une nature plus avantageusement pratique.
n manquait un peu d'âme à M. Lévêque dans le débit, inais sa lecture, qui traitait de Porigine, des divisions,' des phases et des perfectionnemens de l'architecture chez les peuples anciens et modernes, a fait preuve chez lui de cet esprit de recherche et de ce talent d'appréciation qui font honneur à ceux qui les possèdent.
Or, comme les ornemens de l'architecture ne se bornent pas aux monumens et aux édifices publics, et que les demeures des particuliers à l'aise peuvent être embellies par les productions de cet art, ceux qui ont les moyens de la fortune duivenl se faire un devoir d'encourager les architectes instruits et entreprenans comme paraît l'être M. Lévêque.
Les besoins de l'homme s'étant multipliés avec son espèce, il en est de factices, mais qu'il ne faut pas moins satisfaire, afin de répondre aux exigences de la société, car nous ne sommes plus au temps où un tonneau suffisait à Diogène pour le protéger contre les vicissitudes des saisons et les intempéries de l'air. A dire vrai, une semblable demeure était bien exigiie et bien peu attrayante. Cependant Alexandre y visita Diogène ! Mais où sont les Alexandre de nos jours qui daigneraient nous visiter dans une aussi humble demeure î
Journal de P Instruction Publique,
REVUE BIBLIOGRAPHIQUE (Sept. 1857.)
opuscules^ par Maximilien Bibaud, 70 pages in-12, Sénécal & Daniel. Ils se composent d'essais lus à VŒuvre des Bo7is Livres ou à V Institut Polytechnique y et ont pour titres spéciaux : lo. Système politique des Jésuites au Paraguay j 2o. Le Brait des Gens, 3o. Géologie, 4o. Le Code Napoléofi,